Jonathan Nido et Luc Hess du groupe suisse Coilguns nous offrent une fascinante rétrospective sur leur parcours, leurs influences, leur processus créatif et leur dernier album, *Odd Love*, sorti le 22 Novembre dernier via Humus Records.
Initialement, Lucas, Jonathan et Louis (Jucker, chanteur) faisaient partie d’un groupe de metal progressif allemand, où est né, d’une envie commune de musique plus brute et directe en 2013. Inspirés par des groupes post hardcore, metalcore et punk, ils ont forgé leur propre identité sonore.
L’étrangeté et l’originalité caractérisent l’évolution musicale du groupe, par leur mélange d’influences et leur approche unique de la composition, ce qui leur confèrent un son à part.
L’enregistrement d’*Odd Love* aux studios Ocean en Norvège, s’est déroulé dans un cadre idyllique, permettant de capturer l’énergie et l’émotion qui animent l’album. Au-delà du simple plaisir auditif, *Odd Love* transmet un message profond d’amour, d’amitié et de cheminement personnel, reflétant le parcours du groupe.
Une release party du dernier album aura lieu le 26 Février prochain sur ce lieu mythique qui est devenu Le Petit Bain, à Paris.
Interview de Jonathan & Luc, de Coilguns par Cidàlia Païs
Photos : Andy Ford
Jonathan, Lucas, je suis ravie de faire votre connaissance, vous n’êtes pas des novices sur la scène. Et j’aimerais bien, peu importe lequel d’entre vous, que vous me racontiez un peu la genèse et l’essence de Coilguns..
Luc : On était les trois à l’origine du groupe : Jonathan, Louis et moi, on était les trois un peu mercenaires au sein d’un groupe qui s’appelle The Ocean, un groupe allemand de prog metal, voilà. J’ai fait, en tout cas pour ma part, environ six ans avec ce groupe, des tournées internationales et des enregistrements, tout ça. Et puis, ben, pendant qu’on était dans ce groupe, Jonathan et moi on se connaissait déjà. Louis et Jonathan se connaissaient un peu moins, mais ils se sont beaucoup mieux rencontrés au sein de ce groupe-là. Et puis, nous trois, on partageait une passion pour une musique un peu plus directe, un peu plus frontale, tout ce qui venait des scènes punk hardcore assez noise des années 2000, comme Converge, The Dillinger Escape Plan, aussi les groupes suédois comme Breach ou Refused, ce genre de musique-là.
Et puis, on s’est dit à un moment : « Il faut qu’on crée notre propre groupe. » Un peu basé sur notre expérience de tournée avec The Ocean, ce qu’il fallait faire, ce qu’il ne fallait pas faire. Et puis à partir de là, on a décidé de commencer ce groupe.
Jonathan a commencé à écrire des riffs. Je crois qu’il était en vacances à ce moment-là, il a commencé à écrire quelques riffs qu’il m’a présentés.
Et puis moi j’étais tout de suite emballé. On sentait qu’on avait vraiment besoin de composer notre propre truc, d’écrire nos propres riffs et notre propre musique, d’avoir notre propre langage au sein de cette scène assez bruyante, assez hardcore, assez rapide, ce genre de choses.
Par la suite on est parti enregistrer trois morceaux au studio d’un ami, pas loin d’où j’habite toujours..et puis Louis s’est naturellement un peu collé à nous, il a dit : « Ah bah, j’ai envie d’écrire des paroles, de chanter. »
Sur le premier album, il a même joué de la basse parce qu’à la base il jouait de la basse dans The Ocean.
Du coup, on a enregistré tout ça, et on s’est vite rendu compte… Louis s’est vite rendu compte qu’il n’avait pas envie d’apprendre les riffs de Jonathan à la basse, c’était trop compliqué. Du coup, il s’est dit : « Je vais me concentrer sur le chant. »
C’est là que Jonathan a ensuite développé tout son système de jouer sur plusieurs amplis avec un grand pedalboard, beaucoup d’effets, avec des octavers pour quasiment remplacer un groupe complet, ou une section de cordes complète d’un groupe de hardcore, qui pourrait être une basse ou une guitare.
Et puis ben moi toujours à la batterie, et puis voilà.
On a commencé comme ça, à trois. On faisait tout nous-mêmes : Jonathan s’occupait du booking, on écrivait de la musique, en parallèle on jouait toujours avec The Ocean. On était soumis aux délais, au temps qu’on avait à disposition quand on n’était pas en tournée avec le groupe. À savoir qu’à ce moment-là, on tournait beaucoup, je ne sais pas, entre 80 et 140 dates par an parfois, donc on était vraiment très occupés.
