Vecteur Magazine

Hubert Więcek

30.01.2023

Par Cidàlia Païs,

( photo de Maciej Pieloch )

J’ai eu l’opportunité de me poser avec le talentueux Hubert Więcek ( ex Decapitated ) et discuter de quelques-uns de ses projets, entre Banisher, Redemptor, la Hub’s Academy, il n’arrête jamais. Il nous en parle.

J’aimerais commencer l’interview par te dire mon admiration pour tout ce que tu fais, à la fois avec le Hub’s Academy, mais aussi avec Banisher, Redemptor, et tous les autres projets dans lesquels tu participes. Dis-moi comment tu t’organises dans tout ça.

Hubert : Tu sais, cela vient naturellement, ça fait plus de vingt ans que je joue, et j’aime toucher un peu à tout. Puis je ne suis pas un gars qui ne cherche pas forcément la notoriété ou la fortune, je fais tout avec le cœur.
Quand j’étais jeune, ma vie était le sport extrême, mais j’ai eu un accident grave en faisant de la course de ski, j’ai disloqué mes hanches. Cela m’a mis un sacré moment en convalescence, et pendant un an et demi en fauteuil roulant. Là j’ai compris que ma carrière sportive était finie. C’est comme ça que j’ai commencé à me dédier à la musique. D’ailleurs, petite parenthèse, c’est de ma passion pour le sport, et les arts martiaux, que vient le nom de Hubs Academy.
Au début c’était compliqué, je n’avais pas du tout l’oreille, et malgré les cours de guitare, j’avais du mal à suivre ce que le prof mapprenais.
Il y a 20 ans on avait pas youtube et tout ce qu’on peut voir aujourd’hui, c’était le VHS et des bouquins avec des tablatures, que d’ailleurs regarde, j’ai toujours, c’est d’une valeur sentimentale pour moi. Tu vois, le VHS où tu apprends For the love of god de Steve Vai.
Voilà oomment j’ai commencé. Un vrai challenge, pendant un an, je rebobinai la cassette et je pratiquait étape par étape. J’avais, et j’ai toujours, un mental de battant.

Je me rappelle que pendant le premier confinement tu partageais beaucoup de toi, et aussi de cet épisode de comment tout à commencé pour Banisher, et vôtre démo « Sorrow of Death. Raconte-nous.

Hubert : Oui c’était le début, j’avais 17 ans, en plus je pense que c’était les débuts de MySpace. On avait pas l’équipement ni l’argent, et en Pologne c’était difficile de trouver même un amplificateur, et je me rappelle de pousser mes parents à m’acheter une guitare, et de la brancher à la chaîne Hi-Fi. C’était pas gagné, le son n’était pas terrible. Et je m’en souviens d’avoir économiser mon argent de poche pendant presque une année, pour pouvoir me trouver un amplificateur. C’est drôle car aujourd’hui je vois que les gamins peuvent facilement trouver ce qui nous faisait défaut à l’époque.
On répétait au moins 8 heures par jour, tous les jours pendant les grandes vacances, et on a réussi à faire au moins 8 chansons, et il nous fallait en choisir 3 pour mettre en démo, le moindre centime qu’on avait, on à investi dedans. On à trouvé un studio à 50 kilomètres de la frontière avec la Russie, et un ami de notre chanteur, heureusement, avait une voiture et on a fait des allers retours pour cette aventure.
On a commencé les enregistrements du CD un jeudi et dimanche on avait terminé.
Tu sais que notre cover a été dessiné au crayon..
On était juste des gamins..on avait aucune idée de comment faire mais on se lançait, on le faisait.
Et je me rappelle d’utiliser le bureau de mon père, en secret, pour pouvoir faire toutes les impressions nécessaires, et c’était long l’impression.. ça prenait des heures.. ( rires), il fallait le faire quand il n’était pas là..
C’était la mission impossible et ultra secrète.
Après j’ai acheté des étuis à cd les moins chèrs, ultra colorés, il fallait gérer le budget serré que j’avais,
Ensuite, j’ai commencé à vendre le CD au lycée, pour l’équivalent de 1€. J’étais super riche. Cela m’a permis d’acheter plus d’étuis et d’en vendre davantage de copies. Voilà notre folle d’histoire.

L’album Degrees of Isolation, sortie en 2020, un sacré boulot avec les paroles, sans parler de toute la puissance du tech death metal que cela porte. Le titre Lockdown est particulièrement puissant.Tu veux nous en parler ?

