Depuis ma tendre enfance, j’ai été bercé au rythme du thrash, du death et du metal / rock progressif. Mes horizons musicaux ont toutefois amorcé une mue en 2016, lors de mon troisième HELLFEST, grâce à des formations comme ARCHITECTS, HEAVEN SHALL BURN, ATREYU, BMTH ou encore AUGUST BURNS RED. Mon odyssée vers le metalcore venait de débuter. C’est elle qui explique pourquoi l’affiche de ce dimanche m’emplit de joie. Le lecteur ne trouvera nulle trace de la Valley dans ces lignes, car je n’ai malheureusement pas pu trouver le temps dans mon planning déjà serré, même si j’aurais grandement apprécié y voir les Belges de GNOME.
Cette journée dominicale affichait l’une des programmations metalcore les plus enthousiasmantes, pour ma part, mais aussi une scène principale menée d’une main de maître par des légendes du punk tels que PENNYWISE et THE HIVES.
La journée démarre sur les chapeaux de roue avec THE FUNERAL PORTRAIT et leur rock alternatif faisant preuve d’une excellente présence scénique, enchaînant des titres d’une grande efficacité servis par une exécution live très propre en Mainstage, mais aussi la très engagée KAREN DIO, prête à en découdre avec la Warzone au son de son punk rock enragé.
Les choses se sont accélérées avec l’entrée en scène du quatuor francilien en pleine ascension, REVNOIR. Face à une Mainstage 2 particulièrement dense et son public se lançant dans moshpits et wall of death de bon matin, les Parisiens ont fait mouche en délivrant une prestation explosive, nuancée par des passages atmosphériques captivants. Si la fosse se vide logiquement au terme de leur performance, elle a malheureusement peiné à se reconstituer devant la Mainstage 1 pour accueillir THE DWARVES, donnant la douloureuse impression d’assister à un concert d’ouverture devant une poignée d’anonymes.
Ce contraste s’avère saisissant lorsque RESOLVE a investi à son tour la Mainstage 2, prise d’assaut. Faisant partie des figures de proue du metalcore français, le combo arpente les scènes depuis une décennie. Porté par une setlist intelligemment construite, leur set a brillé par sa justesse instrumentale et vocale, alternant habilement entre hurlements maîtrisés et voix claires impeccables. Les Lyonnais se sont même offerts le luxe d’une initiative inédite et inclusive : la retranscription intégrale de leur concert en langue des signes, orchestrée par l’association 10 DOIGTS EN CAVALE et ses interprètes PERRINE DIOT et AURÉLIE NAHON. Une démarche lumineuse que l’on espère voir se généraliser.
La journée s’est poursuivie avec le show de PRESIDENT, une formation qui parvient à fédérer grâce à un marketing parfaitement affûté, mais dont la formule m’a laissé de marbre. Vient ensuite le tour de BLACK VEIL BRIDES, dont le set m’a surpris par sa lourdeur rythmique et ses leads de guitares prenantes et réfléchies. Je reste néanmoins plus réservé quant à la performance vocale d’ANDY BIERSACK, son chant souffrant de résonances trop marquées dans les aigus et d’un manque de précision sur les lignes claires.
Heureusement, THREE DAYS GRACE a redressé magistralement la barre en assénant une série d’hymnes intergénérationnels imparables. Ne bénéficiant pas du prisme de la nostalgie adolescente, n’ayant découvert le groupe qu’ il y a seulement deux ans, j’aborde leur set de manière totalement brute et je suis surpris de constater la présence simultanée sur scène des deux chanteurs historiques du groupe ADAM GONTIER et MATT WALST. Ce duo offre un contraste de registres vocaux saisissants, sublimant leurs différentes époques. Le temps d’une pause pour se restaurer a permis d’apprécier de loin le set de RISE AGAINST. L’énergie était communicative, la voix de TIM McILRATH reconnaissable entre mille et une positivité à toute épreuve.
En revanche, mon jugement se fait plus sévère à l’égard d’ARCHITECTS. Ce groupe, autrefois vecteur d’émotions intenses, m’a laissé sur ma faim ; impossible de retrouver les sensations d’autrefois. Techniquement, le show était pourtant irréprochable et DAN SEARLE s’est montré impérial derrière ses fûts. J’ai malheureusement eu le sentiment d’observer une machine de guerre déroulant ses morceaux sans réellement les vivre. SAM CARTER semble vocalement à la peine, ses lignes de chant clair masquant tout juste un scream poussif. De plus, j’ai peu apprécié l’entendre beugler “motherfuckers” à chacune de ses prises de parole. C’est en échangeant avec mes acolytes du week-end et une consoeur d’un autre webzine que nous en concluons que ce concert aurait eu une tout autre allure de nuit, même si nous avons tous, malgré tout, apprécié voir le groupe aujourd’hui.
Fort heureusement, BAD OMENS a ravivé la flamme en mettant un point final à cette messe metalcore de la plus belle des manières. NOAH SEBASTIAN s’affirme comme un monstre vocal, affichant un chant clair d’une pureté bouleversante. Il parvient à transmettre toute l’identité et l’émotion du groupe, oscillant avec fluidité entre l’agressivité maîtrisée de leurs débuts et la mélancolie théâtrale de leurs morceaux récents. Le rendu était magnifié par des jeux de lumières d’un rouge sanglant et une pyrotechnie judicieusement calibrée. C’est la démonstration parfaite d’une « nouvelle » génération prête à reprendre le flambeau des têtes d’affiche historiques.
