Vecteur Magazine

JEUDI 18 JUIN 2026

REPORT par Axel Chatard
PHOTOS par Didier Rivet

Chaque année, lorsque les beaux jours reviennent et que le mois de juin s’installe, des dizaines de milliers de passionnés prennent la route en direction de Clisson. Pendant quelques jours, Clisson « Rock City » se transforme en véritable capitale du metal, accueillant l’un des plus grands festivals d’Europe. Pour beaucoup, le HELLFEST est bien plus qu’un simple événement musical. C’est un rendez-vous incontournable, une tradition, un pèlerinage annuel que l’on prépare parfois des mois à l’avance.

Le HELLFEST, c’est cette bulle hors du temps où toutes les générations se retrouvent autour d’une passion commune. Des vétérans présents depuis les premières éditions aux jeunes festivaliers qui découvrent les lieux pour la première fois, tous partagent le même enthousiasme en franchissant les portes du festival. Durant quatre jours, les différences s’effacent derrière les t-shirts noirs, les sourires, les discussions improvisées et les kilomètres parcourus entre les différentes scènes.

Comme chaque année, Vecteur Magazine était présent à Clisson pour vivre cette nouvelle édition de l’intérieur. Cette fois-ci, nous avons choisi de profiter pleinement de l’expérience festivalier, en nous concentrant sur les concerts, les découvertes, les rencontres et cette atmosphère si particulière qui fait la réputation du HELLFEST bien au-delà des frontières françaises. Car si les têtes d’affiche attirent naturellement l’attention, la magie du festival se cache aussi dans les détails : une prestation inattendue en Purple ou sur la Hellstage, une discussion avec des voisins de camping venus d’un autre pays, un coucher de soleil sur les Mainstages ou encore ce sentiment unique de retrouver une immense famille que l’on ne croise qu’une fois par an.

L’édition 2026 s’annonçait particulièrement prometteuse avec une affiche une nouvelle fois impressionnante, mêlant légendes du metal, groupes incontournables de la scène actuelle et artistes émergents prêts à conquérir un nouveau public. Malgré les débats habituels qui accompagnent chaque annonce de programmation, une chose reste immuable : une fois les portes ouvertes, le HELLFEST parvient toujours à rassembler sa communauté autour de ce qui compte vraiment, la musique.

Sous une chaleur écrasante, entre les allées noires de monde, les décors toujours plus impressionnants et les riffs qui résonnent dans toute la vallée de Clisson, nous avons arpenté le festival au rythme des concerts, des découvertes et des coups de cœur. 

Ce périple débute le mercredi 17 juin à 6h30, en compagnie de ma sœur, qui sera également ma consœur de reportage pour les cinq jours à venir, et de deux amis d’enfance. Pour mes trois acolytes, qui m’entendent parler du HELLFEST avec passion depuis plus d’une décennie, ce festival relevait jusqu’alors du domaine du rêve. Ce qui m’offre une perspective idéale pour mettre en parallèle l’accueil, l’organisation, le cadre, la programmation et le confort de cette édition avec mes souvenirs passés. 

Dès mon premier HELLFEST en 2014, j’ai été impressionné par la qualité du site et de ses infrastructures, de l’accueil et de l’organisation. Cependant, au fil des éditions, le flux constant de nouveautés et d’améliorations a ancré chez nous une exigence de perfection continue. La canicule imminente cette année constitue d’ailleurs un excellent révélateur de la capacité d’adaptation du festival à travers le temps. Pour autant, le statut du HELLFEST parmi les géants européens ne l’oblige pas à un sans-faute absolu, nous parlons d’un rassemblement de musiques extrêmes, pas du monde des bisounours. 

Le premier fait marquant de cette édition, réside dans la disparition de l’attente interminable en plein cagnard autour du mythique rond-point à la guitare. Alors que l’ouverture des portes était annoncée à 16h, notre arrivée à 15h révèle des accès déjà totalement fluides. Aucun temps mort pour récupérer les bracelets, une réactivité particulièrement bienvenue pour rejoindre le camping, tandis que l’ambiance s’installe progressivement pour nous escorter tout au long du week-end.

