Vecteur Magazine

La rage teinté de nostalgie

Par Christophe Pinheiro

Depuis près de 20 ans, DEEZ NUTS délivre une vague de fraîcheur et une énergie sans faille dans la scène hardcore internationale. Aujourd’hui, sort le septième album du groupe “Saudade”. Si le thème de la fête et des excès a régulièrement qualifié l’esprit du groupe australien, cette fois-ci DEEZ NUTS propose un album qui ne renie pas ses origines par son énergie. Mais l’heure est à l’introspection et à la prise de conscience. J’ai eu l’occasion d’en parler avec le charismatique chanteur et leader du groupe, JJ Peters.

Crédit photo : Mike Ghost

Comment vas-tu ? 

Je vais très bien, merci. Je suis un peu fatigué parce que je suis en pleine tournée avec mon groupe, celui que j’ai formé I KILLED THE PROM QUEEN, et je viens de faire six concerts d’affilée. Du coup, je suis un peu crevé, mais bon, j’ai un jour de congé aujourd’hui et je m’occupe de quelques affaires pour DEEZ NUTS. 

Tu es à Melbourne en ce moment ? 

Oui. Je suis à Melbourne aujourd’hui. Il est 19 h ici.

Tu vis dans le futur pour moi ? 

Oui. C’est particulièrement vrai avec tous ces voyages que je fais. Mes filles vivent en Europe et au Royaume-Uni. Du coup, j’ai souvent l’impression d’avoir un peu d’avance. C’est un peu un voyage que de vivre en Australie. On est tellement loin de tout. Parfois, on a vraiment l’impression d’être dans le futur. 

Vous êtes de retour avec un nouvel album, “Saudade”, le septième de votre discographie. Quel est ton sentiment à l’approche de sa sortie ? 

Je suis super excité ! C’est aussi… comment dire ? Le processus est tellement long de nos jours pour la sortie d’un album, ou plutôt sa promotion. Avant, on choisissait un, deux, ou trois singles, et on les sortait à peu près à la suite juste avant la sortie de l’album. Du coup, le délai entre l’enregistrement et la sortie était plus court, et on était encore dans la période d’excitation. Alors que là, on a fini l’album en janvier, et on approche de la fin de l’année. Il y a deux mois entre chaque single, et j’ai vraiment hâte qu’il sorte. C’est pas que je sois moins enthousiaste. C’est juste que ça a été un processus interminable, au point que j’ai autant hâte de commencer à bosser sur un nouvel album que de sortir celui-ci. Mais j’ai vraiment hâte de savoir ce que les gens en pensent. Les réactions aux singles ont été super, et je pense que c’est un album assez éclectique. Pour chaque single, on a choisi un son différent pour que chacun ait un avant-goût de ce qui allait suivre, et j’espère que les gens ont apprécié. 

Concernant le titre de l’album, de par mes origines portugaises, il exprime un sentiment de nostalgie, le manque d’une personne ou d’un lieu. Est-ce le message que vous souhaitez transmettre ? Et si oui, pourquoi ? 

Oui, tout d’abord, excuse-moi, car je sais que, d’après ce que m’a dit notre bassiste portugais (Apolinário “Poli“ Correia), mais aussi d’autres personnes, l’anglais ne rend presque pas justice à ce mot. C’est une émotion tellement complexe que ce mot évoque, qu’il est difficile à exprimer en anglais. C’est bien ça ? 

Oui. 

