Interview de Éric Perrin, aka « Rikoo », le Directeur de la Communication du Hellfest et Camille Contreras, chanteuse du groupe Novelists, par Cidàlia Païs
Nous étions conviés à la journée promo à l’occasion du HELLFEST Warm-up 2025, à Paris ce 9 janvier.
Cet échange porte sur la tournée française conçue pour les fans du Hellfest privés de billets pour l’événement principal. Eric nous a expliqué les choix artistiques de la tournée, qui, initialement se centrait sur des groupes français. La programmation s’est enrichie de formations internationales comme Nervosa et Skindred, offrant ainsi une plus grande diversité et une expérience plus complète, notamment dans les villes moins fréquemment visitées par les tournées, ainsi que la logistique complexe de l’organisation.
Nous avons pu enfin nous entrenir avec Camille, nouvelle chanteuse du groupe metalcore français de renommée internationale Novelists, qui assure la tête d’affiche de cette édition 2025.
Un grand merci de me recevoir, et je suis enchanté de vous rencontrer !
Tout d’abord, je me permets de vous dire que c’est ma première approche avec Novelists, mais aussi ma première approche avec le Hellfest.
Je me permets de commencer par Camille et son parcours. Tu arrives chez Novelists en 2023.
Camille : Oui.
Comment es-tu arrivée dans le groupe ?
Camille : Alors du coup, je connais les membres de Novelists depuis 2019. Avant, j’ai fait un featuring avec eux et j’ai fait toutes les harmonies de leur album.
Et quand ils ont cherché un nouveau chanteur, ils se sont dit : pourquoi pas une chanteuse ? Là, ils m’ont contactée, on a fait une semaine d’auditions, on est allés dans un studio, on a composé, on a enregistré des chansons pour voir si ça pouvait matcher, correspondre. Et ça a bien fonctionné.
Du coup, on s’est dit « Allez, c’est parti ! » et on a commencé à composer des chansons, sortir des singles, puis on est partis en tournée en Europe, aux États-Unis, en Australie, en Asie, enfin… Voilà, une belle année folle, je crois.
J’en doute pas, et puis bon, il y a tout le parcours jusqu’à présent, ce qui m’amène à aujourd’hui.
Éric, c’est ma première approche avec le Warm-Up. Mais vous aviez accueilli notre magazine en 2021 dans les bureaux du Hellfest pour faire un hors-série sur l’événement.
Éric : Oui, c’est ça !
Un hors-série qui était assez passionnant, mené par Jérémie BENNARD.
Depuis, le HELLFEST WARM-UP a fait pas mal de chemin. Et je me permets de rappeler que le chargé de communication avait mentionné que l’événement se devait d’être assez festif, pas seulement une question de concerts, mais plutôt de partager l’amour du métal partout en France.
Éric : Ouais, c’est un peu ça, c’est prêcher la bonne parole du festival.
Il y a ce côté, on va dire, où maintenant on est à un événement où malheureusement tout le monde ne peut pas venir, parce qu’il y a beaucoup de demandes pour assister au Hellfest et malheureusement, tout le monde ne peut pas y accéder. Donc, on a souvent des déçus qui se retrouvent sur la touche. Et en fait, l’idée du Warm Up, c’était de garder ce lien avec ces personnes-là qui ne peuvent malheureusement pas venir au Hellfest. C’est pour ça qu’on a imaginé cette tournée. L’idée, c’est de partir à la rencontre des festivaliers, de nous sortir de Clisson, de partir sur les routes et de les rencontrer, de partager un peu des moments de musique et de bonne ambiance sur ces dates.
On ne peut pas ramener toute la décoration du festival à chaque date, car c’est un peu coûteux, mais on essaie de ramener un petit goût du festival. C’est pour ça que cette année aussi, on a voulu choisir des groupes qui seront également programmés à l’affiche du Hellfest. Pour nous, ça avait plus de sens et ça permettait d’avoir vraiment un aperçu de ce qui attend les festivaliers en juin.
Chouette !
Cela me ramène justement à ce choix.
Aujourd’hui, vous nous présentez un lineup de trois groupes, avec un quatrième qui arrivera fin mars. Mais on a donc ce choix avec Novelists, nos chouchous du metalcore français…
Camille : Oh merci !
C’est vrai.
De plus, Nervosa, du thrash, death brésilien. Je les ai vus il n’y a pas longtemps, de véritables bêtes de scène. Et puis, le choix des anglais Skindred…
Éric : Ouais.
