C’est sous un soleil de plomb que les émissaires de VECTEUR MAGAZINE arrivent en terres clissonnaises pour vivre cette nouvelle édition infernale.
Suivez les récits de Tom BINET (µ), Carole CERDAN (£) et Valentin POCHART (*), agrémentés des photos d’Emma RIBAL et Didier RIVET.
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C’est dès le mercredi soir que l’ambiance du HELLFEST nous a accueillis, au Hellfest corner, sous un canon d’eau à la fraicheur bienvenue, alors qu’une chenille bon enfant permet de briser la glace au son de « La grosse queuleuleu » de Francis Mac Douglas, avant de s’ambiancer sur un DJ set d’AMICAL TENDENCIES… le festival est lancé pour de bon !
Mais ce jeudi, une fois le précieux bracelet récupéré, il me tarde d’assister aux premiers concerts. L’ouverture des portes n’étant prévue qu’à 13h30, je commence par un set sur la Hellstage, avec les TURTLES JUNIOR, groupe de punk hardcore indonésien ! C’est franchement atypique à voir chez nous, et s’ils ont soigné leur look (avec de belles crètes bleues), ils ne sont pas venus pour nous cajoler. A tout seigneur, tout honneur, j’assiste là aux premiers mouvements d’un moshpit réceptif prêt à en découdre. Le chanteur est totalement dans son élément et nous gratifie d’un « apérooooo » goguenard que ne manquent pas de saluer les habitués du camping.
Finalement, à peine le temps d’engloutir un hot dog, que c’est la surprise : les portes de la cathédrale, annoncées comme s’ouvrant à 13h30, sont déjà prêtes à laisser s’engouffrer les premiers d’entre nous.
Je pense que l’orga a retenu que c’est un moment critique en termes de flux de festivaliers, et que pour des concerts démarrant à 17h, une bonne marge de manoeuvre sera appréciable. Et puis, bon calcul : ce temps libre sitôt rentrés, nous pouvons le mobiliser à nous étancher auprès des « désoifeurs » (ces bénévoles qui trimballent 12 litres de bière sur leur dos, avec un pistolet verseur, pour servir sur le vif les festivaliers qui ne veulent pas rallier un bar), et nous pouvons également le mettre à profit pour entamer la très longue file d’attente vers le Sanctuary, cet espace dédié depuis l’an dernier à la vente du merchandising officiel du HELLFEST. C’est ce que j’ai fait, avant d’aller assister aux premiers concerts dans l’enceinte d’Infernopolis.
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Scène : Mainstage 1
Groupe death metal (Danemark / Allemagne)
Le guitariste Michael Poulsen est connu pour être le chanteur / guitariste / compositeur de VOLBEAT
Scène : VALLEY
Groupe français
Rock heavy, psych, prog
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Premier set pour moi, sur la scène que je vais particulièrement squatter au cours de ce week-end : l’Altar !
Et je démarre par ce qui sera une découverte, intriguée par le descriptif du groupe : WORMROT est un groupe de grindcore, tout droit venu de… Singapour ! Et comme si cela ne suffisait pas à me rendre curieuse, ils ont embarqué pour ce set Gabriel Dubko (vocaliste d’IMPLORE) et la très étonnante Weish.
Comment vous décrire le rendu ? Disons que cela démarre par une voix féminine cristalline, qui plonge vers l’émotion poignante, ce qui rappelle du BJÖRK, mais ensuite les instruments sombrent dans la violence, alors que la voix masculine s’élance dans le plus bestial des growls. Il est ensuite rejoint par sa comparse, qui est passée aux screams rageurs, alors que le set prend une grosse énergie, avec des rythmes parfois 2-steps, parfois typiquement grind, mais toujours violents. Je pense que le public est partagé, entre ceux qui entrent sous l’Altar, fascinés par le phénomène, et ceux qui en repartent, hermétiques à cette expérience. Si quelques larsens viennent troubler le son lancinant de la guitare, rien ne perturbe Weish, son châle beige négligemment posé sur ses épaules alors qu’elle déclame son texte avant de partir en headbang.
C’était déroutant, percutant et original, belle entrée en matière !
