Ce soir-là, la LDLC Arena accueillait un concert attendu de pied ferme par les fans de metalcore et d’énergie brute. Si Falling In Reverse était évidemment la star de la soirée, le programme nous a réservé bien des surprises. Entre l’énergie spontanée d’un groupe de dernière minute et le chaos parfaitement orchestré d’un show très attendu, c’est un public tout entier qui a perdu pied pour mieux se laisser emporter.
Ils n’étaient pas censés être là. Initialement absents de l’affiche, Ice Sealed Eyes a été appelé en renfort pour remplacer la première partie prévue, contrainte de quitter la tournée. Un rôle de remplaçant qu’ils ont assumé avec une fougue telle qu’on pourrait croire qu’ils avaient toujours été programmés.
Le groupe débarque sur scène avec une énergie brute, presque fébrile mais parfaitement canalisée. Bien que plus habitués aux scènes intimistes, ils prennent possession de la LDLC Arena sans complexe. Loin de se laisser écraser par la grandeur du lieu, ils l’embrasent.
Le chanteur se distingue rapidement par son aisance vocale : il vogue sans effort entre chant clair et cris saturés, avec un sens du contraste qui donne toute sa dynamique au set. Mais ce qui marque tout autant, c’est sa prise de parole.
« Cette scène est à tout le monde. Il n’y a pas de place pour l’intolérance ici », déclare-t-il avec force et assurance, envoyant un message fort et inclusif qui fait mouche dans la fosse.
Moment fort d’émotion avec Satellite, où le frontman invite le public à allumer les flashs de leurs téléphones. La salle se transforme alors en un ciel étoilé, suspendu dans une parenthèse de douceur rare. Un instant fragile, presque hors du temps.
Mais pas le temps de s’installer dans la tendresse : « Est-ce que vous voulez un peu de bagarre ? », lance-t-il aussitôt après, sourire en coin. Un jeu de contrastes qu’ils maîtrisent à la perfection.
Avant de clore leur set, le groupe déclenche un dernier déchaînement d’énergie avec un ultime titre. Circle pit demandé, circle pit obtenu. La communion est totale. Chaque musicien semble habité, vivant son propre voyage musical sans tomber dans l’excès ou la caricature. C’est sincère, c’est vibrant.
En guise d’au revoir, le chanteur annonce qu’il sera présent au stand de merch, et invite le public à venir échanger. Une manière de briser encore un peu plus la barrière entre scène et public, avec cette simplicité désarmante qui fait toute la différence.
La foule est dense, et surtout impatiente. Les lumières s’éteignent brutalement, et les premières notes de Highway to Hell d’AC/DC résonnent dans la salle, provoquant une vague d’euphorie immédiate. Sur les écrans géants, Ronnie Radke et ses acolytes apparaissent, filmés en train de quitter les coulisses pour rejoindre la scène. Une mise en scène soignée, presque cinématographique, qui donne déjà le ton de la soirée : ce ne sera pas juste un concert, mais un véritable spectacle visuel et sonore.
La tension monte d’un cran lorsque l’introduction instrumentale de Prequel débute. L’ambiance devient mystique grâce à un éclairage tamisé et une mise en scène sobre mais intense. Ronnie entre en scène, solennel, comme pour donner le coup d’envoi d’un rituel sombre et spectaculaire. Les images projetées sur les écrans renforcent cette atmosphère cinématographique, et l’exécution du morceau capte immédiatement l’attention de toute la salle.
Mais c’est avec Zombified que le chaos s’installe. Les guitares hurlent, Ronnie alterne hurlements et chant clair avec une aisance déconcertante, et les premiers mosh pits s’ouvrent dans la fosse. Le public répond au quart de tour, enchaînant crowd surfing, pogos et cris exaltés. La pyrotechnie entre en jeu, synchronisée avec une lumière stroboscopique à couper le souffle. C’est brut, c’est explosif, c’est Falling In Reverse dans toute sa démesure.
La setlist est pensée comme une montée en puissance constante, alternant les classiques revisités (I’m Not a Vampire, The Drug in Me Is You) et les nouveaux hymnes comme Ronald ou encore Watch the World Burn, qui confirme la capacité du groupe à fusionner metalcore, hip-hop et esthétique théâtrale avec une efficacité redoutable.
Le jeu de scène est millimétré, mais jamais mécanique. Ronnie, plus charismatique que jamais, tient la salle dans le creux de sa main. Son aisance vocale — entre growls gutturaux et envolées mélodiques — est mise en valeur par une sonorisation impeccable, des visuels stylisés, et une utilisation intelligente des écrans géants. Chaque morceau se transforme en clip sous nos yeux.
Le final approche avec Popular Monster, Voices in My Head, Ronald, et enfin Watch the World Burn, accueillis comme une véritable libération collective. C’est violent, mais tellement galvanisant.
Puis vient l’au revoir. Tandis que We Are the Champions de Queen résonne dans la salle, le groupe salue une dernière fois son public. L’écran s’éteint, les lumières se rallument, et chacun repart avec le sentiment d’avoir vécu bien plus qu’un concert.
Il y a des concerts qu’on regarde, et d’autres qu’on vit. Cette soirée fait clairement partie de la seconde catégorie. Entre la sincérité brute d’Ice Sealed Eyes et le show intense de Falling In Reverse, c’est toute une salle qui s’est laissée emporter dans un moment de communion où l’intensité musicale et l’émotion ne faisaient plus qu’un. Une nuit inoubliable, gravée dans les mémoires.
Merci à Veryshow sans qui nous n’aurions pas pu vous raconter cette soirée pleine de surprise.