Jérémie me rappelait tout à l’heure qu’un choix primait aux débuts de la Warm Up : celui d’un line-up exclusivement français, si j’ai bien compris.
Éric : Ouais, on s’est dit ça. Effectivement, on était partis sur des groupes français pour des questions d’organisation, notamment pour les disponibilités, parce que ça prend quand même une mobilisation pendant quasiment 3 semaines, avec les jours off pendant la tournée. Et puis, on avait déjà fait pas mal de tournées avec des groupes français, et on avait souvent cette problématique : les groupes français tournent beaucoup aussi en France.
Donc, on avait parfois des remarques du public disant « Oui, c’est cool d’avoir tel ou tel groupe, mais bon, il y a six mois, ils étaient à 50 bornes de chez moi. J’aimerais bien qu’on ait des groupes qui n’ont pas souvent l’occasion de venir en France, ou dans certaines villes de France, parce que maintenant, je pense qu’on peut faire une tournée qui s’arrête à Paris, Toulouse et Lyon et en général, la tournée termine là. Donc, il y a pas mal de villes qui passent à la trappe. » On a voulu quand même garder un groupe français, parce que ça n’avait pas de sens de faire un plateau purement international. On a choisi un groupe français qui est assez rare, qui n’a pas fait beaucoup de concerts en France. C’est un peu toute la spécialité de Novelists, c’est d’être hyper connu à l’étranger et d’avoir plus de notoriété à l’étranger qu’en France.Cela leur permettra aussi d’acquérir un nouveau public. L’idée, c’est aussi d’amener un groupe étranger pour apporter un côté un peu plus frais dans la programmation et permettre aux gens, par exemple ceux de Chalon-sur-Saône, qui n’ont pas souvent l’occasion de voir des groupes de métal étrangers, de découvrir une affiche de qualité. D’autant plus que ce sont des gros groupes qu’on sélectionne pour le festival, donc cela apporte un cachet supplémentaire.
Et pour Skindred, l’idée c’était de gonfler un peu les soirées à Paris, notamment, car on est sur des capacités plus grandes. On voulait monter un peu le niveau sur ces soirées-là. Et c’est pour ça qu’on a choisi d’ajouter Skindred, d’autant plus qu’ils ne sont pas venus depuis 2019. C’était l’occasion de les faire venir sur le festival. C’est un groupe qui fonctionne beaucoup en live et qui est bien apprécié en France. Puis, encore une fois, cela permettait de ne pas avoir qu’un groupe dans un style particulier. Nous, l’idée, c’est de montrer la diversité du festival avec tous les différents styles de métal.
C’est vraiment chouette ! Mettre en plus du metalcore, du thrash avec du ragga métal… ça va être super intéressant.
Je reviens au choix de Novelists pour le headline, parce que vous êtes un groupe qui mérite un headline. Je connaissais le groupe avant ton arrivée, et j’avoue que quand je t’ai vue sur le clip « Turn It Up », j’étais scotchée. D’une part, ton pas de danse, ton approche, ta palette vocale…
Les frères (Amael et Florestan Durand) ont gardé le style, mais tu as apporté un je-ne-sais-quoi, et ça fait du bien. En tant que femme, on a toujours cette fierté de voir une frontwoman. Et plus on avance dans le temps, plus tu nous as scotchés par ton côté brut et vrai. Tu peux ramener de l’agressivité, tu peux ramener de la douceur… Et j’ai hâte de voir la suite, parce que plus on avance dans les titres, Camille, tu nous transportes.
Camille : Oh merci !
Éric, du coup, merci pour ce choix, déjà, d’une part parce que c’est français, et aussi parce qu’on va voyager avec leur registre.
Éric : Avec plaisir.
On a hâte aux lives, et au niveau du registre que vous allez amener aux Warm Up, qu’est-ce que vous allez faire ? Il y a « CODA » qui vient de sortir, vous allez jouer des nouveaux titres qui figureront sur l’album ? Le registre précédent ?
Camille : Oui, c’est prévu… Il y aura un peu de tout. Il y aura principalement des nouveaux morceaux ou, en tout cas, ceux pour lesquels j’ai chanté, j’ai composé. Il y aura aussi un ou deux anciens morceaux où je n’ai pas composé. Et pour le Warm Up, il y aura un nouveau morceau qui sortira pendant la tournée du Warm Up et, pour le Hellfest, encore des nouveaux morceaux à la sortie de l’album.