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S’il y a bien un set que j’avais inscrit dans mes immanquables du week-end depuis la publication du running order, c’est bien celui des Ecossais de BLEED FROM WITHIN. En effet, je les avais interviewés en 2022 à l’occasion de la sortie de leur album aujourd’hui auréolé de succès ‘Shrine’, et j’avais déjà à l’époque perçu leur potentiel à occuper une place légitime sur des scènes d’envergure telles que cette Mainstage 2. Entre temps, tous les échos étaient au diapason pour me conter un groupe qui se montre généreux en live, et clairement, j’attendais avec impatience de pouvoir en faire l’expérience !
Force est de constater que les quasi 20 ans d’expérience du groupe transpirent dans leur aisance sur scène, ce qui leur permet de se consacrer totalement à vivre le moment et à partager avec le public, bien réceptif. Craig Gowans, le guitariste lead, arbore une sublime guitare blanche aux mécaniques dorées, et son sourire fait miroir à celui d’Ali Richardson, derrière ses fûts. Scott Kennedy prend son rôle de maître de cérémonie très à coeur, et entre quelques couplets au growl puissant, il rappelle au public de « ne pas le laisser tomber » ! Le moshpit répond présent, et une lance à eau est bienvenue dans la chaleur montante. Steven Jones, le second guitariste, m’impressionne par la clarté et la justesse de sa voix chantée, qui vient appuyer et compléter les passages plus rageurs de Scott. Celui-ci nous demande tour à tour de montrer le poing, puis de lever les mains en l’air, et arrive un morceau que j’anticipais comme ayant un énorme potentiel live : « Levitate ». Eh bien, j’ai été servie ! Quelle émotion d’entendre le public offrir un chœur vibrant à ce morceau déjà devenu culte.
BLEED FROM WITHIN nous invitent à découvrir leur tout dernier single « Hands of sin » et là encore, tout le monde suit avec enthousiasme ! Pour « I am damnation », Scott prend quelques minutes pour dédicacer le titre à de bons amis du groupe, nos frenchies de LANDMVRKS, venus sauver le créneau libéré par BAD OMENS un peu plus tard dans la soirée. Et évidemment, le set atteint son apogée sur l’incontournable « The End of All We Know », alors que Scott se laisse emporter par le public, et moi par la joie !
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SLAUGHTER TO PREVAIL, groupe russe à la réputation sulfureuse (le chanteur arbore des tatouages généralement affichés par des sympathisants du nazisme, ses propos ont été taxés d’homophobes… bien qu’il s’en soit défendu). J’ai décidé pour ce coup là d’aller assister à ce set pour essayer de comprendre l’engouement musical qui entoure cette formation deathcore exilée aux Etats-Unis. Très rapidement, l’espace devant la MainStage 1 s’amoindrit, et je ressens une certaine effervescence. Il faut dire que depuis la veille, le groupe a annoncé sur ses réseaux sociaux profiter de sa présence au Hellfest pour faire établir le plus grand « wall of death » du monde. Et foi de festivalier, ça sent l’évènement ! Il faut dire qu’au Hellfest, tout le monde a encore en souvenir celui de MASS HYSTERIA par exemple, donc nos soviets sont attendus de pied ferme.
Le set démarre avec des protagonistes masqués (masques argentés pour les musiciens, et doré pour le vocaliste, le très emblématique Alex Terrible), et dès les premières notes, je suis embarquée dans une bourrasque d’énergie, la foule formant une puissante lame qui nous pousse vers la scène. Je me réfugie quelques rangs en arrière, et je constate que la hargne affichée sur scène se traduit par une scène de baston générale dans le pit, survolée par une longue ligne de slam. Alex Terrible a l’art de marquer des poses en affichant sa stature imposante, il harangue la foule en exigeant toujours plus d’engagement, quitte à se frapper violemment le front avec son micro. Les sons s’enchaînent, y compris les titres les plus connus du groupe (« Demolisher » et son fameux breakdown, par exemple). Je note de fortes touches électroniques (avec notamment du gros bass drop hypnotique, ou carrément des rythmiques à la limite de la drum’n’bass sur « Bratva »), il est clair que l’énergie est là. Pour autant, je ne suis pas impressionnée outre mesure par le riffing, mais davantage par la prouesse vocale de Terrible, qui repousse les limites humain / bête à chaque morceau.
