Jour 3 :
Le troisième acte de ce périple débute avec l’annulation des frères CAVALERA et TOM MORELLO qui seront remplacés au pied levé par le combo hardcore de GUILT TRIP et les français de DOPE SPELL. Les hostilités sont lancées avec les Français de DVRK, qui ont immédiatement donné le ton avec un deathcore moderne ultra-percutant, suivis de près par DOPE SPELL. Après une prestation solide le mercredi sur la Hellstage, la formation s’est payé le luxe de terrasser la Mainstage sur un concert qui n’était absolument pas prévu, performance très solide. Ces deux combos tricolores ont prouvé que leur présence n’avait rien d’un hasard, DOPE SPELL s’imposant comme la preuve irréfutable que les scènes secondaires du HELLFEST recèlent de véritables pépites prêtes pour leur ascension. C’est au tour de nos voisins autrichiens de INSANITY ALERT de nous faire thrasher dans nos frocs, avec leur set rempli de dérision. HEAVY KEVIN (chant) nous tend des pancartes avec des instructions telles que “let’s circle pit”, et le public est assez réceptif à la petite touche de fraîcheur du matin.
Ma trajectoire a ensuite croisé SLAY SQUAD, dont le concept de « ghetto metal » attisait ma curiosité. Il est fascinant de voir qu’en combinant deux registres dans lesquels on peut être très moyen, le résultat final parvient à tenir la route. Sans être transcendant, le moment s’est révélé assez sympathique. En revanche, mes attentes concernant CABAL ont été assez rapidement douchées. Je n’ai pas réussi à retrouver la violence bestiale de leurs titres sur CD lors de ce concert, ce qui m’a fait décrocher assez rapidement après deux morceaux.
Attiré par la réputation d’ESCUELA GRIND, formation américaine distillant un grindcore d’une efficacité et d’une propreté redoutables, j’ai déserté CABAL pour rallier la Mainstage. C’est là que j’ai reçu ma claque du week-end. L’énergie dansante déployée par la chanteuse KATERINA, alliée à des lignes vocales d’une justesse implacable, m’a littéralement subjuguée. Réussir à me faire apprécier du grindcore relève du miracle après 32 ans de carrière. Une véritable révélation.
Après avoir observé de loin le set de THORNHILL, troisième concert à souffrir d’un déficit de puissance acoustique, une pause s’est imposée. Un excellent burger, bien que proposé à un tarif prohibitif, m’a permis de recharger les batteries avant d’affronter le set incandescent de GATECREEPER. L’expérience confinait au surréalisme. Savourer un death metal résolument mélodique sous un soleil de plomb, tout en acceptant de se faire carboniser les sourcils toutes les cinq secondes par une pyrotechnie dantesque. Ces murs de flammes de dix mètres de haut, déployés quarante minutes durant ont transformé le concert en une véritable fournaise. En somme, l’une des performances majeures de la journée, car on aime le death et le feu.
C’est le visage cramoisi que j’ai finalement cédé aux sirènes de la fatigue, me faisant manquer la folie de HOUSE OF PROTECTION et le retournement de la Mainstage de CRISIX… les aléas inhérents au marathon du HELLFEST. Ayant été suffisamment malmené par les décibels, j’ai opté en fin d’après-midi pour la douceur de A PERFECT CIRCLE, délaissant KUBLAI KHAN TX. Ce fut probablement ma grosse erreur du jour. Bien que je sois un ardent admirateur de l’univers de MAYNARD JAMES KEENAN, la subtilité du concert s’est avérée trop douce pour mon état d’épuisement. Un second assoupissement m’a emporté.
Mon réveil a heureusement coïncidé avec l’entrée en scène de MEGADETH. Si le timbre de DAVE MUSTAINE accuse toujours un net déclin, le concert s’est mué en une démonstration technique de haut vol. Assurément l’une des meilleures prestations à Clisson de ces légendes du thrash, sublimée par la précision de la balance et les duels de solos d’une fluidité impériale entre DAVE MUSTAINE et TEEMU MÄNTYSAARI.
Pour clore la soirée, mon binôme a choisi d’honorer son cœur d’adolescent en se dirigeant vers LIMP BIZKIT, préférant la nostalgie à la fureur de LIONHEART qui jouait au même instant sur la Warzone. Le bilan qu’il en retire s’avère contrasté. Une prestation correcte, fidèle à l’esprit décalé du groupe, mais parasitée par une fosse survoltée où la brutalité gratuite l’emportait sur la bienveillance habituelle du festival. La journée s’est achevée par une douche à une heure stratégique pour devancer la cohue nocturne.