Mais d’après ce que j’en comprends, et la façon dont on me l’a expliqué en anglais, cela correspondrait à une profonde et intense mélancolie, un désir ardent pour quelque chose ou quelqu’un, d’un lieu et d’une époque précis. C’est assez général, mais ce sentiment d’attachement profond à quelque chose qu’on ne revivra peut-être jamais, à quelqu’un ou quelque chose pour lequel on ne ressentira peut-être plus jamais cet amour, c’est ce qui imprègne tout l’album. C’est pour ça que vous remarquerez peut-être l’absence de titre phare. Il n’y a pas de chanson intitulée “Saudade” sur l’album. D’habitude, j’ai toujours un titre phare, quelque chose qui se démarque. Mais quand on enregistrait au Portugal, et que je me suis vraiment familiarisé avec ce mot, je me suis dit : « Waouh ! ». D’habitude, j’aime bien rendre hommage aux lieux où on écrit et on enregistre, et “Saudade” m’a semblé être le mot parfait pour résumer l’album. Et je savais que je n’avais pas besoin d’écrire une chanson pour l’accompagner, car ce titre, ce mot, résumait en quelque sorte tout l’album pour moi. J’y aborde beaucoup de thèmes liés à la perte, pas seulement des personnes, mais aussi des moments, des lieux, des expériences et des choses que tout le groupe a vécues. Nous sommes à un stade différent de nos vies aujourd’hui par rapport à il y a cinq ans, lors de la sortie de notre dernier album. Alors, ce titre m’a semblé être le mot juste pour résumer l’album. 

Quand j’ai vu le titre de cet album, ça m’a rappelé mon enfance, car mes parents sont nés au Portugal. Je suis né ici, en France, et je me souviens, quand j’étais petit, d’être au téléphone avec mes grands-parents, et ma grand-mère me disait toujours : « J’ai tellement de “Saudade” de toi ». Et merci pour ça, parce que ça me rappelle des choses positives. C’est une forme d’attachement. 

Oui. C’est vraiment ça. C’est marrant que tu me dises ça parce que, évidemment, ma façon d’utiliser ce mot en anglais est un peu maladroite et ne fonctionne pas toujours. L’autre jour, Poli, notre bassiste, l’a utilisé dans un message. Il l’a dit exactement comme tu viens de décrire. Je me suis dit : « Ah, d’accord. Donc c’est comme ça qu’on l’utilise dans une phrase, dans un contexte plus léger.». Je trouve que c’est un beau mot, qu’on puisse l’utiliser comme ça aussi. 

Cet album sort six ans après le précédent, “You Got Me Fucked Up”. C’est la première fois qu’il y a autant d’intervalles entre deux albums, dans votre discographie. Il y a certainement eu des événements qui y ont contribué. Penses-tu que la sortie de cet album arrive à point nommé ? 

Oui. Je pense que ça n’aurait pas pu se passer autrement. C’est la vie. Parfois, on a d’autres projets, et puis… les choses se passent comme elles se passent. Mais pour nous, évidemment, le COVID a joué un rôle déterminant, comme pour tout le monde, ça nous a touchés. On n’était pas les seuls. On venait d’enregistrer « You Got Me Fucked Up » et on commençait tout juste la promotion de notre album. On a toujours été assez bons pour respecter un cycle de deux ou trois ans, ce qui est plutôt bien. Et puis, voilà, on avait le premier jour de notre tournée de lancement en Europe, notre plus gros marché, on a donné le premier concert, et là, tout a basculé. On a pris le premier avion pour rentrer chacun dans son pays. Et puis, les tournées ont été mises en pause pendant un an ou deux. On a repris la promotion de notre album juste au moment où on serait normalement retournés en studio. Du coup, ça nous a retardés d’au moins trois ou quatre ans. Et puis, à cause du timing et des contraintes de chacun dans le groupe. Poli a un salon de tatouage, Jesse (Labovitz) joue dans deux autres groupes, et RealBad travaille. On a tous des enfants, et on vit tous dans des pays différents. Il y avait beaucoup d’obstacles à surmonter, et ça a pris une année de plus, en plus de tout le reste, juste pour tout mettre en place. Mais une fois en studio, c’était le bon moment. On ne se sentait pas forcés, et pourtant, on était vraiment pressés par le temps : un mois, ni plus ni moins, parce qu’on est partis… enfin, je suis parti de chez moi le jour de l’An, et on a tous quitté le Portugal avant la fin du mois. Du coup, en moins d’un mois, on a écrit et enregistré tout l’album. Et ça s’est fait sans effort. 