Il faut que je vous parle du fameux moment du « wall of death » quand même, puisqu’il avait été largement promis ! En réalité, c’est un grand moment de flottement, comme si la foule refusait de s’écarter (et à notre décharge, nous finissons par arriver à hauteur des postes de secours, donc je pense que le défi a été victime de son succès à ce moment là). Moralité, les minutes s’égrennent, Alex Terrible s’agace, au point de descendre lui même dans la foule pour essayer de repousser les bords de chaque côté, c’est tellement confus qu’à un moment, on se retrouve avec deux « walls of death » séparés par une large bande de festivaliers qui n’ont pas su choisir leur camp… Au total, il aura fallu au moins dix bonnes minutes du set, mais le défi a été tenu, avant que le public ne reparte dans un dernier élan destructeur sur « Kid of darkness ». Je croise des gens qui reviennent en arrière, et qui me disent que le moment n’a plus rien de bienveillant, qu’il y a des chutes et que personne ne relève ceux qui sont au sol… Décidément, ce set sera chaotique jusqu’à la fin.
Je repars de là avec mon opinion toute personnelle : SLAUGHTER TO PREVAIL ne fait pas partie des groupes que je réécouterai régulièrement à la maison, je n’ai pas été transportée musicalement, même si je concède le charisme animal de leur leader.
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Alors que retentit la cloche de « Red Right Hand » de NICK CAVE & THE BAD SEEDS, une figure gonflable inquiétante brandissant un couteau se dresse au fond de la MainStage 2. En effet, c’est au tour des cinéphiles de ICE NINE KILLS de prendre le festival d’assaut à coups de riffs puissants et de refrains efficaces. Et c’est en shorts, chemises et lunettes de soleil que les californiens arrivent sur « Hip To Be Scared », premier single de leur album ‘The Silver Scream 2 : Welcome To Horrorwood’, qui sera ce soir très majoritairement représenté (huit morceaux sur les neuf interprétés en seront extraits). Et dès ce morceau d’ouverture, le groupe reproduira sur scène la fameuse scène du meurtre à la hache d' »American Psycho » (le film de 2000 avec Christian Bale). Le théâtre à la ALICE COOPER peut commencer !
Si « Rainy Day » sera interprété sans mise en scène, le nouveau single « Meat & Greet » donnera lieu à une référence grandeur nature au « Silence Des Agneaux », dont le morceau est directement inspiré. Un forcené égorgera à pleine dents ses geoliers sur scène sous les cris de joie de la foule, avant de voir Spencer Charnas, le leader du groupe, incarner Ash Williams, le personnage principal de « Evil Dead » sur le morceau « Ex Mortis ». Les références s’enchaînent encore avec « Funeral Derangements » inspiré de « Pet Sematary », « The American Nightmare », inspiré de « Freddy : Les Griffes De La Nuit », ou encore « Wurst Vacation » inspirée un peu moins directement de « Hostel » (mais si, vous savez, le film avec un chirurgien allemand complètement fou et cannibale).
Au niveau du jeu de scène, tout est millimétré avec des acteurs qui s’enchaînent rapidement et sans impro, et c’est peut-être là que la mayonnaise prend moins : on sent que le groupe a répété ça des dizaines voire des centaines de fois et joue aujourd’hui exactement la même chose que sur les autres dates. On aura donc moins le sentiment d’un show exceptionnel quand ils finiront par « Welcome To Horrorwood », hyper entraînant et calibré pour les stades, même si le set était très bon de manière objective. Bon après, je ne suis peut-être pas très objectif, les ayant déjà vus trois fois sur cette même tournée et connaissant donc tous les morceaux et les gimmicks par cœur. Espérons que je serai plus surpris sur la prochaine !