Et puis, du coup, voilà, on a écumé les caves d’Europe, les petites salles, voire de plus en plus grandes, et en avançant comme on pouvait, on a un peu évolué dans ce réseau-là jusqu’à aujourd’hui. Mais l’essence, comme tu disais, l’essence du groupe, c’était vraiment ce côté très urgent, très hardcore punk, très frontal qu’on avait envie d’exprimer. Qui, au fil des années, au fil de tout ce qu’on a vécu, de nos coups de cœur qui ont changé, 12 ou 13 ans après, arrive à cet album-là, *Odd Love*, maintenant, pour lequel on a écrit des morceaux qui nous correspondent plus aujourd’hui, qui sont un peu moins urgents, mais qui est toujours un élément important, je pense, de l’essence du groupe.
Jonathan, tu veux ajouter quelque chose ?
Jona : C’était vraiment la genèse la plus détaillée qu’on pouvait faire, voilà.
Vous êtes trois amis, vous avez traversé pas mal d’années ensemble : la construction du groupe, les lives… Mais vous êtes un quatuor aujourd’hui, il y a Kevin qui vous a rejoint, n’est-ce pas ? À quel moment ?
Luc : En 2020.
Il y a une phrase que j’ai lue, que j’aime beaucoup, je ne me rappelle plus lequel d’entre vous l’a dit : « L’étrangeté a toujours été notre normalité et l’amour est le moteur qui nous y maintient. » Cette phrase est magnifique.
Et à travers la discographie, j’entends qu’il y a une certaine évolution..et cette étrangeté, je la trouve effectivement dans le sens où ça correspond quand vous dites que vous êtes un groupe à part. Comme disait Luc, vous n’êtes pas un groupe qui suit les modes.
Ce qui m’amène à vous demander qui commence les compos, quel est le starting-block, qu’est-ce qui vous motive ?
Jona: Bah, c’est assez classique finalement, le début des choses..ça part souvent de la guitare, ça semble être un processus assez commun.
Après, c’est qu’à travers les années, notamment toutes les années avec l’autre groupe, et même avant ça avec Luc, on joue ensemble depuis… plus de 20 ans ?
Luc : Ah oui, oui.
Jona: Du coup, c’est… même si c’est moi qui donne un peu la couleur, tu vois, en faisant des riffs de guitare… Enfin, c’est aussi… j’écris des riffs pour que Lucas joue de la batterie dessus. En gros.
La base, c’est ça. Puis ce qui est intéressant, c’est que je pense que l’étrangeté… la citation que tu as mentionnée, c’est de Louis. Et je pense que l’étrangeté vient vraiment de cette espèce de mix des pistes qu’on fait ensemble après coup.
Parce que s’il n’en tenait qu’à moi, j’allais vraiment absorber les codes, ces fameux codes punk hardcore dont Luc parlait. Alors moi, j’ai l’impression que peut-être mon jeu de guitare est, ou était en tout cas au début, plus basique, plus inspiré… plus con, en tout cas. Et puis, je pense que la rencontre avec Luc était quelque chose de vraiment déterminant pour la signature de ce groupe, parce qu’il va systématiquement à peu près au contre-pied de ce que j’imaginais qu’il pouvait y avoir comme batterie sur ce que je joue, tu vois. Et en addition à ça, Louis, même s’il a épousé ces codes dans l’attitude du punk, du hardcore, de la noise, ce n’est pas ce qu’on pourrait définir comme un chanteur de hardcore à la base.
Lui, il fait beaucoup de choses, il a un projet solo, puis il fait des jolies chansons d’amour un peu tristes, tout ça. C’est un artiste complet, qui est très ouvert à tout un tas d’autres choses : il fait de la musique pour le théâtre, il fait des expos, des choses comme ça.
Et dès le départ, ses voix ont été assez étranges, finalement. Du coup, c’est forcément le mix de tout le monde qui a fait qu’on est arrivé là-dedans. Puis je pense qu’il y a un moment où on aurait pu, après le premier album, où les influences sont assez marquées, Luc parlait de Converge, Dillinger Escape, qui sont assez évidents, surtout dans le premier album… bah, peut-être qu’à ce moment-là, toute la scène un peu hardcore, post-métal, post-black métal se développait.