Tout dans votre musique et votre image reflète une vision positive de la vie. Le temps et l’âge changent parfois notre perception de la vie et des émotions. La composition de cet album reflète-t-elle cette évolution de vie ? J’ai l’impression que cet album est empreint de maturité.

Oui. Je pense que c’est juste que… j’aimerais croire que si notre son et notre présentation, surtout les paroles, étaient restés les mêmes qu’il y a cinq ou six ans, alors je me dirais qu’il y a un problème avec notre évolution personnelle. Notre évolution en tant que musiciens. Donc je pense que c’est le cours naturel des choses, mais je pense que c’est d’autant plus vrai pour nous, car il nous est arrivé beaucoup de choses personnelles, au sein du groupe et en dehors, pendant cette période. Nous avons eu beaucoup de matière à réflexion. Et puis, RealBad et moi, on a pris du recul et on a abordé les choses sous un angle différent, pendant l’écriture et l’enregistrement de cet album. On a vraiment l’impression d’un album plus mature, plus fidèle à l’esprit de nos précédents albums. Ils sont toujours honnêtes et reflètent qui nous sommes à un moment donné. Certains albums étaient très axés sur la fête, d’autres sur les mises en garde contre les excès, etc. Mais cette fois-ci, c’est plus introspectif et personnel, et je pense que c’est ce qui lui donne ce côté plus mature. Ce n’est pas tant un récit qu’une expression personnelle. 

Peux-tu me parler de la pochette de cet album ? C’est un cœur brisé ? 

Oui. J’hésitais presque à utiliser un style aussi… délicat. Je ne voulais pas que ce soit kitsch. Je ne voulais pas que ce soit ringard. Je voulais une image forte, surtout pour coller au titre, que je trouvais magnifique et percutant. Mais je voulais aussi que l’album garde une esthétique sombre et brute. Et, comme notre dernier album était sur des coloris rose et jaune, avec un grand smiley, je voulais explorer une autre voie. Mais quand j’ai contacté Patrick Vogel, un ami à nous qui a réalisé l’illustration, je lui ai présenté l’idée. Je voulais quelque chose de fort et fragile à la fois. Je lui ai montré le cœur brisé et je lui ai demandé si on pouvait faire ça sans que ce soit mièvre. Quand il m’a proposé son idée, mon amie Farisha a travaillé sur les polices, et elles s’accordaient parfaitement avec le cœur. Finalement, tout s’est harmonieusement combiné, et on a utilisé différentes palettes de couleurs pour chaque single, c’était un peu mon idée. Et je pense qu’on a réussi. Je trouve que ça a un petit côté emo. J’en suis vraiment content. 

Le premier morceau que j’ai écouté sur cet album, c’était “Miss Me With That”, et je l’ai adoré tout de suite. C’est probablement devenu mon morceau préféré de l’album. Peux-tu m’en parler, s’il te plaît ? 

C’est marrant parce qu’on n’entre jamais en studio avec des idées préconçues, du genre « il faut qu’on écrive ça » ou « on veut sonner comme ça ». On ne se dit jamais : « Telle musique est à la mode en ce moment », « C’est ça qui est tendance », etc. On essaie juste de laisser les choses évoluer naturellement. Du coup, ça ne paraît jamais forcé, et on est souvent surpris par le résultat. Mais au milieu de tout ça, il y a des moments, juste avant d’entrer en phase d’écriture et d’enregistrement, où j’ai des idées qui me viennent spontanément. J’essaie de les garder en tête, de les mettre de côté pour plus tard. Je ne les note même pas, je me dis juste que ça va me revenir. En général, c’est sous la douche que les idées me viennent. Et j’avais déjà l’idée du refrain et même de l’intro. Je n’avais pas de riff précis en tête. C’était juste le concept de ces lignes, j’avais une idée générale. Et puis, quand on était en studio, Jesse a commencé à jouer un riff de basse. Je lui ai dit : « Refais ça. Répète cette partie. ». Ça me parlait, je me souvenais de ce truc sous la douche. Je lui ai dit : « J’ai quelque chose pour ça. ». Il m’a demandé : « T’es sûr que c’est pas trop basique ? ». Et j’ai répondu : « Non. Fais-moi confiance. Une fois les voix enregistrées, ça prendra tout son sens.». Je pouvais instantanément imaginer une foule qui saute dessus à un festival, et je me suis dit : « Ça va faire un carton. ». Et tout le monde a adhéré à ma vision. Une fois que j’ai enregistré les voix et les chœurs, ce qui faisait partie du concept, tout le monde a dit : « Ah, d’accord. On comprend ce que tu voulais faire, maintenant. ». Il y a un côté un peu inattendu avec Jesse à la batterie, un côté imprévisible aussi. C’est devenu l’un de nos morceaux préférés et un single. Je suis ravi que ça te plaise. 