Ça va être top !
Éric, j’ai une collègue, fan du Warm Up, qui me disait qu’en 2023, il y a eu des choix géographiques intéressants, et que c’est dommage qu’en 2025 le centre de la France ne voie pas le passage de l’événement. Pourquoi ce choix ? Il y a une raison, un critère que vous pouvez aborder ou pas ?
Éric : Non, non, on essaie de ne pas faire les mêmes dates chaque année, parce qu’on est demandé un peu partout, et quand tu mets une date, par exemple, à Saint-Étienne, les gens de Lyon ne sont pas contents, à Clermont-Ferrand pareil. Et c’est impossible de satisfaire tout le monde, sinon il faudrait faire, je ne sais pas combien de dates dans la tournée. Mais on essaie au mieux de se rapprocher des grandes villes, et aussi des endroits où, comme je disais, les tournées passent moins souvent. C’est important aussi de ne pas oublier les villes de taille moyenne, ou les plus petites, même si c’est plus compliqué de faire des dates là-bas. Mais oui, après c’est aussi une question de disponibilité des salles. Parfois, les salles ne sont pas disponibles, car nous on fait un peu comme un escargot, il faut que la date soit libre au moment où nous passons. Des fois, ça marche, des fois ça ne marche pas. Mais on essaie de satisfaire au mieux les demandes du public, ce n’est pas toujours évident de trouver les bonnes zones.
Je constate que les Hellfestois ont toujours quelque chose à dire.
Éric : Ça, toujours. Mais j’ai toujours écouté.
Du coup, ça me ramène à toi, Camille. Tu es rentrée dans le groupe en 2023, un groupe qui fait beaucoup de tournées et qui va un peu partout… vous n’avez pas arrêté. Je sais que tu as ton laboratoire à côté, mais comment est-ce que tu vis tout ça, surtout avec ce mois intense qui arrive ? Ce mois de mars va être chargé…comment tu le vis ?
Camille : L’année dernière, c’était difficile. C’est très physique, très sportif, parce qu’entre les tournées, je dois retourner au labo.
Et on a aussi Flo, le guitariste, qui était prof de guitare, et lui, quand il est rentré, il devait bosser. Donc, après une tournée, ce n’est pas comme si tu rentrais reposé. Il faut vraiment se reposer parce que le rythme des nuits est différent. La route fatigue beaucoup.
Et Flo, lui, a arrêté son job pour pouvoir se consacrer uniquement aux tournées. Moi, j’essaie de réduire petit à petit. Je gère mon laboratoire du mieux que je peux, mais j’ai des clients et des contrats à honorer, je ne peux pas tout arrêter. Mais j’essaie au maximum de m’arrêter pour me reposer entre les tournées et être plus efficace, pour avoir le bon rythme.
Je comprends, c’est toute une organisation et une hygiène de vie aussi. En lisant le hors-série que mon boss avait préparé, j’ai vu le cadre de vie que vous avez. De l’extérieur, on ne se rend pas compte de l’exigence que cela représente, et de la manière dont vous devez vous dédier à ce métier, parfois au détriment de certaines choses…
Éric : Oui, c’est beaucoup de sacrifices, mais on est content de faire ce métier-là aussi.
Enfin, moi, je parle en tant que personne qui a une vie plus reposante que celle d’un artiste sur la route. Mais effectivement, ça demande beaucoup de temps et on est souvent mobilisé, même quand on n’est pas au travail. Je passe à un concert ou dans un bar, on parle du festival. Il faut aussi savoir passer de la vie publique à la vie privée. Mais on fait ça parce qu’on aime ce qu’on fait. Moi, j’aime le métier que je fais et je ne risquerais pas d’aller au boulot le matin si ce n’était pas le cas, donc c’est aussi ça qui est plus important. Après, effectivement, la vie d’artiste est encore plus exigeante en termes de sacrifices et d’investissement, car pour le coup, il faut que ça marche. Enfin, il n’y a pas d’autre choix.
Je le comprends bien !