C’est finalement à THE OFFSPRING que revenait la belle tâche de clore cette exceptionnelle et festive édition du HELLFEST 2026. Confortablement installés dans l’herbe pour savourer ces derniers instants, nous avons accueilli de loin une enfilade de tubes imparables. Fidèles à leur réputation, les Californiens ont délivré un set festif, enjoué et débordant d’une belle énergie punk rock.
Le traditionnel feu d’artifice ayant été annulé par arrêté préfectoral en raison des conditions caniculaires, les écrans géants se sont allumés dès la fin du concert pour projeter la vidéo rétrospective de la semaine. Dans la foulée, l’annonce choc de l’édition 2027 marquant les 20 ans du festival a été révélée : une vidéo somptueuse annonçant quatre nouvelles scènes (CRYPT, RIOT, FORGE, ABYSS), une affiche portée à 300 groupes et une refonte complète du site. Les dénominations de ces nouveaux espaces laissent d’ores et déjà présager un dédoublement des scènes thématiques existantes sous forme de duos complémentaires. Une perspective audacieuse qui ouvre magnifiquement les portes d’un nouveau chapitre.
Clisson et son gigantesque HELLFEST façonnent l’Histoire des musiques extrêmes en France depuis près de vingt ans. Chaque année, des dizaines de milliers de passionnés convergent vers ce point névralgique pour s’immerger, cinq jours durant, dans un univers hors du commun. Pour y participer, certains sacrifient leurs précieuses vacances ; d’autres se privent de concerts le reste de l’année afin de s’offrir le si convoité pass 4 jours ; une poignée de curieux, enfin, s’y aventure pour découvrir un monde totalement inconnu.
Mon histoire avec le HELLFEST a débuté en 2014, sur les bancs d’un amphithéâtre de l’Université de Lyon. J’étais alors loin de me douter que ce voyage ne se résumerait pas à cette seule édition et ses têtes d’affiche. Ce qui m’a profondément marqué, ce sont les innombrables découvertes musicales possibles au cœur d’une multitude de groupes inconnus, la possibilité de voir des groupes de légendes, ainsi que la scénographie enchanteresse qui a immédiatement séduit le jeune féru de musiques extrêmes de vingt ans que j’étais. J’étais encore plus loin d’imaginer que cette simple décision allait, d’une certaine manière, guider une partie de mon existence sur les douze prochaines années (et plus à venir).
Chaque année le HELLFEST nous réserve son lot de surprises et il suffit d’une ou deux années manquées pour (re)découvrir une multitude de nouveautés, des aménagements différents et toujours mieux pensés pour le bien-être du festivalier. Certes, certains points sont encore à améliorer tels que l’accès aux WC des campings pour les femmes, la gestion de la pression de l’eau, le nombre de points d’eau accessibles ou bien même encore peut-être penser à plus d’espaces couverts ou ombragés pour palier les épisodes caniculaires qui seront de plus en plus fréquents.
En débriefant avec mes compères, dont c’était le tout premier HELLFEST, l’expérience du réel a totalement balayé leurs appréhensions. Certes, la foule est immense, mais avec un minimum d’anticipation, la circulation reste fluide, même s’il faut parfois enjamber une multitude de corps gisant au sol, terrassés par le sommeil. De même, si les plans de foule lors des retransmissions sur ARTE CONCERTS s’avèrent intimidants au point de douter de la visibilité sur site, la réalité du terrain est bien différente et où que l’on se place, la vue sur la scène demeure satisfaisante. La bienveillance générale et le fait de pouvoir discuter avec presque n’importe qui sans se soucier du regard des autres est un point qui est aussi souvent revenu lors de nos échanges.
Il suffit de voir l’organisation d’autres festivals dans l’Hexagone pour se rendre compte à quel point le HELLFEST porte une attention toute particulière à ses festivaliers, à leur expérience et aux souvenirs qu’ils en garderont. J’ai pu, cette année, grâce à l’œil neuf de mes amis, me rendre compte de l’évolution du festival en douze ans. C’est assez amusant, de voir que les points d’améliorations qu’ils imaginent pour les futures éditions, portent sur des éléments qui n’existaient même pas il y a quelques années de cela. Si l’on ajoute à cela les CHALLENGERS, cette équipe de sécurité formidable qui prend soin des slammeurs et des personnes sur les premiers rangs, mais aussi les équipes de sauveteurs en mer, secouristes et de la croix rouge qui veillent au bien être de chacun cinq jours durant. Tout est d’autant plus apprécié lors d’épisodes de grosses chaleurs comme cette année.
Nous n’oublions évidemment pas le HELLCARE, installé depuis quelques années maintenant, qui met en place un dispositif d’écoute et d’accompagnement psychologique par des professionnels de santé pour accueillir du public ou membres de l’équipe en situation de détresse psychologique. Il est aussi possible grâce au HELLCARE d’alerter en cas de violence sexiste et/ou sexuelle, de discrimination ou de harcèlement à travers plusieurs moyens, tels qu’une application mobile gratuite avec système de géolocalisation, trois stands répartis sur le site, et des équipes circulant dans toutes les zones du festival.
Ce sont toutes ces choses mises en place, dans l’enceinte d’un univers magique, qui font que ce festival est à part et se démarque par rapport à ses confrères. Alors HELLFEST, merci pour tout ce que tu fais pour nous et notre bien-être. Sois sûr que nous nous reverrons, car la prochaine fois nous comptons bien tester les séances de yoga anti-douleur, les petites séances de kiné salvatrices ou bien encore profiter à nouveau des petits déjeuners servis avec joie par l’association ANIMAJE dans les campings. Et par-dessus tout, nous attendons impatiemment tes nouveautés à découvrir lors de ton ULTIMATE EDITION.