Hubert : J’ai encore de l’amertume quand on en parle, 2 semaines après la sortie de cet album le confinement tombe, on a jamais eu l’opportunité de faire une vraie promo dessus, aucun concert, on y à consacré des années. Aujourd’hui je me dis que personne n’a rien à faire de cet album.
J’ai dû prendre sur moi.
Cet album est très personnel. Tous les titres ont une histoire personnelle, pour chacun d’entre nous. On y a mis beaucoup de travail sur la composition et les arrangements. Cela va au-delà du confinement, cela relève du sentiment de se sentir emprisonné, dans ta cellule et tu n’as rien à faire, jusqu’à ce que la notion du temps n’existe plus.
De mon vécu pendant la pandémie, je me rappelle que je me suis même mis à lire la Bible..quel bâtard il est ce Dieu, l’entité la plus cruelle.
Quant à Lockdown, c’est la chanson la plus longue de l’album, je voulais transmettre ce sentiment de difficulté qu’on a de traverser certaines épreuves.
Mais tout l’album est une histoire vraie et personnelle.

Tu as lancé une école de cours de guitare en ligne, la Hub’s Academy, comment est venue l’idée ?

Hubert : C’est le bon côté du confinement, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose, donc j’ai lancé les cours de guitare en ligne, j’ai des élèves partout dans le monde. C’est un job parfait. Tu sais, nous les polonais, avons l’habilité de nous adapter à n’importe quelle situation. Et on survit à tout ( rires)
Comme nous tous, je m’attendais à ce que la fin de 2020 soit meilleure. Mais voilà..et du coup j’ai créé la Hub’s Academy School.
Et je veux également montrer qui je suis, un musicien professionnel. J’attendais un hire gun depuis que je ne suis plus chez Decapitated, mais c’est pas encore venu.

J’ai vu que tu as fait partie de la tournée européenne de Esthadur, ça s’est passé comment ?
Hubert: Oui, le groupe à rencontré des difficultés à faire venir leur guitariste, du coup le plus simple était d’en engager un en Europe, et comme on était en contact l’opportunité est venue.
Mais tu sais quoi..tu n’as pas idée des mésaventures qu’on a vécu..entre les difficultés de louer un véhicule, la perte de matériel, les difficultés de traverser les frontières dans quelques pays pour certains, le manque de sommeil.. Il y a eu des jours où on se demandait si on allait être sur scène à l’heure.
Il fût un moment où j’ai failli craquer..il faut être solide lors d’une tournée avec tant de contretemps. On pourrait écrire un livre sur cette sacrée aventure.

Parle nous de tes projets  Banisher,  Redemptor , la Hub’s Academy , comment va se dérouler cette année 2023 ?

Hubert : Je cherche toujours mon opportunité sur un grand groupe. Mais je me concentre sur mes groupes oui, avec Redemptor on a fait 3 concerts, et là on est en pleine production avec Banisher.
Début 2020 on était censés faire un concert, mais cela à été annulé, entre-temps le chanteur est parti.
Avec Eugene Ryabchenko, le batteur, qui est toujours bien overbooké, on travaille dessus, on enregistre tout le temps, il compose la partie batterie, moi le côté basse guitare et lyrique. On à fait pas mal d’enregistrements au mois d’août.
Je m’étais lancé à la recherche d’un chanteur, et Rafal Piotrowski (Rasta-Decapitated ), tu sais que lui est coach/ prof de chant, me mentionne ce jeune belge qui est vraiment prometteur et qu’il verrait bien avec nous. Je l’ai contacté et depuis on à commencé à bosser ensemble. Il apporte beaucoup d’énergie, du sang nouveau.
En décembre on a eu cette opportunité où on était tous disponibles ! On a fait des enregistrements ensemble, deux vidéos et fait des shootings pour pouvoir faire la promo après..
Ma stratégie aujourd’hui, est de sortir des singles, pas d’album, je ne veux pas revivre l’expérience de Degrees of Isolation.
Je vois ce qui se passe avec l’industrie de la musique, et que l’oreille de l’auditeur n’est plus la même. On zappe facilement et on écoute plus de playlists que d’ albums en intégralité.

 Tu aimerais bosser avec un groupe français ?

Hubert : en ce moment j’écoute pas mal d’albums sortis en 2022, il y a ce groupe français qui est là depuis un bail, No Return, j’adore ce qu’ils font !
Puis, j’aime Gojira, ça fait longtemps.. j’ai partagé la scène avec eux. Leur dernier album est incroyable !
Puis, il y a Chopin ( oui il n’est plus là (rires)), vous dites qu’il était français, nous on dit qu’il était polonais, mon compositeur préféré de tous les temps.

Merci pour cette interview et merci à Vecteur Magazine.