Une fois le campement établi, direction le LECLERC et son festival LE OFF by LECLERC CLISSON. Le temps passé sur place permet de mesurer la montée en gamme de sa programmation, de plus en plus qualitative et rigoureuse. Nous pouvions y retrouver cette année, entre autres, des groupes tels que ENDLESS AGONY, HANGMAN’S BLOOD, APHASIS, GHOST ANTHEM ou bien encore HANNIBAL, les grands gagnants du tremplin LE OFF 2026 le mardi. Mais aussi INYOURFACE, ERADIKAL INSANE, SEVEN EYED CROW ou LUX MENTIS le mercredi. C’est une excellente mise en bouche pour les festivaliers précoces, mais aussi une belle opportunité pour les Clissonnais de s’imprégner de l’effervescence du HELLFEST en avant-première. Les courses terminées, le retour au camping nous réserve une seconde bonne surprise. Munis de nos bracelets, plus besoin de transiter obligatoirement par le HELL CITY pour rejoindre nos tentes. L’accès piéton par la route fluidifie considérablement le parcours et nous épargne quelques milliers de pas superflus. 

Un rapide détour par le point H2O s’impose ensuite pour obtenir l’accès aux douches. Face à la canicule annoncée, un peu de fraîcheur et de savon ne sera pas un luxe. C’est à cet instant que surgit la première ombre au tableau de notre séjour, sans pour autant gâcher l’expérience. Un axe d’amélioration s’avère indispensable : l’augmentation du nombre de cabines, mais surtout la gestion de la pression de l’eau. Face à l’accumulation de poussière et à la chaleur étouffante, s’extirper de la crasse relève de la joute administrative lorsque l’on ne dispose que de quelques gouttes d’eau. 

 

Jeudi – jour 1 :

Lors de notre balade dans le HELL CITY deux heures avant le début des concerts, nous remarquons que les portes du festival sont déjà ouvertes. Depuis la veille nous ne cessons de constater que l’organisation fait tout pour que les festivaliers n’aient pas à attendre des heures sous un soleil étouffant, sauf pour les aficionados du merch au Sanctuary, bien évidemment. Une bonne occasion donc de pouvoir (re)découvrir cet immense site rempli de surprises, de détails et de références à l’univers du metal. 

Depuis douze ans, mon rituel demeure inchangé. J’arpente les scènes dès les premières notes matinales, guidé par la curiosité de styles qui éveillent mon intérêt. Les dilemmes commencent donc déjà, à peine entrés sur le site des scènes. Que choisir entre le metalcore accrocheur de WE CAME AS ROMANS, le stoner de TRUCKFIGHTERS ou bien le black de SKAPHOS. Le choix est rude, et à cela s’ajoute même la Hellstage avec les Suisses de KALKAS. 

Le choix s’est porté sur la Mainstage, qui nous permettait d’enchaîner WE CAME AS ROMANS, THE PRETTY RECKLESS et THE PLOT IN YOU. Un léger manque de puissance sur le son du premier concert, mais à part ça, sur le plan technique, une véritable prouesse s’est imposée pour un open-air d’une telle envergure. La quasi-totalité des sets a bénéficié d’une ingénierie sonore irréprochable dès l’entrée en scène. Cette acoustique immédiatement puissante et équilibrée a permis de respecter l’identité de chaque formation sans sacrifier la moindre de ces prestations courtes sur l’autel des balances.

WE CAME AS ROMANS avait donc la lourde tâche d’ouvrir les hostilités, dont le combo s’acquitte avec bravoure en nous balançant tube sur tube. Dès l’entrée en scène de THE PRETTY RECKLESS, nous tentons de nous extirper de la foule dans le but d’aller nous sustenter avant la prise d’assaut des stands de nourriture, escortés par les notes d’un hard rock aussi gras que accrocheur distillé par TAYLOR MOMSEN et sa bande. J’ai l’impression que la circulation devant les scènes principales n’a jamais été aussi laborieuse à ce stade de la journée, dès le second concert du festival.

Notre unité se divise et pendant que nous partons tenter de prendre de sympathiques plans vidéos des différents éléments esthétiques du festival, une partie de l’équipe assiste au concert de BREAKING BENJAMIN. Un petit événement à ne pas rater tant il est rare de voir le groupe dans nos contrées, à cause de la phobie de l’avion de BENJAMIN BURNLEY. Un bon moment nostalgie pour une partie des fans, une belle découverte pour d’autres, malgré un manque de justesse dans le chant. 

