Vecteur Magazine

DOMINUM - LE RETOUR DU DR DEAD

Par Christophe Pinheiro

Depuis un peu plus d’un an, un groupe venant d’Allemagne commence à faire parler de lui. Avec son power metal efficace et son concept autour d’un monde apocalyptique infesté de zombies, DOMINUM revient avec un deuxième album. L’occasion pour moi de m’entretenir avec Felix HELDT aka Dr. Dead, comparable et comparé au Dr. Frankenstein, pour parler de son nouveau chef-d’œuvre.

Je peux t’appeler Felix ou Dr Dead ?

Felix est parfait.

Votre deuxième album, « The Dead Don’t Die » sort un an après « Hey Living People », es-tu un hyperactif de travail et trouves-tu le temps de te reposer ?

Pour être honnête, cette année passée n’a pas été l’année la plus relaxante en termes d’énergie parce que nous avons fait tellement de concerts, nous avons joué avec pleins de groupes et pour pleins de gens incroyables. Nous voulions aussi travailler sur de nouvelles chansons. Mais le bon côté des choses, c’est qu’être en tournée et être en permanence dans ce cosmos de DOMINUM  fait que l’inspiration ne s’est pas trop arrêtée. Quand tu es en tournée et que les gens font la fête sur tes chansons chaque soir, tu es forcément inspiré. Et j’ai toujours avec moi, mon petit équipement d’enregistrement. Je joue et j’essaie d’enregistrer des choses qui, je l’espère, valent la peine d’être écoutées.

Quelle est la genèse de cet album ? C’est en tournée que vous créez votre musique ?

Oui, parce que de nos jours, tout ce dont vous avez besoin, c’est d’un ordinateur portable et d’un micro et peut-être d’une guitare ou d’un clavier… Moi j’ai besoin d’un iPhone où je peux simplement chanter des mélodies. Puis une semaine après, j’examine ce que j’ai enregistré et je suis parfois tellement gêné d’avoir enregistré ces horribles mélodies. Mais de temps en temps, il y a une mélodie qui est bonne, et je commence à travailler dessus, ici au studio. Donc en tournée ce n’est pas possible d’avoir un rendu final car vous devez enregistrer la batterie, vous devez enregistrer correctement les guitares… Donc cela doit être fait en studio, mais pour faire des démos et mettre des idées, c’est parfait.

Avec cet album, vous reprenez le thème du Dr Dead et de ses amis zombies. J’ai vu les nouveaux masques. Est-ce que cela indique que le Dr Dead a de nouveaux compagnons ?

C’est drôle parce que dans une semaine environ, il y aura un nouveau clip dans lequel on explique comment la transformation s’est produite. Parce qu’évidemment, ce serait un peu ennuyeux d’avoir des zombies qui ont juste l’air cool maintenant. Nous sommes un groupe d’histoire. Nous voulons donc vous présenter une histoire. Et c’est ce qui se passera dans la prochaine vidéo. Et ensuite vous verrez comment cela s’est passé, et ce qu’il y a derrière, et ainsi de suite. Donc, il faudra juste être patient une semaine de plus.

Musicalement, il y a toujours ces mélodies accrocheuses. Mais avec un son plus massif, plus métal. Est-ce un désir de votre part de sonner comme ça ?

Je suis moi-même producteur de musique, donc quand les artistes viennent ici et me demandent quoi faire. Je leur demande simplement de faire ce qui leur convient, sinon tout le reste ne sera pas authentique. Et ce qui n’est pas authentique n’est pas cool. Personne ne se soucie des choses que tu n’aimes pas faire. Donc la seule chance que j’ai, c’est de faire ce que j’ai envie de faire. Je ne me suis pas dit qu’il fallait que ce soit plus metal, plus massif… J’essaie toujours d’écrire la meilleure chanson possible. Je le fais toujours, quoi que je fasse. Donc c’est peut-être juste une question de résultat, de tournées et de connexion avec les fans. Car lorsque tu es en tournée, tu joues pour les gens. Ce n’est pas que nous jouons juste pour eux, c’est aussi qu’ils nous donnent quelque chose en retour. Et quand tu fais ça, tu en apprends beaucoup plus sur toi-même. C’est comme être chez un thérapeute. Un thérapeute te pose deux questions, puis tu parles pendant une heure, et à la fin, tu sais un peu mieux qui tu es. Et c’est la même chose qui se passe en tournée. Donc, c’est peut-être juste un résultat de l’année passée.