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Il me tardait d’entendre en live le quintet américain. C’est en plus l’occasion d’aller dans la Warzone, une de mes scènes préférées du Hellfest, avec ses ambiances rougeoyantes entre son enceinte en acier corten et ses jeux de pyrotechnie. Il est encore un peu tôt pour le moment, quand je passe sous la statue de Lemmy Kilmister qui veille à notre arrivée entre les scènes de la Warzone et de la Valley, et que je rejoins la foule déjà compacte qui salue le début du set. DYING WISH est décrit comme donnant dans le metalcore, mais je trouve qu’on sent vraiment fortement l’aspect hardcore dans leur musique, que ce soit par la structure des morceaux, l’agressivité des riffs et le côté sans concession des textes. Pour autant, le set prend une couleur paradoxalement optimiste, tant le groupe semble touché par l’engouement qu’il déclenche dans le public et tire à profit ce plaisir partagé. Emma Boster, la vocaliste du groupe, nous remercie d’ailleurs de leur avoir laissé une chance alors qu’il y avait selon elle énormément d’autres groupes géniaux à aller voir en même temps. Si le set est pénalisé par des soucis techniques qui hachent la voix, les neuf titres sont déroulés avec bonne humeur et forte énergie communicative, de « Prey for me » à « Cowards Feed, cowards bleed ».
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C’est à un retour très attendu que le public du Hellfest va assister ce soir : KERRY KING, guitariste fondateur de SLAYER est de retour cinq ans après le concert d’adieux de ces derniers au même endroit ! Et il n’est pas venu seul : Mark Osegueda de DEATH ANGEL, Phil Demmel de MACHINE HEAD, Kyle Sanders de HELLYEAH et Paul Bostaph de SLAYER lui prêtent main forte sur cette tournée, tout comme sur son excellent album solo ‘From Hell I Rise’. Et ça tombe bien, car c’est celui-ci qu’ils vont jouer majoritairement (mais pas seulement) ce soir. Et contre toute attente, malgré l’énergie de dingue déployée, malgré les morceaux aussi carrés que du SLAYER et des lance-flammes hyper présents, c’est un public plutôt timide qui fait face à la scène ! A part un petit pogo, les morceaux solo de KERRY KING, bien qu’acclamés, ne sont cependant pas encore sur toutes les lèvres, et ça se sent un peu. Cependant, quand celui-ci sort les classiques, l’ambiance change totalement et on entendra les thrasheurs hurler « Disciple » à tue-tête, tout comme le classique parmi les classiques « Raining Blood », ou le moins connu mais tout aussi bon « Black Magic ».
Si on fait abstraction de la timidité surprenante du public sur ce concert, la performance est admirable : Mark Osegueda court partout pendant que KERRY KING assène riff sur riff sans la moindre erreur, Phil Demmel fait fondre les visages de la foule avec des soli interprétés parfaitement pendant que la section rythmique laboure complètement la plaine. C’est à un concert de thrash de haut vol qu’on a assisté ce soir, et on a très très hâte de revoir KERRY KING dans nos salles ou nos festivals par la suite !
Hellstage
Groupe franco-américain
Punk / Grunge
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Quelques heures à peine après l’ouverture des portes et l’excitation de retrouver le site tel qu’il avait été laissé un an plus tôt, l’un des concerts les plus attendus de ce premier jour de festival commence déjà : celui des Japonaises de BABYMETAL. Déjà, Su, Moa et Momoko font leur apparition sur la MainStage 2, vêtues de leurs traditionnels costumes bariolés.
Fortes d’une chorégraphie parfaitement huilée et d’une énergie communicative, les trois jeunes femmes ne tardent pas à emporter avec elles-mêmes les plus sceptiques (et il y en avait quelques-uns).
Très vite, « METALI !! » offre à tout Clisson son premier rameur du week-end, tandis que Tom Morello fait chanter sa gratte en se dandinant sur l’écran géant, patientant encore quelques heures avant de faire son apparition en chair et en os. Mais le featuring le plus attendu n’est autre que le déjanté « RATATATA », repris en choeur par la foule, un an après une empoignade mémorable sur cette même scène devant ELECTRIC CALLBOY. Cette fois, ça y est, ce Hellfest 2024 est lancé pour moi, sur d’excellentes bases !
