Interview par SAMSONOFF Alexia
Crédits : Elisa Grosman (De gauche à droite : Myriam à la guitare, Eva au chat et à la basse, Edith à la batterie)
Edith : Salut !
Hello !
* Je suis toute seule aujourd’hui parce qu’on part en Corée demain donc on court partout pour trouver des fly case, c’est un peu la course [rires].
Aucun souci, je me doute bien qu’avec le début de la tournée ce n’est pas simple ! Tout d’abord, comment vas-tu ?
* Écoute ça va, on est entre deux semaines de tournée. On a commencé la semaine dernière donc le temps de se mettre dans le rythme, on est toutes tombées malades. On est aussi rentrées fatiguées de cette première semaine, mais on prend le pli ! Et toi, ça va ?
Ça va super merci ! Je voulais te remercier tout d’abord de prendre un peu de ton temps pour cette interview !
* Avec plaisir !
On est là pour parler du deuxième album du groupe, “Bruxism”, qui sort ce 24 octobre. Vous affirmez maintenant votre style musical comme étant de l’alternative goth rock, qui prouve de l’évolution dans votre carrière à travers cet album. Est-ce que vous définir par ce style était comme une évidence ?
* Je pense que le goth rock ouais, c’était quelque chose qui était présent dès le début des compos parce qu’on est très inspirées par The Cure, la new wave. Même esthétiquement parlant, on a toujours été inspirées par les thèmes dark, liés au deuil. Voire même existentiels sur pourquoi on est là, qu’est-ce qu’on fait pendant notre temps ici. Donc c’est vrai que le goth rock, même dans l’imagerie, même dès nos premiers clips étaient un peu sombres. On voulait aussi s’éloigner de l’étiquette du prog rock qui était très niche. Avant, on se définissait plus comme du stoner et progressif parce qu’on faisait des longues chansons, avec des structures qui n’étaient pas identifiables comme du pop, c’est-à-dire refrain/couplet/refrain et avec des choses qui se répètent. Comme on aime bien expérimenter, pour nous l’alternative rock c’était aussi ce qui définissait le mieux cette envie d’expérimentation et de ne pas se mettre dans des cases, tout en restant identifiables. On fait quand même de la musique qui n’est pas non plus alien, ça reste compréhensible. On est allées vers quelque chose qui est plus frontal et aussi peut-être un peu plus pop dans le nouvel album, donc l’alternative goth rock c’était un peu pour mélanger tout ça. C’est vrai que c’est nous qui avons un peu créé cette étiquette au final, et on l’aime bien [rires].
Vous montrez aussi des influences new wave et grunge, tu as déjà cité The Cure, mais est-ce qu’il a des chansons ou des groupes qui vont ont directement inspiré lors de la confection de l’album ?
* Je pense qu’en termes d’harmonies vocales et aussi des guitares, les filles aiment beaucoup Type O Negative, Alice In Chains, très fan même [rires]. Alice In Chains ça fait vraiment partie de nos plus grosses influences. Pour le côté plus nu metal, on est très fans de Deftones, Korn et ce genre d’influences.
De très bons goûts musicaux tout ça !
* Je suis contente que ça te plaise !
Cet album est aussi la preuve du travail énorme d’expérimentation que vous avez entrepris, je pense notamment à “Neutral Life Neutral Death”, qui a sa propre identité je trouve. Est-ce que vous avez rencontré des difficultés ou des limites pendant la production ?
* C’est une super question, mais franchement comme tu peux le voir non. On s’est tout autorisé en passant à du chant clair et lyrique à de la voix vocodée et à du growl sur « Dormant » ou « Flesh Cage« . On s’autorise tout de plus en plus, je pense qu’on se pose toujours la question sur le risque de peut-être d’éloigner un certain public, ou qu’il y a des gens qui font s’arrêter à des choix esthétiques. C’est vrai que la voix vocodée, pour beaucoup de gens c’est le rap et des musiques plus pop ou mainstreams, donc tout de suite ça peut être repoussant on va dire. En tout cas, nous on aime bien expérimenter de ce côté-là, et on n’arrive pas à se cantonner à un seul son et une seule idée.