Je tiens à m’excuser, parce qu’avant cette interview, je ne connaissais pas votre musique. Je ne suis pas un habitué de la musique power metal, mais après avoir écouté votre nouvel album plusieurs fois, j’ai écouté le premier, et en deux jours je suis devenu fan. Ça m’a retourné le cerveau. C’est peut-être le sérum du Dr Dead. Que trouve t’on dans ce sérum pour nous rendre aussi accro ?

Tout d’abord, je suis très intéressé. Quel genre de musique aimes-tu ? 

Je suis plus sur du thrash metal, un peu death metal aussi… 

Wow, tu écoutes des trucs lourds.

J’adore découvrir de nouveaux groupes, de nouvelles musiques. Et le power metal n’est pas le genre de musique que j’écoute, mais grâce à DOMINUM, peut-être que ça pourrait changer.

Un grand merci, tout d’abord. J’aime passer du côté brutal au côté plus doux. Pour être honnête, tout ce que je peux dire, c’est que ce que nous faisons, nous essayons de le faire avec autant de passion que possible. Je veux dire, nous ne voulons pas faire les choses à moitié. C’est le cas pour chaque vidéo et chaque chanson. C’est évidemment un nouveau processus, quand vous sortez un disque. Il s’avère que pendant ce processus, il y a trois ou quatre chansons qui sont plus attrayantes. Donc ce seront les singles… Mais nous mettons autant de passion dans les chansons neuf et dix que dans les chansons une et deux, parce que pour nous c’est un album. Il restera là pour toujours et c’est pour ça qu’on fait de la musique. Tu sais, nous sommes des amoureux de la musique, et nous aimons nous exprimer avec la musique. Certaines structures de chansons semblent être très similaires les unes des autres mais nous essayons de donner à chaque chanson sa propre identité. C’est là-dessus que se concentre l’attention. Nous essayons juste de rendre un album aussi bon que possible. Et nous avons mis beaucoup d’efforts, de larmes, de sueur et de sang dans ce disque, dans ces chansons. Pourquoi ferions-nous un disque si nous ne nous donnions pas à 100%. Ce serait étrange de sortir un deuxième disque après seulement un an. Parce que certaines personnes pourraient penser, et je les comprends, que si on sort un disque un an plus tard, ce doit être juste un autre disque parce que la maison de disques, ou quoi que ce soit d’autre en avait besoin, peu importe. Et honnêtement, si la qualité n’avait pas été assez bonne, et si l’un des membres de l’équipe avait eu des doutes sur la qualité de la musique, nous ne l’aurions pas fait. Nous aurions dit, très bien, nous avons besoin d’une autre année pour le faire Mais nous nous sommes sentis tellement inspirés que nous avons pensé que les chansons étaient géniales.

Vous avez sorti deux vidéos de cet album pour le moment. Tu l’as dit tout à l’heure qu’une autre est à venir. Pour le précédent, vous aviez sorti cinq vidéos. Le visuel est-il un aspect essentiel de DOMINUM ?

Essentiel est un grand mot. Parce que, comme je l’ai dit, je pense que si on le formule dans l’autre sens, je pense que tu peux avoir les meilleurs masques du monde, les meilleurs costumes du monde, le meilleur concept du monde. Si ta musique est nulle, personne ne se souciera de tes vidéos. Peut-être pendant un Tik Tok de 10 secondes, cela fonctionnera. Mais si tu veux que les gens écoutent un disque pendant 40 minutes, la musique doit être bonne. Je pense donc que l’aspect musical est crucial et essentiel. Je suis un grand fan de SLIPKNOT. Ce groupe a changé ma vie quand j’avais 13, 14 ans. J’aimais les masques, le concept de ne pas savoir qui est derrière ces masques… Je pense que c’est la petite cerise sur le gâteau. Mais si votre gâteau a un goût de merde, vous n’avez pas besoin de la cerise, parce que personne n’achètera, n’écoutera ou ne mangera un gâteau parce que la cerise est bonne. Donc je pense que nous avons ce concept visuel et nous en profitons totalement, parce que vous pouvez faire des vidéos tellement cool avec ça. Vous pouvez « zombifier » tout le monde. C’est juste cool. Cela ne devient jamais ennuyeux, du moins pour moi, parce qu’à la fin, dans la plupart de nos vidéos, quelqu’un se fait mordre puis devient un zombie. Et j’aime ça à chaque fois. La dernière fois, nous avons fait une vidéo avec Jésus. Alors, qui sait ce qui va arriver ensuite ?

Quelles sont vos influences, que ce soit en termes visuels ou même littéraires ?