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Le passage de CRYSTAL LAKE était un de mes immanquables également, parce que ce n’est pas tous les jours que le groupe japonais se produit par chez nous. Mais c’est aussi l’occasion pour moi de découvrir leur nouveau vocaliste en action. En effet, John Robert Centorrino occupe depuis le printemps 2023 la place laissée vacante par Ryo Kinoshita, parti prendre soin de sa santé mentale. Et la mission est ardue ! Pour autant, je peux le dire sans sourciller : CRYSTAL LAKE ont mis le feu à la Warzone pour l’un des sets les plus monstrueux du week-end, et ce en dépit d’un problème de sonorisation (qui prive une partie du set d’un rendu stéréo).
Dès le début du set, les circle pits se lancent sur orbite, et c’est sans aucune attente qu’un wall of death de forme déjà ! Revenant de l’expérience laborieuse de SLAUGHTER TO PREVAIL peu de temps auparavant, je ne peux m’empêcher de sourire sur cette spontanéité. Côté musique, je suis aux anges, ayant affaire au meilleur des deux mondes entre des beaux riffs servant d’écrin à un flow sombre et efficace du vocaliste au crane tatoué. En ce qui concerne sa stature, je ne peux que constater qu’il affiche un charisme magnétique. Il lui suffit de s’accroupir, combinant un regard hypnotique avec un mouvement circulaire de l’index pointé vers le ciel, pour que le public, séduit, se remette immédiatement en rotation. Le reste du groupe n’est pas en reste, et notre engouement est récompensé d’une pluie d' »Aligato ». Avant de nous quitter sur un dernier titre, Centorrino exige un public en délire, nous certifiant qu’il lui est totalement égal de payer des pénalités de retard auprès de l’organisation. Heureusement pour lui, nous ne mettons pas longtemps à nous exécuter, nous sommes conquis !
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Scène : Temple
Projet norvégien avec une membre permanente unique et multi-instrumentiste (chant, guitare, synthétiseur et basse)
Blackgaze, post rock
Mainstage 1
Groupe américain
Thrash metal
Altar
Groupe suédois
Death metal mélodique
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Il en fallait du cran pour relever le défi. Mais pas de quoi effrayer les Marseillais, appelés à la rescousse pour remplacer BAD OMENS en soirée sur la MainStage 2. Un pari 100% réussi, preuve de la progression fulgurante d’un quintette qui n’a plus rien à voir avec celui qui débutait encore lors de sa première venue dans les vignes, en 2016. D’une prestation majuscule qui restera dans les mémoires, LANDMVRKS a balayé tous les doutes, ravissant tous les amoureux du groupe, conquis au fil de leurs récentes prouesses. Quel plaisir de pouvoir suivre d’aussi près l’évolution d’un tel groupe, surtout quand elle est aussi positive !
Le tout bien aidé par une scénographie à la hauteur d’une aussi grande plateforme et l’énergie débordante de Florent Salfati, dont la présence de tous les instants est de plus en plus impressionnante ! Un show entamé par le single révélé en début d’année, « Creature » et achevé d’un rappel de deux titres dont le délicieux « Lost in a Wave », histoire de prolonger encore un peu plus le plaisir. Il n’y a plus guère de doute : chaque venue du groupe à rock city sera désormais un événement. De fin de journée, à l’évidence.
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Attention, OVNI à la Temple ! Dans la pénombre de cette scène, apparaît le sublime backdrop de SHINING, mais ce n’est pas tant son graphisme réussi que je vais retenir de cette découverte. Voilà un groupe norvégien inclassable à l’affiche de cette journée. Sur le papier, on parle de black metal. En pratique, j’entends un son qui peut être groovy, funky ou même jazzy. Si certains passages sont effectivement sombres, il y a aussi des touches électroniques qui se perçoivent.
Et comme si cet assemblage ne promettait déjà pas une mouture improbable, sachez que j’ai assisté en prime à un somptueux solo de saxophone déchaîné à souhait !
En un mot comme en cent, voilà un set qui s’est avéré… brillant !