Ça s’entend oui ! Toujours sur le côté production, l’album a été enregistré à Bruxelles en deux semaines, est-ce que ce n’était pas trop court, et comment tout cela s’est passé comparé à vos projets précédents ?
* On a changé de label entre les deux albums, donc c’est vrai que ce n’était pas le même réseau, ni les mêmes moyens. Franchement, deux semaines pour un album on était super contentes. Surtout que c’était à l’ICP qui est un très gros studio, on dormait sur place, on avait un chef cuisinier qui nous faisait à manger le midi et le soir, donc c’était vraiment du luxe. Surtout que pour notre premier album, on était allées à Bruit d’Avril pour l’enregistrer avec Fred Lefranc. Donc tous les jours, on arrivait en bagnole à Bagnolet sous la pluie grise au mois de février. Ce n’étaient pas les mêmes conditions, c’était aussi plus petit, même si c’était trop cool. C’est vrai que quand on a signé chez Verycords, ils nous ont dit ‘On vous a réservé deux semaines à l’ICP, on espère que ça vous va’. Tout était déjà calé, donc c’est vrai que d’être toutes les trois tout le temps, d’être aussi avec l’ingé son le soir, de se faire des parties de billard, l’ambiance était super cool. Ça permet aussi de créer des liens un peu plus profonds, et de se connecter encore plus à la musique. On était tout le temps à fond dans notre musique, à enregistrer, à réécouter, à être ensemble, et à parler de ce qu’on avait fait la journée. C’est vrai que l’immersion était beaucoup plus totale, et pour nous, c’était le luxe parce qu’on a pu faire tout ce qu’on voulait en deux semaines. Il y avait même beaucoup de choses à faire. Jesse Gander, l’ingé son, il était même super optimiste il disait qu’on aurait même trop de deux semaines d’enregistrement. Finalement, il y avait tellement d’instruments sur place, et jusqu’au dernier moment on enregistrait une petite note de piano ou des shakers. On s’est vraiment fait plaisir. On a utilisé un orgue qui était sur place, des pédales super vintage, en fait, on a pu prendre le temps d’explorer plein de textures donc c’était cool !
En effet, le mot d’ordre, c’était la liberté au final !
* Oui c’est ça. Après on est arrivé à l’ICP avec toutes nos maquettes. On travaille en général un ou deux ans avant sur un album, donc tout était prêt, et Jesse avait tout écouté. Donc la musique était déjà composée, on pouvait juste se faire plaisir sur le son et rendre, comme Jesse le disait, il voulait prendre les groupes tels qu’ils sont et d’en faire la meilleure version d’eux-mêmes. Il a permis de rendre les maquettes en version HD et rêvées, ce qu’on avait en tête au final. À chaque fois qu’on enregistrait, on se disait que c’était exactement ça qu’on voulait et imaginait. On pouvait donc passer beaucoup de temps sur le son, puisque la musique était déjà toute prête, donc c’était super cool.
La grande nouveauté si je puis dire, c’est que vous montrez également un côté plus sombre et métal, notamment par des chants plus lourds et des growls. Le premier morceau à m’avoir vraiment impressionné est “Flesh Cage”, j’étais vraiment wow [rires].
* [rires] Merci !
Comme c’est très nouveau dans votre discographie, comment s’est passé l’enregistrement ?