Vous pourriez penser que je regarde des films de zombies tout le temps, et j’aime les films de zombies, mais je ne les regarde pas tout le temps. Sinon, mon cerveau serait grillé, je pense. En fait, je n’ai pas besoin de m’entourer de sang, de cerveaux ou d’autres parties du corps pour me mettre dans l’ambiance, car je tire la plupart de mes inspirations de choses ordinaires. Je me promène avec mon téléphone toute la journée, et si une phrase que j’entends ou que je lis m’attire, je la pose. Et puis, quand je suis ici au studio, je regarde mon téléphone et j’essaie de faire fonctionner le cinéma cérébral. J’essaie alors de mettre des idées par écrit et de les faire fonctionner dans l’univers. Mais évidemment, cela aide de regarder un film de zombies de temps en temps. Mais je pense que pour moi, ça devient intéressant quand le truc des zombies sort un peu du contexte, parce qu’on peut le faire sur le premier album… écrire une chanson sur le thème « Attention, danger, danger, les zombies arrivent ». C’est cool sur un premier album, mais on ne pouvait pas faire une chanson comme ça sur le deuxième. Chaque problème auquel tu penses peut être placé dans le monde des zombies. Tu dois juste être créatif et trouver une petite porte dérobée par laquelle tu peux faire passer le zombie, et ensuite tu peux avoir divers scénarios.

Parlons du titre « Guardians Of The Night » C’est mon morceau préféré de…

C’est tellement drôle, parce que tu es maintenant le deuxième… désolé de t’interrompre… c’est rare que les gens qui font des interviews me disent leur titre préféré, et je suis toujours curieux de savoir s’ils ont écouté le disque, de savoir s’ils ont des titres favoris. Et tu es maintenant le deuxième à me dire ton titre préféré, et tu es le deuxième dont le préféré est « Guardians Of The Night ». Parce que j’aime aussi cette chanson, c’est génial. C’est amusant.

Quelle énergie dans cette chanson je l’adore vraiment. Mais désolé pour la reprise des SCORPIONS qui vient ensuite, parce que quand « The Guardians Of The Night » a fini, je recommence à ré écouter cette chanson…

Les Scorpions ont assez de streams. Ne t’inquiète pas, ça va.

Comment est né ce morceau ? Et est-ce que vous jouerez cette chanson lors de la prochaine tournée ?

Nous serons à Paris la semaine prochaine je crois…

C’est ce vendredi.

Ouais, donc pour être honnête, je ne sais pas encore si nous joueront cette chanson. Ce n’était pas une de ces chansons dont tout le monde pensait qu’elle pourrait être un single. Et je ne peux pas le dire de toute façon, parce que quand j’ai fini le disque, chacune des chansons était mon petit bébé. Et je n’arrive pas à décider qui est le plus beau bébé. Donc je laisse ça à mes amis ou à l’équipe, mais oui, peut-être… probablement que nous pourrions la jouer, parce que je pense que c’est une super chanson. Et c’est assez drôle, je me souviens exactement comment elle est née, parce que j’étais assis ici, à ce bureau, et je jouais avec des sons, et j’essayais d’intégrer cette ambiance de science-fiction dans le disque. Je veux dire, la pochette a aussi de sérieuses ambiances de science-fiction des années 70, je trouve. Donc j’ai sculpté des sons. Et puis ce son est arrivé, et j’ai joué avec. C’était cool, donc j’ai voulu faire une chanson à partir de ça. Et c’est comme ça que cette chanson est née..

Vous commencez une tournée de neuf dates en Europe après-demain. Allez-vous jouer de nouvelles chansons lors de cette tournée parce que l’album n’est pas encore sorti ?

Oui, nous allons probablement jouer une chanson du nouvel album. Mais bien sûr, nous voulons toujours nous concentrer sur l’album « Hey Living People » et ne pas trop présenter les nouveautés car nous partons en tournée en tête d’affiche à la fin de l’année. Et techniquement parlant, c’est toujours le cycle de « Hey Living People ». Nous ne voulons donc pas tout mélanger et donner aux fans une chance de profiter au maximum de « Hey Living People ». Donc ce sera le cas, mais bien sûr, nous voulons aussi jouer de nouvelles chansons. Donc nous jouerons peut-être une nouvelle chanson.

J’ai vu des dates de festivals prévues pour l’été prochain. D’autres festivals pour l’été prochain seront annoncés ? Un arrêt dans un festival français est envisageable ?

Je ne sais pas trop. Pour être honnête, je ne suis pas super impliqué dans le booking, mais nous essayons de traverser l’Europe le plus rapidement possible. Voilà ce que je peux te promettre.

Dans quelles conditions recommandes-tu l’écoute de votre album ?