Revenons à la Warm-Up. Eric, je vois le retour du concours de Air Guitar, l’animation autour, les passes à gagner pour que tout le monde soit content, le merch collector… Je t’écoute…
Éric : Eh bien, oui, mais c’est ça, grosso modo. L’idée n’est pas d’avoir juste une soirée concert, c’est d’avoir un peu l’atmosphère Hellfest. Après, on ne peut pas non plus tout faire dans une salle de 500-600 personnes, mais on essaie au maximum d’avoir un moment un peu hors du temps qui se rapproche de l’esprit du Hellfest. L’idée, c’est aussi de garder le contact avec les festivaliers, avec les gens qui, soit viendront au festival en juin, soit ne pourront pas y aller. Et donc, on a cette soirée pour se réconforter et attendre l’année d’après.
Concernant le Hellfest en soi, pour moi, il n’y a pas de polémique sur la programmation, vu qu’elle est vraiment très riche et diverse. Et je voulais juste poser la question : est-ce que l’idée de refaire, comme en 2022, une double édition se pose ?
Éric : Non, non, ce n’est pas au programme de le refaire, parce que ce n’est pas tant une question de volonté de notre côté, mais il y a aussi beaucoup d’impact pour la ville, pour les services de la préfecture, etc. Donc, ce n’est pas une décision qu’on peut prendre seul. Il faut aussi qu’on réfléchisse avec plusieurs personnes, donc ce n’est pas prévu de refaire une double édition pour le Hellfest.
Entendu. Un Hellfest Warm Up à travers l’Europe un jour ?
Éric : C’est vrai qu’on s’est posé la question de faire des événements en Europe. Mais il n’y a pas vraiment d’intérêt pour l’instant, parce que notre public est quand même à 80-85 % francophone, enfin français déjà, même sur le territoire français. Donc, nous, on n’a pas d’intérêt à aller en Europe, car on n’aurait pas beaucoup de billetterie à vendre. Ce serait plus de la frustration qu’autre chose. Donc, ça serait un peu mettre des moyens supplémentaires pour pas grand-chose. On préfère se concentrer sur la France, car là, c’est assez fun quand même de faire cette tournée et de donner un peu d’actualité au festival. Mais l’idée n’est pas non plus de partir à l’étranger. On n’est pas des artistes, on est un festival. Même si on programme des artistes, notre métier c’est avant tout de faire un festival.
Ça fait quoi d’être le plus gros festival français et mondial ?
Éric : (rires) Ça fait plaisir ! C’est cool. On ne s’en rend pas forcément compte, mais ce qui est cool, c’est de voir tous les ans les gens arriver. Enfin, moi, j’aime bien me mettre à l’ouverture des portes le premier jour et voir tout le monde qui arrive avec le sourire. C’est là que tu te rends compte que le festival a une vraie force pour beaucoup de gens. C’est vraiment leur moment de l’année, et je pense qu’il y en a plein qui sacrifient des moments dans l’année, qui attendent vraiment pour avoir leur bulle de bonheur et de rêve pendant 4 jours. Donc, c’est cool, ça donne du sens en fait à ce qu’on fait.
Ah, mais moi je les vois bien, les festivaliers scotchés devant un chronomètre en attendant leur tour, c’est incroyable ! Et c’est là qu’on voit l’impact du Hellfest sur tout le monde. Il y a eu un gros coup de cœur avec Machine Head, par exemple.
Éric : Oui, c’est ça.
Et tu sais, on a un petit groupe où on peut discuter avec Robb et Jared, et en fait, Jared portait le t-shirt du fest juste après leur passage. Je lui ai fait la remarque que le t-shirt était bien, et il nous raconte qu’un jour, en le portant, quelqu’un lui demande s’il connaît le fest et il lui a répondu : « Tu te fous de moi… c’est le Hellfest ! Le plus grand fest au monde. »
Éric : (Rires) C’est top.
Nous on se voit à Paris. J’ai hâte de te voir sur scène, Camille. Et je vous souhaite à tous les deux que du bon pour ce mois de mars qui va être super intense pour la France.
Éric : Merci beaucoup !
Et encore merci de penser à toutes ces personnes qui ne peuvent pas se déplacer justement pour profiter du plus gros festival au monde. Et merci encore d’apporter cette fraîcheur française.
Un dernier mot pour conclure l’interview ?
Camille : Merci beaucoup pour cette interview. J’espère voir beaucoup de festivaliers sur les Warm Up et partout dans toute la France. Voilà, n’hésitez pas à venir.
Éric : Bah ouais, de même. Et puis ça va être bien de reprendre la route et de croiser plein de monde sur chaque étape du Warm Up.
Merci beaucoup.
Éric : Merci à toi pour l’interview !
Un grand Merci à Olivier Garnier de REPLICA PROMOTION