* Ce qui était vraiment bien avec Jesse c’est que justement, dans la liberté qu’on avait à pouvoir utiliser tous les instruments. Lui aussi était dans ce rapport de nous laisser faire totalement ce qu’on voulait et ce qu’on sait faire. Il était toujours optimiste et partant pour tout, dès qu’on lui proposait quelque chose, il ne nous disait jamais non. Il mettait beaucoup à l’aise Eva au niveau du chant. On s’est organisées à ce que Myriam fasse les guitares le matin, Eva enregistre les voix l’après-midi, donc elle avait toute la matinée pour se chauffer la voix. Il faisait aussi en sorte qu’elle ne le fasse pas ça toute la journée pour ne pas qu’elle soit trop crevée, donc elle faisait quelques heures de chant maximum dans l’après-midi ou la soirée. Il était vraiment très attentif sur comment elle se sentait. Eva a pris quelques cours de chant aussi saturé les mois qui ont précédé l’album, elle est quand même très à l’aise avec le chant saturé. Elle est très à l’aise maintenant avec ça, elle s’est juste mise derrière le micro et comme elle était à l’aise, et même Jesse était impressionné par sa technique. Il a même dit ‘Wow, vous avez vraiment une chanteuse de ouf’, c’était beau. On a même essayé de mettre du vocoder sur la voix growlée, ça nous a fait beaucoup rire. On a des vidéos comme ça, mais ce n’est pas allé jusqu’à l’album [rires].
[rires] Peut-être pour un deluxe.
* Ou peut-être dans un troisième, qui sait !
J’aime aussi le fait qu’il y ait pas mal de contraste dans les morceaux, on peut passer d’une instru très mélodieuse avec un chant clair, puis à une chanson très lourde avec des growls. Est-ce une manière de personnifier un peu cette négativité que l’on peut ressentir à cause du stress qui est plus ou moins fort et impactant en fonction des jours tout en explorant librement de nouvelles compos ?
* Oui je pense il y a toute une partie inconsciente qui a fait qu’on avait envie de quelque chose de plus incisif. On va dire qu’à la fois les thèmes qu’on voulait aborder dans les paroles, et notre envie musicalement, tout s’est rencontré au moment de la composition, ce n’était pas réfléchi. On était dans la composition de l’album un moment où on était dans plusieurs studios à la fois. Il y a des morceaux comme « Dormant« , je me rappelle, qui est l’un des morceaux les plus énervés, on avait commencé à le composer dans un tout petit local. En fait, on s’est fait virer de notre ancien local, où on étaient toutes seules et où on pouvait enregistrer jour et nuit. Puis on s’est retrouvées dans un petit local humide, à répéter les unes sur les autres, c’était vraiment l’apogée de l’expérience parisienne. Ce n’était pas du tout confortable, je pense que de ce moment-là est né pleins de chansons assez vénères. En tout cas, je pense aussi qu’après notre première tournée, on a fait le bilan et on voulait voir plus les gens bouger. Même si on a toujours cette identité lyrique et mélodique parce que ça fait partie de l’ADN du groupe. Il y avait une volonté de mêler ça à l’énergie live dont a pu profiter pendant la tournée, et aussi à l’envie de faire bouger les gens et de faire un show où on pourrait se connecter un peu plus avec notre public, de ne pas juste les regarder être très attentifs à notre musique. J’espère avoir bien répondu, je digresse un peu parfois [rires].
C’est parfait !
Comme l’album traite de toutes les stimulations et les micros-agressions que l’on vit quotidiennement, que ce soit dans les transports en commun, au travail etc… Ce qui cause du stress et amène au bruxisme. Est-ce que vous avez des astuces parfois pour limiter leurs impacts et recharger vos batteries sociales ?
* Écrire de la musique, c’est ça notre remède. Pouvoir écrire un album, ça nous a permis de nous évader. Rien que les deux semaines à ICP c’était un rêve. Même partir en tournée, là, on part un Séoul, c’est quand même se donner l’occasion de partir de cette ville pleine d’angoisses pour vivre pleins de belles choses en tournée. On se connecte à d’autres gens et on rencontre d’autres groupes. C’est notre façon à nous de se trouver des petits moments. Sinon on s’est mises récemment au vélo [rires], on se fait des tisanes, on essaye de se donner des petits espaces de survie.
