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FIT FOR AN AUTOPSY - Destin scellé

Interview de Will Putney de FIT FOR AN AUTOPSY par Valentin Pochart

Photos : DR

FIT FOR AN AUTOPSY : Focus sur la production de Will Putney

Alors que l’ouragan Milton s’approchait de la Floride où se trouvait Will Putney, nous avons pu échanger avec lui au sujet du nouvel album de FIT FOR AN AUTOPSY, ‘The Nothing That Is’. Le guitariste et producteur nous a donc parlé de cet opus, mais aussi de sa manière d’aborder une production, alors qu’une catastrophe naturelle avait lieu au même moment autour de lui. Merci à lui d’avoir tout de même accepté d’échanger avec nous. Nos pensées vont aux victimes de l’ouragan Milton, ainsi qu’à celles de l’ouragan Helene.

‘The Nothing That Is’, le nouvel album de FIT FOR AN AUTOPSY, sort le 25 octobre, le même jour que ‘Highly Irresponsible’, le nouvel album de ton autre groupe BETTER LOVERS. Comment te sens-tu deux semaines avant ces sorties ?

Will : Je suis plutôt excité. Je suis fier des deux albums. Ce seront deux semaines folles, c’est sûr ! Je suis content que les gens aiment plutôt ce qu’on a sorti pour le moment. C’est cool ! Les deux projets ont nécessité beaucoup de travail, donc j’ai hâte de les sortir.

Est-ce que le fait que tu bosses sur des dizaines d’albums par an réduit ton excitation pour chacun d’entre eux ?

Je ne pense pas. Je suis si excité par les albums que j’ai faits, je pense que c’est cool. Je pense que le fait d’enfin les sortir et les montrer au monde amène toujours un sentiment positif. 

Et est-ce que ton approche pour un album de FIT FOR AN AUTOPSY est très différente de celle que tu as quand tu bosses sur les albums des autres, comme BODY COUNT ou FOUR YEAR STRONG, sur lesquels tu as travaillé cette année ?

Oui, bien sûr, parce que c’est mon groupe, et que je pars vraiment pour quelque chose de différent esthétiquement, au niveau des paroles et du contenu. C’est quelque chose qui vient d’un autre endroit de mon esprit. Faire un album comme ça est un processus différent.

Est-ce que le fait de connaître si bien les mecs du groupe te donne plus de liberté, afin de les pousser plus loin par exemple ?

Eh bien, c’est devenu très facile de faire un album de FIT FOR AN AUTOPSY au fil du temps, parce qu’on est assez familiers avec le type de musique qu’on veut faire, et ce qu’on veut faire avec. On fait un peu ce qu’on veut et je pense que c’est plutôt facile quand on fait ça. Tu n’es pas contraint par quoi que ce soit d’autre.

J’ai beaucoup aimé la chanson “Wicker Wolves” qui a un son très hardcore tout en gardant le son signature de FIT FOR AN AUTOPSY. Quels éléments distillez-vous dans le son pour créer cette signature ?

Je pense qu’on combine beaucoup d’influences d’une manière intéressante. On a tous des bagages musicaux très différents. On aime vraiment tout. Je pense que le charme de ce groupe est de ne pas se contenter d’un seul style. On a tout le temps des surprises sur un album de FIT, qu’on tire d’un peu partout. Je pense que ça aide un peu notre musique à être plus engageante et que faire un album est un peu plus intéressant du début à la fin. Je pense que c’est quelque chose qu’on essaie toujours de faire avec notre musique. Et je pense qu’il y a évidemment beaucoup de ça dans cet album aussi.

Pour la production, quelle est la différence dans ton approche par rapport à BETTER LOVERS ou END pour toi qui fais également partie de ces groupes aux influences aussi très variées ?

Eh bien, c’est différent c’est sûr. Comme je le disais, tous ces projets ont des buts différents en tête, en termes de son et musicalement. Et il y a des outils différents pour se diriger vers la ligne d’arrivée et l’enregistrer. Ça change un peu tout le temps. Tous ces albums ont des approches différentes pour qu’on arrive à ce qu’on recherche.

FIT FOR AN AUTOPSY : une représentation de la noirceur

J’ai aussi aimé “Hostage” parce que j’ai trouvé qu’on sentait une légère lumière avant d’être emporté par l’ombre. Est-ce que c’était l’intention en faisant ce morceau ?

Non, je ne crois pas que j’aime les légères lumières (rire). C’est un album plutôt sombre. Tu sais, le thème autour de “Hostage” est que tu ne peux pas échapper à ton passé ni à ton futur. J’aime bien  “Hostage”, c’est une chanson qui démarre bien l’album. Quand tu sors de ‘Oh What The Future Holds’, qui a été écrit pendant le COVID quand tout était imprévisible et qu’on ne savait pas ce qui arriverait ensuite, alors que maintenant on y est, on se rend compte que c’est pire qu’avant, tu vois ? Donc “Hostage” est un peu le pont dans mon esprit entre les deux albums. En tout cas au niveau du thème et de certains éléments qui peuvent sonner comme étant quelque part entre les deux. Donc pour moi c’était un bon morceau pour démarrer.

Je vois ce que tu veux dire. Sur “Lower Purpose” et “The Silver Sun”, vous évoquez ces thèmes des horreurs faites par l’humanité et du futur que ça va entraîner. Que peut-on faire pour éviter ceci ?