On aurait pu prendre des décisions en termes de gens avec qui on travaillait, ou de la façon dont on écrivait de la musique, on aurait pu peut-être épouser ce courant-là, et c’est là où je te rejoins dans le fait qu’on ne suit pas les modes. Enfin, je ne veux pas dire qu’on est dans une espèce de groupe hyper singulier.
Mais ce qui est sûr, c’est qu’on a toujours fait un peu ce qui nous passait par la tête à ce moment-là, puis comme on écoute beaucoup de musique différente, et que ce qu’on écrit répond à ce qu’on écoute un peu à ce moment-là.. ça donne ce groupe. Puis l’étrangeté… ce qui nous a pris du temps, dans la citation que tu mentionnais, c’est qu’on a eu de la peine à trouver notre place, parce qu’avec The Ocean, on jouait dans un courant qui était plutôt le metal progressif, c’était assez clair.
Et avec CoilGuns, ben, il y a 12 ou 13 ans, dans la scène metal, il n’y avait que moi qui ressemblait un peu à un cliché du metal, un gars avec des tatouages partout et tout ça…musicalement, on était un peu trop bruitiste pour la scène metal, et on était un peu trop extrême pour la scène rock. Alors que nous, finalement, maintenant, on se décrit plutôt comme un groupe de rock à tendance punk.
Je pense que les gens qui nous suivent ont compris qu’on n’est pas un OVNI, mais une espèce de groupe de rock un peu bancal qui distribue pas mal d’amour quand il joue sur scène, tu vois.
C’est très bien vu.
Tu veux ajouter quelque chose, Luc ?
Luc : J’avais envie de rebondir juste sur un petit truc, parce que je crois que c’est complet, mais je suis d’accord avec tout. Mais c’est vrai que dans ce processus… quand Jonathan parlait… il était un peu le jukebox des riffs.
Pour dire aussi comment Louis et moi on a collé à ça, très naturellement, sans se demander ce qu’on allait faire.
Sans avoir forcément ces codes très définis. Jonathan avait déjà ses codes très définis dans son idée de style vestimentaire, ses tatouages, et dans son style de riffs peut-être, puis moi un peu moins, et Louis encore moins, je pense. Mais effectivement, il y avait ce côté « Ah bah, Jonathan, c’est un peu le jukebox des riffs », qu’on aimait bien dans toute cette esthétique.
Et en fait, personnellement, c’était un peu « Ah bah, là, c’est la place, ma carte blanche pour faire exactement ce que j’ai envie. » Et c’est complètement le terrain de jeu idéal pour faire exister ma propre expression de cette musique au travers de mon instrument.
Et puis je pense que c’est ça qui donnait aussi un peu ce côté OVNI à CoilGuns.
Et puis Louis, lui, encore plus, encore plus défié.
Alors, bien sûr, il y avait l’ingrédient principal, les voix criées, c’était une condition sine qua non. Je veux dire, si moi j’avais décidé de jouer avec des palettes au lieu des baguettes, il y avait quand même des choses avec lesquelles on devait faire avec. Mais en allant chercher le contre-pied dans les rythmiques, dans les voix, dans les effets vocaux… Il y a plein de choses qu’on entend sur les disques de CoilGuns que personne n’a jamais questionnés. Peut-être qu’on pense que ce sont des guitares ou des samples, et qu’en fait ce sont des voix de Louis qui passent dans des machins qui sont renversés, et tout ça. Donc ça faisait partie de cette sauce qui n’existait pas, ou en tout cas pas à notre connaissance, dans les autres groupes du genre qu’on écoutait et qu’on adorait, voilà.
Non, mais lui, il a une palette assez intéressante, il peut pousser… je me suis même posé la question : est-ce qu’il sait quand il chante, quand il s’exprime, est-ce que parfois il est conscient de jusqu’où il peut pousser.
Jonathan, tu as créé le label Humus Records, ce qui fait que vous êtes assez indépendants.
Mais il y a un parallèle avec, particulièrement l’écriture de *Odd Love*, que, si j’ai bien compris, c’est un travail de longue haleine, il y a eu beaucoup de création, beaucoup de temps passé dessus, beaucoup d’investissement personnel, beaucoup d’émotions.
Si j’ai bien compris, la base de cet album… Jonathan, tu voulais t’isoler pour composer, pour créer, et concours de circonstances, la pandémie arrive. Raconte-moi un peu la genèse de *Odd Love*, le processus, comment ça s’est déroulé, le tout début de cette histoire..
Jona : Bah, donc là, c’est très justement dit, je voulais m’isoler.