C’est ce qu’il faut ! C’est aussi une toute nouvelle DA, plus industrielle et brute, moins witchy si je peux dire que votre 1er album. On peut voir ça un peu comme une évolution dans le sens où “This Too Shall Pass” parle de passage en quelque sorte à l’âge adulte, et là, on retrouve des thèmes plus fédérateurs, est-ce l’évolution que vous souhaitiez avoir ?
* Je pense qu’on a pas trop intellectualisé l’évolution. En tout cas, je pense qu’on a grandi depuis le premier album et entre la tournée, on a pris conscience de nouvelles envies. Ça fait huit ans que le groupe existe donc on est contentes de se laisser l’espace d’évoluer. On a eu peur avec ce nouvel album comme on s’était dit qu’il y avait beaucoup de choses au final. On ne sait jamais comment ça va être reçu, surtout qu’il est assez différent du premier. On s’autorise toujours à tester ce qui nous fait envie, et c’est important pour nous aussi de s’autoriser cette liberté, et de ne pas rester bloqué dans l’image du premier, ni les attentes du public. « This Too Shall Pass » nous a permis d’extérioriser plein d’émotions liées à la période du Covid. Ensuite, on a grandi humainement, on a de nouvelles relations et de nouvelles problématiques dans nos vies. « Bruxism » c’est l’illustration de ça.
Il y a un élément qui se répète aussi beaucoup, c’est cette chaîne que l’on voit sur la cover, et aussi sur vos photos de presse. J’aime beaucoup l’image et surtout de ne pas savoir si on avale la chaîne ou si on est en train de la tirer. Est-ce que c’était l’idée derrière ?
* T’as totalement raison. Cette photo a été prise pendant un shooting où on ne savait pas encore à quoi allait ressembler la pochette, et c’est vrai qu’on a toutes les trois flashées dessus. C’est exactement ça aussi, on aime le fait de ne pas savoir si toute ta vie, t’es en contrôle de ta propre vie ou si t’es maintenu par des chaînes. Il y a ce côté très industriel qu’on a rajouté à notre scéno, de se sentir comme un produit, et d’être constamment sous le contrôle d’un patron ou de personnes qui attendent des choses de toi. On ne sait pas si c’est toi qui tiens ce qu’il y a au bout de la chaîne, ou si c’est la personne au bout de la chaîne qui est en possession de toi. À l’arrière de la pochette, c’est une image d’Eva qui me tient avec une chaîne autour du cou. Il y a donc cette idée de suffocation et d’être étranglée par quelque chose. C’est aussi ce qu’on ressentait en vivant à Paris, parfois ce n’est pas visible ou matériel. Tu rentres chez toi et au final, il y a eu tellement de bruits, de gens qui t’ont bousculé ou mal parlé alors que tu ne faisais rien. Ou même des gens qui sont passif-agressif dans ton quotidien, et tu rentres, et tu étouffes totalement. T’as l’impression de ne même plus savoir pourquoi t’es là, et pourquoi tu t’infliges autant de violences. C’est un peu tout le sujet de cet album.
On remarque aussi votre travail sur la confection et la réalisation des clips. Le plus parlant est “Saints Kiss” qui est délirant et déstabilisant. Mais il est très intéressant car il aborde la difficulté pour un artiste de retrouver un mode de vie normale après avoir achevé une tournée. Ce qui est d’actualité pour le groupe, comme tu as dit, vous venez de commencer une tournée. C’est un sujet dont on a pas forcément idée quand on voit ses artistes préférés, comment est-ce que vous vivez ça justement ? Et est-ce que, au fil du temps, vous avez des habitudes pour ne pas trop tomber dans cette déprime ?