Juste après avoir assisté, de très loin, au retour au HELLFEST des légendes de DEEP PURPLE, qui a su livrer un set convaincant et plein de nostalgie pour les fans de la première heure, les dilemmes se poursuivent avec un choix à faire entre PAPA ROACH et THE HALO EFFECT. Je n’écoute pas le premier sur CD, mais chacun de leur concert auquel j’ai assisté est un réel moment de fête dans une ambiance de folie. Quant au deuxième, il s’agit tout simplement de l’un de mes groupes favoris découvert sur les deux dernières années. J’ai pu rapidement trancher en combinant astucieusement les fins de sets. J’ai ainsi pu savourer THE HALO EFFECT, qui s’est même vu attribuer la place de mon concert coup de cœur du week-end. Le death mélodique des Suédois nous a instantanément transportés sous une Altar en communion totale. Face à un public particulièrement réactif, enchaînant chants et pogos, la bande à MIKAEL STANNE a offert un set magistral d’énergie communicative et de mélodies. Quittant la scène sous les notes de la version acoustique de “Coda”, reprise en chœur par une fosse refusant de se dissoudre, le groupe a scellé un moment de partage d’une rare intensité. 

J’ai ensuite couru sous un soleil brûlant pour intercepter la fin de PAPA ROACH. Juste à temps pour vibrer sur “Between Angels and Insects”, le medley nostalgique “Nu Metal Time Machine” (reprises de “Blind”, “My Own Summer”, “Break Stuff” et “Chop Suey”) et l’hymne indémodable “Last Resort”. Une excellente surprise en live. Malheureusement je n’ai pas pu assister aux featurings avec les fils de Jacoby Shaddix, sur “See U in Hell” pour JAGGER son aîné et “Braindead” avec BRIXTON le cadet. Merci ARTE CONCERTS de pouvoir nous faire revivre ce genre de moments.

Quant au duel final entre les deux rois de la soirée, IGORRR et BRING ME THE HORIZON, mon positionnement stratégique dans la foule et la puissance de l’hommage à OZZY OSBOURNE ont dicté mon choix. Ce n’est que partie remise pour IGORRR.

Voir MIKKEY DEE et ses acolytes ressusciter le répertoire de MOTÖRHEAD en ouverture de la Mainstage 2 revêtait par ailleurs une symbolique puissante, s’apparentant à un véritable passage de témoin intergénérationnel. En matière de symboles, le festival a d’ailleurs atteint un point culminant lors de la trilogie magistrale unissant le concert d’ALICE COOPER, l’hommage vibrant à OZZY OSBOURNE et la performance dantesque de BRING ME THE HORIZON. Fidèle à sa réputation, ALICE COOPER a déployé un show théâtral mémorable, porté par des musiciens irréprochables. Une bonne manière pour les festivaliers de découvrir ANNA CARA, nouvelle guitariste de la formation, âgée de tout juste vingt-deux ans et présentée au monde en avril 2026. Ce set de haute volée a subtilement ouvert la voie à l’hommage dédié au regretté OZZY OSBOURNE, matérialisé par une rétrospective vidéo émouvante au son de “Mama, I’m Coming Home”, suivie d’un somptueux feu d’artifice embrasant le ciel sur “Bark at the Moon”.

Cette transition majuscule introduit alors l’entrée en scène de BRING ME THE HORIZON. Le spectacle proposé par la formation britannique s’est révélé tout bonnement sensationnel. Entre une setlist pointue balayant une grande partie de leur discographie, des jeux de lumières immersifs, une pyrotechnie millimétrée, des transitions visuelles narratives, l’apparition surprise de WILL RAMOS (LORNA SHORE) sur “Antivist” et la présence scénique impériale d’OLI SYKES, nous avons incontestablement assisté à l’un des moments les plus marquants de cette dernière édition du festival tel que nous le connaissions. Cette démonstration de force à couper le souffle confirme qu’aujourd’hui, BRING ME THE HORIZON s’impose indiscutablement comme l’un des piliers du metal mondial. C’est ici que la symbolique du passage de relais prend tout son sens. Ce sont désormais ces formations d’envergure moderne que nous aurons le privilège de retrouver au sommet de l’affiche clissonnaise.

Ayant mal géré mon endurance sur cette première journée, guidé par l’excitation, je n’ai réussi à assister qu’au début de la piraterie d’ALESTORM, quittant les lieux après cinq chansons, non sans avoir profité de l’énergie communicative de “Mexico”. Mon plus grand regret restera indéniablement d’avoir manqué RIVERS OF NIHIL, par simple omission d’avoir enregistré le groupe dans mes favoris sur l’application officielle du HELLFEST. Un conseil, n’oubliez jamais cette étape, sous peine de voir vos priorités balayées par le rythme effréné du festival.

ODC

WE CAME AS ROMANS

TRUCKFIGHTERS

PERCHTA

MIKKEY DEE

THE PLOT IN YOU

THE PRETTY RECKLESS

BREAKING BENJAMIN

DEEP PURPLE

PAPA ROACH

ALICE COOPER

HOMMAGE À OZZY OSBOURNE