La version 2025 de DEEZ NUTS est composée d’un australien, un canadien, un américain et un portugais. Tous les membres du groupe vivent dans des pays différents. Comment gérez-vous ça ? 

On est bons dans ce qu’on fait, mec. (rires) Quand on répète, on arrive juste un jour ou deux avant. On est vraiment bien rodés, on prépare notre setlist, on la répète deux ou trois fois et on y va. Pour le studio, c’est un peu compliqué de coordonner les emplois du temps de chacun. Mais une fois qu’on a trouvé une solution, c’est pareil. Dès qu’on est réunis dans une pièce, on est super efficaces. Avec la distance, aujourd’hui, si on ne tournait pas autant, ça pourrait être plus compliqué parce qu’on devrait passer plus de temps à répéter avant les tournées. Pour cette tournée qui commence dans deux semaines, à Dubaï, ce qui est à peu près à mi-chemin de mon itinéraire habituel pour commencer la tournée européenne. On fait toujours une escale à Dubaï en venant d’Australie. Ça ne change rien pour moi. 

C’est une nouvelle collaboration avec Andrew Neufeld de COMEBACK KID à la production. Il apparaît aussi sur l’excellent « Hang the Hangman ». C’est le cinquième membre du groupe ? 

Tu m’as enlevé les mots de la bouche, mec. Je crois que c’est le quatrième album qu’il produit pour nous. Donc, à ce stade, ce serait bizarre de ne pas l’avoir à nos côtés pour les albums. Non pas qu’on ne puisse pas le faire sans lui, on en a les capacités, mais je crois qu’on n’en aurait pas envie parce qu’on a une super alchimie en studio. En plus d’être l’un de nos auteurs préférés, et membre d’un des groupes hardcore les plus emblématiques à mon avis, c’est un de nos meilleurs amis, et ce, bien avant qu’il ne produise pour le groupe. C’est donc tout à fait naturel qu’il nous produise. Mais Jesse jouait aussi dans COMEBACK KID. Je l’ai rencontré grâce à ce groupe. Poli et Andrew ont aussi une longue histoire commune. Du coup, sa collaboration est encore plus logique sur cet album que sur les précédents. Sa présence en studio permet à chacun de donner le meilleur de soi-même. Il apporte toujours ce petit quelque chose, cette petite touche en plus dont on a besoin.  

Tu es actuellement en tournée avec ton autre groupe, I KILLED THE PROM QUEEN. Tu en as parlé tout à l’heure. Une tournée australienne pour le vingt-cinquième anniversaire du groupe. C’est un succès total, j’ai vu que plein de concerts sont à guichets fermés. 

Un énorme succès. Les seuls concerts qui n’ont pas affiché complet sont ceux ajoutés après que les premiers aient été complets. On a donc fait deux concerts complets à Sydney, deux à Melbourne. Je crois qu’il reste encore des billets pour les concerts à venir à Perth, mais ils semblent bien partis pour être complets. Les deux concerts à Melbourne, hier et avant-hier, ont affiché complet, et toutes les salles peuvent accueillir plus de 1000, voire 1500 personnes. On est super contents. On a deux concerts prévus à Adélaïde. L’un est complet, avec presque 2000 personnes, voire plus. Et puis un autre dans une petite salle. En fait, on avait prévu de faire deux fois moins de concerts dans des salles deux fois plus petites, et puis ça a pris de l’ampleur, les salles se sont remplies, et c’est devenu plus grand, plus long. Du coup, on était ravis, on ne savait pas trop à quoi s’attendre. Et ça a dépassé toutes nos espérances, et les gens adorent. On en fera peut-être d’autres après ça, mais si c’est la dernière, ça me conviendra aussi. 