* Je me faisais la réflexion ce week-end justement. C’est toujours la même chose, on vit des semaines remplies d’adrénaline, et quand on rentre chez soi, on se dit ‘wow’ et tout paraît vide et calme. À côté, les gens ont leur vie, la vie de nos potes continue et nous on est ailleurs. Il y a toujours cette angoisse de louper des événements importants dans la vie de nos proches. La première tournée nous a vraiment surprise, on n’était pas prévenues. Je pense que c’est très important qu’aujourd’hui il y ait beaucoup de sensibilisation sur la santé mentale des artistes, qu’il y ait des gens qui rendent ça visible parce qu’on ne s’y attend pas quand on débute. Souvent, les gens avec qui on travaille n’y font pas non plus attention. Maintenant que nous on sait ça, ça rend la chose plus normale. Je pense que les prochaines semaines, ça va être les montagnes russes, avec beaucoup de très haut, et ça va être pour la grande partie quelque chose de très excitant. On en a même parlé avec notre tourneur, où comparer à notre première tournée, il nous a dit ‘Il faut que vous vous ménagez à cette période, ne prévoyez pas d’autres choses, c’est très important que vous ayez du temps de repos’. C’est quelque chose dont on a beaucoup verbalisé, et dont on parle beaucoup aussi toutes les trois. On fait beaucoup plus attention à ça. C’est vrai que « Saints Kiss » a un côté très up and down, le refrain est super euphorique et après bim, on se prend le gros riff en tête. C’est vraiment ce qu’il se passe dans la vie de la tournée : des papillons partout et d’un coup, le coup de massue.
Et d’ailleurs en parlant de tournée, comme tu l’as mentionné, vous avez une date demain pour un festival à Séoul, c’est incroyable !
* On est très très excitées, surtout qu’on a vu qu’il y a pas mal de groupes internationaux qui y sont. Il y a des artistes français aussi que l’on va rencontrer demain, qu’on a jamais croisé avant. On fait deux concerts en fait, on va jouer vendredi et dimanche. Il y a une soirée qui s’appelle la ‘French Night’, où on va être avec une DJ aussi, et j’ai vu une autre artiste aussi. C’est une soirée et 100% française et 100% féminine, donc c’est super cool. Il y a beaucoup d’excitation aussi, même si on aurait bien aimé y rester plus longtemps. Déjà, on a réussi à y rester presque une semaine, donc on y va avec l’espoir d’y retourner pour peut-être une tournée en Asie. Il y aura des programmateurs chinois, japonais et coréens, donc on y va avec les nouveaux albums.
Ce sera l’occasion de tisser des liens.
* Oui voilà, on va essayer d’y retourner.
C’est tout ce que je vous souhaite !
* Merci !
Comme les morceaux de l’album ont été façonnés pour le live, avez-vous opter pour une approche scénographique différente ?
* Oui complètement. Je ne sais pas si tu comptes venir à l’un des concerts ?
Normalement oui, je compte bien vous revoir !
* Cool ! Je te spoil un peu du coup [rires]. On s’est tout de suite penchées pour des rideaux de boucherie pour la nouvelles scéno. Sur scène, tu retrouveras les chaînes aussi. On a travaillé avec une personne qui s’occupe des lumières et de la scénographie, qui nous a fait faire deux grands rideaux de boucherie, qui sont moins lourds que des vrai. Ils sont transparents, donc on peut faire des jeux de lumières. On voulait vraiment ramener l’esprit d’une boucherie et violence contemporaine sur la scène et que ça illustre bien les thèmes plus industriels de l’album, notamment l’esprit de domination moderne. On est aussi très engagées dans la cause animale, on est toutes les trois végétariennes, donc ça fait beaucoup rire notre tourneur qu’on veuille des rideaux de boucherie sur scène. On fait ça surtout pour représenter l’abattage des hommes par le capitalisme.
Vous avez aussi performé pour Les Foudres jeudi dernier, tout d’abord félicitations, c’était quelque chose ! Comment s’est passée l’organisation ?