C’est effectivement… pour te paraphraser vite fait, j’ai installé un home studio chez moi, j’avais passé un mois enfermé à la maison.
Et deux semaines avant que la pandémie arrive, je venais d’installer mon studio.
Donc ça tombait bien, j’ai fait un peu plus long que prévu, du coup.
En gros.
Puis c’est vrai que c’était lié aussi à la création du label, dans le sens où ce processus est né comme une conséquence de la création du label. J’ai créé un label, puis très vite rejoint aussi par Louis, qui a un rôle fondamental dans le label, parce que, en tant que groupe émergent, personne ne voulait vraiment travailler avec nous.
Et puis, j’ai vite compris que plutôt que de gaspiller de l’énergie à chercher des gens avec qui travailler, on aurait mieux fait de le mettre dans le fait de faire les choses nous-mêmes, et on verra bien où ça nous mène.
Donc le label, à la base, il a été créé pour représenter CoilGuns.
Sauf que moi j’aime beaucoup faire les choses à fond. Et tout d’un coup, il y avait un besoin d’avoir un label et des gens qui font des choses.
Et donc très vite, c’est devenu une grosse activité qui s’est professionnalisée avec le temps. Puis, arrivé au troisième album, on se retrouve à faire un album dans des conditions qui m’ont un peu bousculé, dans le sens où je me suis dit : « Waouh, ça fait huit ans qu’on est ensemble. » J’avais fait tout ça pour me dédier le plus possible à la musique. Mais dans ma tête, je pensais me dédier à faire de la musique, pas à travailler pour les autres ou à travailler pour la musique.
Et donc euh, je me retrouve à faire de moins en moins de musique.
C’est-à-dire que prendre une guitare pour moi, c’est… et encore maintenant, c’est pas… je ne prends jamais une guitare juste pour le plaisir, c’est soit on doit écrire un disque, soit on doit répéter pour partir en tournée.
Et donc ce troisième album, qui est sorti en novembre 2019, très peu avant le confinement, on s’est retrouvé à devoir le faire en quatre semaines. On avait déjà bouclé la tournée de sortie.
Puis, tout d’un coup, on s’est retrouvé en studio, il fallait écrire, enregistrer, mixer tout nous-mêmes, c’était hyper stressant et pas très agréable. Et pourtant, on a fait un disque que j’adore. Et c’est là que je me suis dit que j’avais besoin de me retrouver avec mon instrument. Parce que là, les deux dernières tournées, on était beaucoup ensemble à créer tout ça, tous ensemble au même endroit.
J’avais envie de me retrouver avec mon instrument et de me dire : « Tu es bloqué à moi, je vais faire de la guitare tout seul. »
Donc ça n’avait rien à voir avec le fait que j’aimais pas écrire avec Luc ou avec Louis.
C’est vraiment que j’avais besoin d’avoir l’impression que j’étais le guitariste d’un groupe.
Oui, je comprends.
Et ça c’est nouveau, dans le sens où j’ai travaillé pendant deux mois, j’ai écrit environ quatorze morceaux dont j’ai écrit le squelette avant de transmettre ça à Luc, qui a travaillé seul après, et ça c’était assez nouveau pour lui.
Et après, transmis à Louis, qui a fait du travail de son côté avant de se retrouver… Il s’est passé plusieurs mois avant qu’on se retrouve tous ensemble pour commencer à faire les premières démos ensemble.
Et j’ai lu un article qui a capté mon attention, celui de votre voyage en Norvège, il y a eu tout ce processus où un jour vous avez pris… Comment ça s’appelle ton Van ?
Jona : Le Double Darde.
J’ai trouvé ça trop drôle !
Vous avez décidé de partir sur un décor incroyable, idyllique. Vous racontez avoir passé un bon moment en studio, entourés de belles personnes.
Je vois Scott Evans à la production..Valentin qui filmait tout le processus.
Et euh, donc euh, sur cet album, il y a quelques morceaux qui m’ont particulièrement touchée, comme *Caravel* et *Featherweight*, mais je voulais particulièrement parler de *The Winds to Wash the Pain*, qui a été enregistré dans un climat assez spécial.
Qui veut en parler ?
Luc : Alors oui, c’est un morceau écrit par Louis. Il a écrit ce morceau d’un coup, qui transpire beaucoup son atmosphère, son influence folk, chanson, voilà, c’est un morceau différent du reste du disque, du reste des morceaux de l’album parce que c’est vraiment lui qui a écrit tout le squelette, presque tout le morceau entier. Il a un peu dirigé la manière dont on l’a enregistré et puis, effectivement, en studio, on l’a enregistré à un moment où on a essayé de l’arranger.
