Par Gwen Flégeau
Le quatuor de modern death metal lillois DEATH STRUCTURE sort son deuxième album le 7 février. « Le Déni » s’inscrit dans la lignée de « Paroxysm », leur premier album sorti en 2021, en confirmant l’engagement profond du groupe qui questionne l’Homme sur son impact environnemental. Le ton est donné par les 10 morceaux présents sur l’album, dénonçant la situation critique de notre époque, tout en nuançant la fatalité de l’actualité en refusant la résignation. Résolument death, « Le Déni » nous plonge dans un univers aux mélodies profondes et aux rythmiques énergiques et saccadées, comme pour nous rappeler l’urgence d’éveiller les consciences. J’ai pu poser quelques questions à Simon, guitariste du groupe, à l’occasion de la sortie de ce nouveau projet.
Comment est né le projet DEATH STRUCTURE ?
Death Structure a commencé en 2017. On s’est associés avec Seb (le bassiste du groupe), au départ le projet c’était de faire un EP mais pas forcément de monter un groupe pour le live, c’était juste se faire plaisir, d’aller en studio et d’enregistrer des compos dans un style plutôt death metal, parce qu’à l’époque on avait des projets individuels dans des styles de metal un peu moins extrêmes. On est partis d’un EP 4 titres et on a enregistré au Boss Hog Studio (dans le Nord de la France), où on enregistre tous nos projets. Et on s’est dit, pourquoi pas trouver un batteur et un chanteur pour monter un projet live ?
Quelles ont été vos principales influences au début du projet, et sont-elles les mêmes encore aujourd’hui ?
C’est assez complexe à dire, parce qu’on écoute un peu de tout, et on n’écoute pas forcément tous uniquement du metal. Je pense que les plus metalleux du groupe, c’est peut-être Max à la batterie et moi à la guitare. Nos influences sont assez diverses, Seb aime bien tout ce qui est groove, rock, les groupes de rock des années 90. Charly (chant) a des goûts éclectiques, il écoute du rap et a même un projet de rap aussi d’ailleurs. Sinon on va citer les classiques The Black Dahlia Murder, Dying Fetus, entre autres.
Comment décrirais-tu votre musique et votre évolution vers « Le Déni » ?
C’est compliqué, souvent les gens parlent mieux de notre musique que nous-même, je t’avoue que je sèche. On a fait le premier album, et on s’est dit qu’on allait essayer de faire quelque chose d’un peu moins « bourrin », l’idée c’est de trouver des parties un peu plus posées. On a des passages qui restent un peu plus brutal metal, Charly nous a posé du chant clair sur certains passages, et c’était une belle découverte. Il a eu carte blanche sur les paroles et il nous a vraiment posé quelque chose d’excellent, on est très contents de cet ajout.
« Le Déni » est votre deuxième album et il va sortir le 7 février. Peux-tu nous parler de son écriture et de sa composition, et quelles différences il y a eu dans ces processus depuis « Asphyxiate » (EP sorti en 2017) et « Paroxysm » ?
Au niveau du processus de création, ça n’a pas vraiment changé. La plupart du temps, ce sont des idées qui me viennent, que je pose ou que je compose sur ordi, ou des riffs qui viennent, l’idée générale de la chanson est composée d’abord à la guitare ou à la batterie. Je propose les chansons au groupe, Max humanise la batterie parce que souvent les batteries vont être produites sur ordinateur, ensuite on voit ensemble. Sur le premier album je m’étais un petit peu investi au niveau de la composition, là sur le deuxième c’est vraiment Charly qui a pu avoir libre court sur la création des paroles, il demande si tout le monde est d’accord, et on a été agréablement surpris par la production.
Le nouvel album regorge de morceaux énergiques, et j’aime beaucoup la dualité entre les deux parties de « Le Déni ». Pourquoi avoir choisi ce morceau en particulier pour nommer l’album ?
L’idée de la première partie, qui demande à être une sorte d’intro mélancolique on va dire, c’est un peu un ressentiment général par rapport à ce qui se passe aujourd’hui. On pourrait prendre préalablement les choses d’une manière défaitiste et en fait, « déni » c’est pour dire « bah non, on va pas se laisser faire ». Le thème c’est l’environnement et l’écologie, l’impact de l’humanité sur cet environnement. Le déni, ça peut parler à tout le monde, ça peut être pas mal de choses. Les paroles sont plus à prendre de manière générale, on n’a pas voulu véritablement cibler « c’est l’Homme qui détruit la nature » même si c’est quand même le cas.
Je suis totalement fan de « Immutable ». Peux-tu nous parler de l’esprit et du message de ce morceau en particulier ?