* Alors c’est marrant parce qu’on a été contactées vraiment au tout début de l’organisation des Foudres, parce qu’on connaît pas mal Luc Frelon qui nous a interviewé pas mal de fois pour FIP Métal. On l’avait rencontré au Motocultor notamment, et il travaille avec notre manageuse Angie. On a été contacté vraiment aux prémices de la cérémonie, il n’y avait pas encore de partenaires et on savait uniquement que ça allait se dérouler au Bataclan. Donc on a vu la cérémonie se monter petit à petit, voire les partenaires se rajouter comme La Fédération des Musiques Métalliques et les médias. C’est devenu un truc énorme en quelques mois et on s’est dit que c’était trop bien, et qu’on avait de la chance de performer là. Comme l’album sort en octobre, ils nous ont proposé de remettre la Foudre de l’engagement sociétal et environnemental. Donc on y était à la fois pour le show, et pour la remise de prix. C’était vraiment un événement de fou, tout le travail qui a été fait derrière pour que, enfin, le métal ait ses propres récompenses. C’était vraiment très émouvant. On a pu rencontrer beaucoup d’artistes aussi, dont on admire le travail comme le bassiste et le guitariste de Gojira. Bon, il n’y avait pas LANDMVRKS [rires].
Au moins, ils y étaient, mais en visio [rires].
* C’est vrai ! Tu y étais ?
Malheureusement non, mais j’ai regardé la retransmission live sur France 4, c’était génial !
* Trop cool ! C’était très intense comme c’était notre première télé aussi, tout était minuté. Il n’y a rien qui déborde techniquement parlant, c’était un vrai challenge pour nous. On a l’habitude de tourner avec tout notre matos, on a dû faire des compromis pour la cérémonie. Mais on a été très très contentes du son et des équipes sur place. C’était vraiment une très bonne soirée.
Ce n’est probablement pas votre dernière !
* On espère, peut-être le prix l’année prochaine [rires].
Comme tu l’as dit, vous avez remis le prix de la Foudre pour l’engagement sociétal et environnemental qui est revenu à l’association More Women On Stage. Vous vous instaurez en tant que trio féminin puissant à travers cet album, et contribuiez à l’importance de la visibilité des femmes dans le rock et le métal surtout. Est-ce aussi un thème qui vous fait grincer des dents ?
* C’est-à-dire ? La visibilité des femmes, tu veux dire ?
Oui. C’est un monde majoritairement masculin, et il est assez facile malheureusement de se prendre des remarques déplacées. Je me demandais comment vis-tu ça en tant que musicienne ?
* Oui, c’est vrai que nous, on lutte pour ça et on soutient à 100% le travail de More Women On Stage. Même si ce n’est pas quelque chose de base que l’on revendique, tu vois d’être un power trio féminin, même nos premiers textes n’étaient pas particulièrement de ça. Mais on s’est fait rattraper par l’image qu’on a, malheureusement parce que c’est encore trop rare. Et les gens viennent encore nous demander encore en interview si c’était voulu trois femmes, ou pourquoi trois femmes. C’est trop bizarre, on voit bien que les gens ne se disent pas que c’est étrange de poser ce genre de questions, et qu’ils ne poseraient pas ça à un groupe masculin. On a toujours des gens qui viennent nous chercher du genre : ‘Vous êtes des femmes, vous allez au Hellfest, pourtant il y a des agresseurs. Et vous faites Les Foudres alors que c’est quelque chose d’institutionnel’. Il y a des gens qui viennent nous chercher justement parce qu’on a une image de groupe engagé, mais derrière, ils ne vont pas demander aux groupes masculins de se déprogrammer du festival s’ils sont féministes. Donc on a toujours des gens qui viennent nous chercher sur ce genre de sujets, et pour nous la réponse est claire : ce n’est pas à nous de disparaître de ces espaces, déjà très peu investis par des minorités. On est très heureuses d’occuper la place qu’on a aujourd’hui, malheureusement, on est encore trop rare. Ce qui nous désole le plus c’est qu’on a envie qu’il y ait plus de femmes. Dans une cérémonie comme Les Foudres, on a envie de voir plus de groupes avec des musiciennes, pas forcément 100% féminin, mais que ce soit plus représenté. Que notre présence donne aussi envie aux plus jeunes générations, comme aux plus vieilles d’ailleurs. On a vraiment envie que les femmes occupent plus ce milieu-là.