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La nuit est noire sur la MainStage 1 quand débute le set d’AVENGED SEVENFOLD (A7x pour les intimes), puisqu’il est déjà 23h30. J’avais été consulter la setlist potentielle du groupe américain, donc je savais qu’il ne jouerait pas « So far away » que j’affectionne particulièrement. Pour autant, je savais aussi que j’aurais droit au lot de morceaux devenus cultes de leur discographie. Et effectivement, les célèbres « Hail to the king », « Buried Alive » ou « Nightmare » ont su faire réagir le public qui était autant en attente que moi. Pour autant, le set s’ouvre sur les morceaux débutant le dernier album d’A7x, ‘Life is but a dream…’ alors que M.Shadows, le chanteur du groupe, traverse la scène et s’assoit sur une chaise, vêtu et cagoulé de noir. Ainsi, « Game over » suivi de « Mattel » retentissent, alors que des animations sur les écrans géants font office d’un décor déroutant. Si certains auraient pu s’inquiéter de la santé vocale de M.Shadows, je peux d’ores et déjà constater que ses périodes les plus sombres semblent derrière lui. En revanche, le hic c’est que l’enchaînement de morceaux très énergiques et d’autres plus dans la veine du dernier album, plus prog, semble étouffer la flamme sitôt qu’une étincelle jaillit dans le public. Et la maestria technique des musiciens, le guitariste lead Synyster Gates en tête, ne semble pas suffire à faire totalement décoller le set. La longue coupure pendant « Nobody », bien supérieure au blanc présent dans le morceau, me fait redouter un incident technique, d’autant que la voix de M. Shadows s’était subitement dégradée, mais c’était une fausse alerte ! Le set s’achève sur « Cosmic » mais pour ma part, j’étais déjà ravie dès « Save me ». Le parti pris du groupe d’articuler leur set comme une sorte d’enchaînement de tableaux sonores appuyés par des effets visuels sur grand écran, avec des interludes narratifs en images, est peut-être déroutant si on s’attend à un concert à l’énergie plus homogène ou crescendo, mais pour ma part je comprends cette envie de mettre en lumière le côté multifacette du groupe, dans une quête perpétuelle de nouveauté, quitte à laisser certains perplexes au passage.
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Altar
Groupe allemand
Thrash metal
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Il est déjà 1h du matin quand je rejoins la Warzone, pour mon plus grand plaisir, la nuit étant le meilleur écrin pour profiter de cette scène et de son atmosphère unique pleinement. Et autant vous dire que je ne suis pas la seule à avoir décidé qu’il n’était pas encore l’heure de dormir ! En effet, Rou Reynolds, le chanteur tonitruant du groupe, est en mode pile électrique pendant tout le set ! Et si la liste des morceaux saura ravir tout le monde (les grands classiques comme « Sssnakepit » sont là), c’est dans la forme que l’énergie des chasseurs se révèle ! Rou grimpe sur des colonnes à projecteurs, il harangue les premiers rangs, saute dans tous les sens, avant d’escalader un cube lumineux. Dans un audacieux tour de passe-passe visuel, il se « fond » dans ce cube lumineux, pour mieux réapparaître au milieu du pit !! S’en suit une échappée de notre maître de cérémonie, qui fend la foule tout en chantant, jusqu’à venir au pied de la régie son, où je me trouvais justement. Chers lecteurs, je peux vous le dire, et des caméras l’ont filmé : j’ai dansé avec Rou Reynolds ! C’est décidé, je ne dormirai plus !
L’excellent « Goldfish » a été joué dans sa version studio, avant de s’achever sur sa version remix déjantée, et le rappel a donné lieu à « Sorry you’re not a winner », là aussi en version remixée (même si j’aurais aimé entendre la fin plus agressive du mix original). Le temps de faire un « bisou au monde entier », et ENTER SHIKARI nous laissent, des paillettes plein les yeux !