J’aime être de bonne humeur. Donc je pense que la plupart des chansons, même si on fait du métal et si c’est un disque sombre, avec des morceaux comme « We Are Forlorn ». Mais je pense quand même que toutes les chansons contiennent une bonne ambiance. Donc ce n’est pas comme si c’était une ambiance déprimante ou quoi que ce soit. Je pense que cet album a une sorte d’ambiance de bien-être, même si c’est étrange de dire ça pour une chanson comme « We Are Forlorn », parce qu’elle est vraiment lourde et vraiment funèbre. Mais je peux quand même en tirer quelque chose de positif. Et je pense que si tu veux te sentir bien, tu peux écouter DOMINUM.

As-tu un album de culte ? Si oui, lequel ?

Je pense que ce serait probablement soit SLIPKNOT, « Vol. 3 The Subliminal Verses » ou alors ce serait, si tu veux quelque chose de moins populaire, ce pourrait aussi être l’album « Black Rain » d’Ozzy Osbourne. L’un des albums que les fans d’Ozzy détestent, mais je pense que c’est un super disque.

C’est un super album.

Tu sais, c’est l’un de ces disques où Tommy et moi, parce que nous nous connaissons depuis 15 ans, écoutions. Nous avons toujours voulu faire un disque avec un tel son de guitare. Et nous écoutions ce disque tout le temps. Donc c’est une énorme influence sur tout ce que nous jouons aujourd’hui. C’est unique en son genre.

Maintenant que je fais partie des « Living Dead », je suis affamé. Un nouvel album dans un an ?

Je ne peut rien promettre à ce stade, mais tout ce que je peux dire, c’est que j’écris des chansons tout le temps. Si c’est assez bon, peut-être qu’il y aura un mais je ne peux rien dire pour le moment parce que nous sommes en plein dans le deuxième album, mais évidemment, voyons ce que l’avenir nous réserve.

C’est la fin de l’interview, et le dernier mot est pour toi.

Alors merci pour cette super interview. C’était vraiment amusant. Des questions sympas. Bonne ambiance. Sinon, à vous, tous les lecteurs, faites attention à ne pas vous faire mordre par les mauvaises personnes.

NOTRE AVIS

 

Un an après l’excellent « Hey Living People », DOMINUM nous offre ce deuxième opus « The Dead Don’t Die ». D’entrée de jeu « We Are Forlorn » reprend là où le premier album s’est arrêté. Mélodies imparables, refrain repris en chœur et surtout une énergie incroyable qui ne vous laissera pas de marbre. Suivent deux titres qui sont sortis en tant que singles avant la sortie de l’album. « One Of Us », tube incroyablement efficace qui risque d’enflammer le pit et le redoutable « The Dead Don’t. Die » avec en featuring FEUERSCHWANZ. À ce stade de l’album, aucune faute de goût n’est à déplorer et ce n’est pas « Killed By Life » qui va venir changer quoi que ce soit. Pour tout vous avouer, je me dis qu’on tient là entre les mains et les oreilles, un excellent album. Ce genre d’album pourrait facilement devenir un très bon disque de chevet. L’excellent « Die For The Devil » ouvre sur le majestueux « Don’t Get Bitten By The Wrong Ones » qui est, selon moi, l’un des points culminants de cet album. Difficile de dire que ce qui suit sera aussi bien que la première partie de l’album. Et pourtant les adjectifs ne sont pas assez nombreux pour qualifier « Happy Deadly Ending », « Can’t Kill A Dead Man » et « This Is Not A Game ». Mais surtout l’hymne « The Guardians Of The Night » qui vient clore cet album. Enfin… Vous retrouverez en bonus la reprise de SCORPIONS « Rock You Like A Hurricane », qui n’a malheureusement pas eu l’honneur de beaucoup d’écoutes chez moi, tant le titre précédent m’a convaincu. Heureusement que cette bonne reprise est sortie bien avant cet album.

Selon l’édition, il y a en bonus, le concert de DOMINUM au Graspop Metal Meeting 2024. Un bon moyen de se familiariser avec les titres du premier album et le monde de DOMINUM.

En résumé « The Dead Don’t Die » est un excellent album composé de tubes parfaitement taillés pour la scène. Sorti en toute fin d’année entre Noël et le nouvel an, il pourrait très bien passé inaperçu, mais je vous encourage vivement à jeter une oreille de toute urgence.

PLUS D'INFORMATIONS

  • Artiste : DOMINUM
  • Album : The Dead Don’t Die
  • Label : Napalm Records
  • Date de sortie : 27 décembre 2024