C’est important d’avoir cette diversité dans la musique.
* Exactement, et puis, sur la route on est toujours trop contentes de croiser des meufs. Ce qui nous fait plus grincer des dents, c’est que certains hommes ne prennent pas leurs responsabilités sur ça, et qui viennent quand même chercher les problèmes là où il n’y en a pas.
Très bien dit ! As-tu un mot de la fin ou quelque chose à partager pour finir cette interview ?
* More Women On Stage, soutenez la scène locale, les groupes indépendants. Allez aux concerts, achetez du merch, faites en sorte de consommer plus éthiquement l’art, du mieux qu’on peut, c’est notre combat on va dire.
De très belles paroles de fin ! Merci beaucoup encore une fois à toi d’avoir pris ce temps pour échanger !
* Merci à toi c’était trop cool !
Et je vous souhaite une bonne continuation pour la tournée !
* Merci, à toi aussi et à bientôt !
“Saint Kiss” nous emmène à travers un riff bien lourd, doucement mais sûrement vers l’univers de GRANDMA’S ASHES. S’ensuit de “Empty House” qui dépeint la puissance du groupe, tout comme la beauté des instrumentales qui accompagnent une voix qui sait nous faire vibrer. Le guitare solo de “Sufferer“ mène grâce à une très belle transition, à “Nightwalk“, qui calme un peu le jeu. Cette rupture douce mais sombre, nous laisse contempler tout ce qu’on ressent au plus profond de nous lors de l’écoute de l’album. On ressent un fort contraste quand la voix chante d’un ton léger, empreinte de mélancolie à cause d’un quotidien qui pèse sur les épaules. On retrouve ces mêmes tonalités plus tard avec “Calix“, dont la douceur est similaire à une étreinte, qui fait office de bouclier à une angoisse permanente.
“Flesh Cage“ est le plus marquant des titres, surtout pour sa fin où des growls mettent un point d’honneur sur une fatigue mentale après avoir subi toutes les stimulations infernales, et ce, chaque jour sans broncher. Bien plus que ça, on est frappé par cette expression de colère viscérale qu’il faut extérioriser avant que ce ne soit elle qui nous détruise.
“Dormant” débute par une mélodie toute en légèreté à la guitare, et dont la voix claire et aiguë nous emmène vers une sorte de rêve hors du temps. Jusqu’à ce qu’une batterie et une basse obscurcissent ce monde enchanté. Les growls détruisent encore plus tout espoir d’avoir trouvé une échappatoire, et nous agresse comme le stress quotidien quand on habite dans une ville grise.
Pour résumer : “Bruxism“ c’est la patte goth rock que l’on connaît de GRANDMA’S ASHES, et qui permet au groupe de se démarquer des autres. Cette fois-ci, le trio féminin a pris un virage plus sombre, à la limite du nu-métal parfois. Cette facette est pleinement assumée et explorée, tout en étant magnifiquement alternée avec les origines du groupe. Les morceaux sont également tous plus ou moins long, ce qui permet de se noyer parfaitement à travers l’énergie si particulière du groupe. L’album nous permet aussi de faire relâcher toute la pression, parfois invisible, que l’on subit chaque jour.
Album : Bruxism
Date de sortie : 24 octobre 2025
Label : Verycords
Cover : Elisa GROSMAN
Instagram : https://www.instagram.com/grandmas.ashes.band?igsh=bzdva2NuOW03aDN3
Facebook :
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Spotify : https://open.spotify.com/artist/3njH8IdvpiDn8UIV0BoYoY?si=OTVWu8QSRj-U_1IKxogCTw
Site officiel : https://grandmas-ashes.bandcamp.com/merch
Youtube : https://youtube.com/@grandmasashes?si=cBbblsBpgCxPAN1e