Et tu préfères tenir un micro ou des baguettes ? 

Un micro, sans hésiter. C’est bizarre avec la batterie. J’ai pas touché à une batterie pendant presque quinze ans. Je n’avais même pas pensé à en jouer et je ne pensais pas en rejouer un jour. Et puis, j’étais tellement pris par les préparatifs de la tournée que je n’ai pas eu le temps de m’y remettre. J’avais pourtant la ferme intention de m’entraîner. Mais je n’ai jamais eu le temps, alors j’ai fini par m’enfermer dans un studio pendant deux semaines et demie avant de répéter avec le groupe pendant cinq ou six jours avant le début de la tournée. Donc, en gros, j’ai eu trois semaines. Beaucoup de répétitions. Après dix à quinze ans d’arrêt, c’est court pour retrouver la forme, se remuscler, tout ça. C’était brutal. Mentalement et physiquement, j’étais crevé et pas le temps de récupérer, direct sur la tournée. Je suis sûr qu’après la tournée, je pourrai reprendre la batterie beaucoup plus facilement, une fois que j’aurai retrouvé mes muscles et mon endurance. Mais après tant d’années à chanter, je me sens plus à l’aise sur scène. Pas que je veuille être au centre de l’attention ou quoi que ce soit, mais il y a moins de stress. Quand on est batteur, un grand bravo à tous les batteurs, d’ailleurs, parce qu’on est l’épine dorsale du groupe, tout passe par le batteur. Moi, je peux oublier un morceau, poser le micro, aller boire un verre ou faire autre chose, et le concert continue. Mais le batteur, lui, ne peut pas s’arrêter. Du coup, il y a une énorme pression quand on est batteur. C’est aussi pour ça que je préfère chanter. 

Le micro revient bientôt, parce qu’à la mi-novembre, vous partez pour un mois en tournée, principalement en Europe. Beaucoup de ces dates seront en première partie du groupe français RISE OF THE NORTHSTAR. 

Oui. C’est un super groupe. Je les adore. 

Pour ceux qui ne connaissent pas DEEZ NUTS en live, à quoi doit-on s’attendre en vous voyant sur scène ? 

On donne tout, mec. Je pense qu’on a une énergie incroyable à revendre parce qu’on va jouer les singles déjà sortis, ceux qu’on a pu jouer cet été. “5 Gold Chains” n’était pas encore sorti, donc on ne l’a pas encore joué. On jouera tout ce qu’on pourra caser dans la setlist. On est super excités de jouer de nouveaux morceaux, excités de repartir en tournée, excités de jouer dans des endroits où on n’a pas joué depuis un moment. Et puis, on a joué “Kill This Shit”, “ICU” et “Miss Me With That” lors de notre dernière tournée d’été en Europe. Mais les morceaux étaient encore tout frais, vraiment tout frais. “Miss Me With That” venait de sortir, je crois, quand la tournée a commencé. Donc, les gens commençaient tout juste à les découvrir, et l’ambiance était vraiment bonne. Mais il faut du temps pour que les chansons s’imprègnent dans les esprits et deviennent tellement familières que les chanter devient naturel. Et j’espère que les autres morceaux du nouvel album seront aussi bien ancrés dans les esprits. Et j’espère que les chansons qu’on jouait il y a quelques mois ont pris de l’ampleur et que le public se sentira plus à l’aise pour les chanter avec nous. On est vraiment impatients de remonter sur scène, de jouer des nouveautés, des classiques, et de passer un bon moment. 

J’ai vu dans beaucoup de vidéos de vos concerts que si tu es au premier rang à un concert de DEEZ NUTS, il faut connaître les paroles par cœur. Parce que tu aimes bien laisser le micro au public. 