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Temple
Groupe britannique
Black metal
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La cornemuse retentit sur la plaine de Clisson, tandis que la bande de Boston commence son invasion de la MainStage 2 sur un « Lonesome Boatman » repris immédiatement par la foule. Les DROPKICK MURPHYS ne sont pas venus là pour faire des cadeaux et vu l’heure tardive, on n’attendait que cela. C’est donc avec un sourire figé sur nos visages qu’on se prépare à prendre une vraie vague de punk rock énergique. « The Boys Are Back » et ça se voit, car les pogos commencent tout de suite et Ken Casey se jette dès le début dans les bras d’une foule conquise ! S’ensuit un crochet du droit avec « Prisoner’s Song », un classique absent lors du dernier passage des Américains au Hellfest. Les lance-flammes s’activent, et la joyeuse bande enchaîne les hits avec un « Johnny I Hardly Knew Ya » repris en choeur par tous les courageux ballotés par les mouvements de foule, ou encore avec « The State Of Massachussets » qui voit Jeff DaRosa faire briller le banjo au milieu de la scène.
Un autre moment fort du set des punk rockers sera le magnifique « Rose Tattoo », dédié à un fan parti trop tôt, Maxime, auquel Ken Casey rendra un hommage aussi fort qu’émouvant, brandissant un t shirt arborant son nom, qui lui a été confié par les amis de Maxime. Le set ne prend aucune pause après ce moment qui aura ému une bonne partie du public (moi inclus) alors qu’on enchaîne sur le génial « Out Of Our Heads » et une reprise du classique irlandais « The Irish Rover », hommage à peine voilé aux DUBLINERS (véritable pilier de la musique irlandaise moderne) et à Shane McGowan des POGUES, décédé fin 2023, qui avait justement repris cette chanson avec les DUBLINERS en 1987. Le tableau se complète enfin avec bien entendu LE hit que tout le monde attendait, « Shipping Up To Boston », qui verra la foule se déchainer une dernière fois pour terminer la journée, alors que les flammes et les confettis masqueront la scène, sur laquelle on sent des DROPKICK MURPHYS aussi survoltés que le public devant eux.
Certes, les Dropkick Murphys reviennent souvent au Hellfest (leur dernier passage date de 2022), mais quel plaisir de les accueillir à chaque fois ! On en redemande, bien évidemment, et on sera là à chaque passage !
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Avant même son apparition sur cette édition 2024, voilà une nouveauté qui aura fait parler d’elle !! Quelques chiffres vertigineux : 10 mètres de hauteur, un poids de 38 tonnes, 8 pattes lui donnant un air d’araignée, 50 personnes ayant contribué à sa fabrication, 1 queue de scorpion capable de projeter de l’eau, des flammes et de la fumée (tout comme la bouche), 25 personnes pouvant monter sur son dos à terme (elle restera sur site à l’année), 8 manipulateurs à l’œuvre pour lui donner vie. Coût : 3,8 millions d’euros, intégralement financés par le Hellfest pour offrir aux festivaliers un spectacle chimérique, en lieu et place des danseurs et jongleurs de feu. Le reste du budget, soit 8 millions d’euros nécessaires à l’aménagement du site, est apporté par les collectivités, au titre du patrimoine culturel que souhaite ainsi valoriser le Hellfest.
Cette créature sort des ateliers de la Compagnie de la Machine à Nantes, déjà connue pour son cheval-dragon Long Ma, ou, pour nous les toulousains, pour son Minotaure. Le projet a été commandé dès 2022, et la gardienne, toute de métal et de bois de tilleul, arbore des tatouages tribaux (mais aussi le logo du Hellfest) et une peau hâlée. Je suis frappée par le niveau de finesse de son visage, et lorsque ses paupières s’ouvrent et se baissent dans un clignement totalement humain, sa grâce est saisissante. Ses mains semblent très réalistes également, et pour cause ! Elles ont été moulées sur celles d’une certaine Emma, une des stagiaires de la Compagnie.
Alors, comment réagit le public dans tout ça ? Eh bien, force est de constater que soir après soir, celui-ci est au rendez-vous, massé autour de la créature qui s’anime, dans une fascination enfantine. Le pari semble réussi, et la gardienne saura prendre soin du site une fois le festival refermé, alors qu’à terme, elle déambulera dans un espace enrichi d’une brasserie et d’une aire de jeux pour les enfants. En attendant le retour des grands enfants vêtus de noir et prêts à être hypnotisés à nouveau !
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Ainsi s’achève cette première journée déjà haute en couleurs au milieu des vignes. On se retrouve très vite pour la suite de nos aventures et un vendredi mémorable !