Encore une fois, on dit que les lois de la nature sont immuables. Donc peut-être que l’Humanité cherche à prendre des mesures, par des lois par exemple, mais je pense qu’un jour ou l’autre, on en paiera le prix. C’est ça le message de « Immutable ».
Votre musique s’exprime en anglais mais le titre de certains morceaux, et surtout le titre de l’album, sont en français, pourquoi avoir fait ce choix ?
Les paroles, c’est le chanteur qui doit les porter. Écrire et chanter en français dans le metal, c’est quelque chose d’assez complexe pour que ça sonne. Ce n’est pas un réel regret de pas pouvoir composer l’intégralité de l’album en français, mais c’était aussi notre manière de mettre notre petite touche. Tout est en anglais, à travers les réseaux, fortement tourné vers la culture anglophone, c’est un peu notre manière d’avoir notre petite touche française, le nom de l’album est en français.
Préparez-vous une tournée pour défendre LE DÉNI ?
On est en train de pas mal booker un peu partout, on va faire notre release en premier chez nous, au Black Lab à Wasquehal à côté de Lille, le 22 février. Au mois de mars on part du côté de Brest, Rennes, Nantes. En mai on repasse par la Belgique, et après des festivals à partir de septembre à novembre.
Quel est le concert qui t’a le plus marqué ?
On a eu l’occasion de faire deux belles dates, on a été invités par un groupe Lillois qui s’appelle Stendah, on a joué avec eux et Oddism sur la scène de l’Aeronef Club. C’est une salle mythique sur Lille, la plupart des metalleux ont l’habitude de fréquenter cette salle pour aller voir les grosses têtes d’affiche donc y jouer, ça fait vraiment un truc.
L’année dernière on a aussi été invités à un festival qui s’appelle le AUTfest, « aut » comme « autisme ». C’est un festival dont le but est de collecter de l’argent pour une association qui aide les personnes atteintes d’autisme. C’était une super date, belle ambiance et belle œuvre.
L’artwork de l’album est incroyable. Comment vous êtes-vous positionnés sur ce choix bien tranché et impactant ?
C’est Mario Nevado qui a réalisé l’artwork. La plupart de ses artworks nous ont touchés, je pense que lui aussi se sent concerné par la cause environnementale, ça se sent à travers son travail. En voyant ce qu’il avait produit, on s’est dit qu’on allait lui faire confiance et lui donner carte blanche pour exprimer « Le Déni ».
Je te laisse le mot de la fin pour donner envie à ceux qui ne vous connaissent pas encore d’aller explorer votre univers :
Notre but c’est de faire découvrir notre musique le plus possible cette année, j’espère qu’on aura l’occasion d’intéresser certaines salles, et que malgré cette image un peu brutale, je pense qu’on a quand même une musique metal qui est accessible et écoutable pour la plupart des gens. On a eu l’occasion de faire des dates sur des concerts éclectiques et on se rend compte que les gens étaient agréablement surpris par la musique qu’on produit, parce qu’au départ ils se disaient « bon voilà c’est du metal, c’est bourrin », et au final on a su accrocher des gens qui ne sont pas forcément familiers avec l’univers metal, et ça c’est quelque chose qui nous fait plaisir.
La belle surprise est au rendez-vous dès les premières notes de l’album. Les hostilités sont lancées par « A Critical Point of Humanity », titre marqué d’entrée de jeu par la voix saturée et les tons torturés de Charly et par la double-pédale efficace de Max à la batterie, soutenus par les cordes affutées de Simon à la guitare et de Sébastien à la basse. Death Structure nous plonge, tout au long du bien nommé Le Déni, dans un univers sombre, lourd, presque oppressant parfois. C’est le cas avec le morceau « Insidious » et ses riffs et voix martelés pour que l’idée soit claire : le groupe affirme sa prise de position sur l’impact de l’Homme dans la crise environnementale, et chacun se doit d’en prendre conscience. La saturation est à son paroxysme du début à la fin de l’opus, l’énergie également. Une chose est certaine, le groupe n’est pas là pour faire de la figuration. Les changements de rythmes et breaks de « Made for Nothing » et « Mental Journey » rendent insoutenable l’attente de découvrir l’album en live. Death Structure nous permet de reprendre notre respiration au milieu de l’opus, avec « Le Déni Part 1 », belle intro death mélo instrumentale introduisant le deuxième round de la bagarre qui commence avec « Le Déni Part 2 », nous ramenant vite au vif du sujet, où Charly nous enchante de son chant clair, comme pour nuancer le propos.
Death Structure est à découvrir sur les terres de l’Ouest : le 8 mars à Rennes et le 9 mars à Saint-Herblain !