Oui, je fais ça. (rires) C’est bizarre parce qu’en tant que fan de musique, c’est vraiment ce que je déteste le plus quand on me donne un micro. Ce n’est même pas que je me souvienne ou pas des paroles, mais quand je suis sous pression, j’oublie tout. Du coup, je ne sais pas pourquoi je suis aussi exigeant et que j’attends de tout le monde qu’il connaisse toutes les paroles, mais c’est un réflexe. Quand je suis sur scène, j’espère que la personne qui a le micro va bien chanter, mais si elle ne connaît pas les paroles, ce n’est pas grave. Mais s’il les connaît, c’est un bonus. Tu vois ? Si je suis sur le côté de la scène, à regarder des potes en concert, je me dis : « Oh là là ! J’espère qu’il ne va pas venir me donner le micro parce que je vais me figer et tout oublier. ». Alors à tous ceux à qui je passe le micro et qui oublient leurs paroles ou qui ne les connaissent pas, ce n’est pas grave. 

Vous allez continuer à promouvoir cet album sur scène après cette tournée ? Peut-être des festivals l’été prochain ? 

Ouais, carrément. J’espère qu’on pourra annoncer plein de gros festivals grâce à cet album. Nous avons quelques atouts dans notre manche. Et puis, il y a cette tournée qui commence bientôt. Principalement en Europe, on commence en Asie centrale, ou plutôt à Dubaï, puis on continue en Asie centrale avant de revenir en Europe. L’été prochain, pour la saison des festivals, on espère en faire des gros. On annoncera aussi notre tournée européenne de lancement d’album prochainement. Il y a déjà quelques noms qui me rendent vraiment enthousiaste, mais je ne peux pas encore tout dévoiler. 

Vous avez une vraie base de fans ici en Europe. Êtes-vous le genre de groupe à partager des moments avec vos fans pendant les tournées ? 

Carrément ! On est vraiment très impliqués, dans le sens où je m’occupe moi-même du merchandising. On contribue à tous les aspects du groupe, et du coup, on est faciles à trouver. Si vous voulez venir à un concert de DEEZ NUTS et passer un moment avec le groupe, c’est très simple. Je suis toujours au stand de merchandising, alors si vous voulez passer, venez me saluer, on se retrouve là-bas. Du coup, il y a des gens que je vois à chaque concert dans certaines villes, et ils viennent me dire : « Salut ! Vous vous souvenez de moi lors du dernier concert ? ». On a tissé des liens d’amitié avec beaucoup de… enfin, je déteste le mot « fans », mais plutôt des supporters. Les gens qui soutiennent le groupe. On s’est fait plein d’amis au fil des ans, et encore plus ces deux dernières années où je m’occupais du merchandising. Je vois tout le temps des têtes connues. On est toujours dans le coup. On est toujours en train de se lâcher. On n’est pas le genre de groupe à rester tranquillement en coulisses à faire notre truc. On aime bien être dehors, rencontrer les gens, leur serrer la main, prendre des photos si ça les intéresse, faire ce qu’ils veulent. On est à fond. 

Ce groupe est considéré comme hardcore. Ton chant est plutôt orienté rap. J’imagine que tu puises tes influences dans les deux styles. Si tu devais citer trois groupes référence dans chaque style, lesquels seraient-ils ? 