Eh bien, le truc avec moi, c’est que je ne pense pas avoir la réponse. Je ne présente jamais la solution au problème car je ne pense pas être un expert de tout ça, tu vois ? Ce sont des problèmes mondiaux que je ne peux pas arrêter. Et je pense qu’une grande part de frustration dans la musique vient du fait que l’on est un peu impuissant de cette manière aussi. Donc je présente les problèmes, je ne les résous pas. Et dans cette situation particulière je pense que tu peux essayer de ne pas être une personne merdique, tu vois ? Je crois que c’est tout ce que j’ai pour le moment comme idée sur le sujet.

Je trouve que tu as fait ta part pour ça, car j’ai vu qu’il y a quelques mois tu avais fait du travail de production gratuitement en échange de dons en soutien aux victimes de la guerre à Gaza. Combien de groupes ont donné pour ça et que gardes-tu de cette expérience ?

J’en ai fait beaucoup ! Je crois qu’on a récolté des milliers de dollars pour ça, ce qui était cool. Je n’ai pas compté exactement combien de groupes, mais j’étais assez occupé à masteriser des albums pendant un moment ! C’était un bon moyen d’utiliser mes vacances et de donner aux groupes une opportunité de signer avec un label, donc c’est un scénario où tout le monde gagne, tu vois ? C’est important de faire ce genre de choses quand tu peux. 

Peu de monde ferait ça, en effet !

Oui, j’ai la chance d’avoir une carrière qui me permet de faire ce que je veux en créant de la musique. Je bosse avec mes amis, je tourne… Ce sont des trucs dont les gens rêvent, et je ne veux jamais prendre ça pour acquis. Donc quand je peux aider des gens qui en ont besoin, je pense qu’il faut le faire.

J’ai aussi beaucoup aimé “Lurch” sur l’album. Peux-tu nous parler de la création de ce morceau ?

“Lurch” est une chanson que je trimbale depuis longtemps. J’avais l’intro depuis un moment maintenant, je savais où le morceau commençait et où je voulais le faire finir dans ma tête, mais je n’y étais jamais arrivé. J’avais réécrit cette chanson plus d’une fois mais ça ne le faisait pas encore. Puis elle s’est enfin assemblée et je me suis dit « OK, maintenant on l’a ». Parce que c’est une chanson très dynamique évidemment, avec des virages au niveau du style, et je voulais finir ce morceau de manière grandiose et un peu épique. Puis voilà, « coupez ». Je ne dirais pas que c’était une galère, mais je n’étais pas satisfait de ce morceau et je l’avais finalement abandonné. Maintenant, je l’adore ! Je pense qu’il est porteur maintenant et j’ai coché cette case dans ma tête. J’étais content de le finir.

Est-ce qu’il y a un autre morceau sur l’album qui t’a fait ce même effet ?

Celui-ci était difficile de ce point de vue car je l’avais déjà écrit. Et “Savior Of None” a eu un beau lifting par rapport à son point de départ. J’avais déjà une version complète de ce morceau, qui était proche mais qui ne me satisfaisait pas. Puis quand on est retournés la faire, je savais que certaines choses qu’on avait essayées sur l’album précédent allaient être bien à un moment, mais pas encore, tu vois ? Je ne les ai jamais réécoutées puis je les ai reprises deux ans plus tard, et je savais immédiatement quoi faire, c’était cool ! C’était bien parce que je les ai posées en me disant que j’y revenais, et les entendre deux ans plus tard avec des oreilles fraîches a tout changé : en quelques heures, j’avais presque une chanson totalement différente avec les mêmes éléments de base. J’étais heureux de ne pas m’en être contenté quand elles sont arrivées la première fois.

Ça t’arrive souvent d’avoir cette intuition qu’une chanson peut être plus grande qu’elle n’est ?

Pas vraiment. Je ne reviens jamais vraiment en arrière. C’est l’une des premières fois que ça m’arrive, probablement parce que le dernier album était après le COVID et qu’on avait beaucoup de matériel. J’écrivais jusqu’à un moment et j’ai eu ces bonnes idées qui n’avaient pas l’air finies car je travaillais trop. Quand je fais un album, j’essaie de vivre dans l’instant et de le saisir, et je pense que d’une certaine manière, j‘ai eu trop de temps pour l’album précédent. Il y avait ces moments où j’étais arrivé au milieu et j’avais vingt chansons que je voulais finir. Mais tout le reste m’est venu très vite. Le gros de ce nouvel album était fini très très vite après ça.

Quelle chanson correspondrait le mieux à ton humeur aujourd’hui ?

Pour mon humeur aujourd’hui, je dirais que c’est “Red Horizon” car on vient juste de travailler dessus et de préparer un clip pour cette chanson qui correspond bien à ce qui se passe dans le monde en ce moment, donc je pense que c’est celle dont je suis le plus proche à cet instant.

À quoi ressemble 2025 pour toi pour le moment ?

Eh bien, FIT FOR AN AUTOPSY a beaucoup de choses prévues : nous allons tourner plusieurs fois l’année prochaine après nos deux tournées de cet automne. Il y aura beaucoup de tournées du côté du groupe. Je suis aussi pas mal occupé, j’ai des albums à faire et aussi des tournées. Je serai en Angleterre en janvier, puis j’aurai des enregistrements et une tournée au printemps. Donc ouais, tout le monde est occupé, ce sera une année frénétique !

J’espère vraiment voir FIT FOR AN AUTOPSY l’année prochaine ! 

Oui, ils seront là. À vrai dire, on confirme des concerts cette semaine.

Merci beaucoup pour cette interview. As-tu quelques mots pour tes fans français pour la conclure ?

Je voudrais juste remercier tous ceux qui ont soutenu le groupe depuis le début. Evidemment on a changé de style au fil des années et j’apprécie beaucoup que les gens restent avec nous depuis cette époque !

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