Alors HATEBREED, parce que Jamie Jasta a un flow super rythmé pour un chanteur hardcore ou metal. Il a une diction incroyable. Une voix super lourde où on comprend toujours chaque mot qu’il dit. Et puis, il y a MADBALL avec beaucoup d’influences hip-hop dans la façon dont Freddy rappe. Et E. TOWN CONCRETE qui est carrément un mélange de hip-hop, metal, hardcore et tout ça. Voilà pour le hardcore. Mais pour ce qui est du hip-hop, si tu regardes derrière moi (Il me montre un cadre de NOTORIOUS BIG) j’ai un gros, un énorme coup de coeur pour lui. Depuis mon adolescence, il est l’une de mes plus grandes influences au niveau des textes, et c’est en partie grâce à lui que j’ai commencé à écrire du rap, des textes et tout ça. Donc, à 100 %, Biggie Smalls. Au début, BIG L, un MC et rappeur new-yorkais célèbre, était aussi une autre grande influence pour moi. Mais aujourd’hui, je m’inspire constamment des jeunes rappeurs parce que je pense qu’il est vraiment important d’évoluer. J’adore Biggie… J’ai toujours adoré Biggie, j’écoute ses albums en boucle. Il est décédé quand j’étais jeune, donc j’écoute les mêmes albums depuis mes 16 ans. Mais si je ne devais m’inspirer que de ça pour le reste de ma carrière, mon style finirait par stagner. Tu vois ce que je veux dire ? S’il était encore vivant, il puiserait son inspiration dans des trucs nouveaux. Du coup, je suis toujours à l’affût de nouveautés et de nouvelles inspirations. Et en ce moment, je dirais que WESTSIDE GUNN est, et a toujours été, une de mes plus grandes influences dans le hip-hop. Et ce n’est pas forcément une question de textes. C’est plutôt son attitude, sa façon de rapper, le fait qu’il soit lui-même sans complexe. DEEZ NUTS a toujours eu un côté fanfaron, et je pense qu’il l’exploite plus que n’importe quel autre rappeur actuellement. Alors, si tu ne connais pas WESTSIDE GUNN, écoute-le. Il fait plein d’improvisations et de trucs complètement dingues, et je pense qu’il y a quelques bruits et improvisations sur cet album dont je réalise seulement maintenant qu’ils ont probablement été influencés par lui. 

Le dernier mot est pour toi.

Merci beaucoup pour cette interview. Si vous avez l’occasion d’écouter l’album, essayez de l’écouter du début à la fin. Et si vous ne l’aimez pas, vous n’êtes pas obligé de le réécouter. Et si vous l’adorez, alors on se voit au prochain concert. 

Notre avis : 

DEEZ NUTS revient, six ans après l’excellent “You Got Me Fucked Up”, avec un nouvel opus qui se nomme “Saudade”. Si vous êtes amateurs de la chanteuse capverdienne, Cesária Evora, probablement que ce mot portugais vous semblera familier. Dans sa version, le titre se nomme “Sodade” qui est écrit en créole portugais, mais le sens est le même. À savoir un terme qui décrit un profond état émotionnel de nostalgie mélancolique pour une personne ou une chose absente.

Alors, concernant la musique de DEEZ NUTS, il n’est pas question de chansons mélancoliques, ni de fado. Non, le groupe harangue toujours son auditoire par son hardcore féroce sur un chant rap direct et sans compromis. “ICU”, le titre d’ouverture affiche clairement les ambitions. Et ce n’est pas “Kill This Shit” ou encore “Russian Roulette” qui vous feront entendre le contraire. Et même si le début du titre “Uncut Gems” semble ralentir le tempo, ce n’est encore une fois qu’une illusion. DEEZ NUTS fait ce qu’il sait faire de mieux, nous faire bouger à la cadence de la rythmique qui se veut rapide et intense. Chaque titre de cet album sonne comme un standard, un hymne, un hit… appelez ça comme vous voulez. Mais parmi tous ces titres, celui qui attire mon attention reste “Miss Me With That”. Un titre qui ne laisse rien au hasard, ça va à l’essentiel. Nul doute qu’en concert, l’ambiance doit bien chauffer dans le pit. Dans un autre registre déviant un peu plus vers le punk, “God Damn” s’intègre parfaitement dans la structure de cet album. Tout comme “Hang The Hangman”, excellente collaboration avec Andrew Neufeld de COMEBACK KID, qui tient également les manettes à la production de l’album.

En guise de conclusion, je ne pouvais pas passer à côté du dernier titre “Cold Sweat” que j’adore et plus particulièrement la partie symphonique qui annonce l’échéance de ce disque de la plus belle des manières. Un bon moyen de nous rappeler qu’après la dernière note, nous voilà empreint de “Saudade” en attendant la suite…