Luc : Alors oui, c’est un morceau écrit par Louis. Il a écrit ce morceau d’un coup, qui transpire beaucoup son atmosphère, son influence folk, chanson, voilà, c’est un morceau différent du reste du disque, du reste des morceaux de l’album parce que c’est vraiment lui qui a écrit tout le squelette, presque tout le morceau entier. Il a un peu dirigé la manière dont on l’a enregistré et puis, effectivement, en studio, on l’a enregistré à un moment où on a essayé de l’arranger. Et on s’est demandé qu’est-ce qu’on allait mettre comme instrument ? Donc, en fait, Kevin s’est naturellement tourné, il me semble, vers l’harmonium, et puis tout d’un coup on a trouvé une ambiance. Et puis c’est vrai qu’on a dû chercher des percussions, et puis on a un peu creusé dans tout le studio, il y avait des chambres un peu partout, des coins avec des trucs entassés, et puis tout d’un coup on a trouvé cette grosse timbale de musique classique. Et puis on s’est dit : « Ah, c’est cool, on la prend. » Pour enregistrer le morceau, on a trouvé cette percussion de grelots pour donner une autre teinte..il me semble que c’est Scott qui a eu cette idée, Scott Evans qui faisait l’enregistrement, de déposer des micros à l’extérieur du studio. Ce qui faisait qu’on entendait, pendant qu’on faisait la prise, les oiseaux, les vagues, ça nous mettait dans un climat différent du reste des morceaux, plus méditatif. Puis Louis, qui est toujours en train de chercher des objets insolites, il a trouvé cette espèce de… Je ne sais pas exactement comment c’est, mais c’est un triple écho, je crois, une espèce d’appareil à bande qui sert à faire un écho, delay ou reverb. Qui est un vieil appareil, je pense, qui a trente ou quarante ans, qui était utilisé dans le studio.. ce genre d’appareil a un mécanisme qui tourne, et du coup ça donnait une sorte de tempo, et c’est ça qu’on entend au début du morceau, on y a planté un micro pour qu’il nous donne le tempo pour faire cette prise. Et puis, on a joué en live, tout le groupe dans la même pièce, et du coup, ce morceau sort un peu du reste du disque. Grâce à ça, j’ai l’impression qu’il est enregistré d’une autre manière, on a cherché une autre esthétique.
Et aussi, le squelette, c’est vraiment un morceau de Louis qu’il avait écrit avec sa sensibilité propre, voilà.
En fait, c’est le seul morceau qui n’était pas vraiment arrangé. Dans le sens où il était écrit, mais on ne savait pas… on a pris les instruments qui étaient sur place, puis on s’est laissé porter par le décor, l’ambiance… on était sur une île en Norvège, il y avait du vent, l’océan, des oiseaux… Et donc, on a pris une journée pour faire ça. On n’avait aucune idée de la forme qu’il prendrait, c’est pour ça qu’il se démarque.
Jonathan, tu souhaitais ajouter quelque chose concernant le titre ?
Jona : Oui, juste brièvement sur les paroles. Ce sont des paroles qui résonnent en chacun de nous. Elles sont assez faciles à interpréter de multiples manières ; elles sont assez simples, je trouve. Mais elles ont aussi une résonance interne pour chacun, notamment pour Louis, mais aussi pour tous. C’est pourquoi c’est un titre phare pour le groupe.
C’était vraiment super. L’ambiance de l’enregistrement, comme tu l’as dit, avec la porte-fenêtre ouverte, a permis de capter tous les sons extérieurs.
Pourquoi avoir choisi la Norvège pour enregistrer cet album ?
Jona : En fait, ce n’est pas vraiment le pays qui a motivé notre choix. C’est surtout le studio. Je peux prendre la parole car j’ai vu des stories et des publications sur les réseaux sociaux. En voyant le studio, j’ai trouvé l’endroit incroyable. Je me suis dit : « C’est le genre de studio où on devrait aller un jour. » Au-delà de son équipement complet et de son matériel professionnel, l’emplacement est féérique. Nous en parlions depuis longtemps. Jusqu’ici, nous avions enregistré dans des studios de la région, ou même dans des endroits improvisés. Nous nous sommes dit qu’un jour, nous nous offririons un vrai studio, un endroit rêvé, tant sur le plan technique que sur le plan du lieu lui-même. Ocean Sound me trottait dans la tête. Quand nous avons commencé à discuter d’enregistrer dans un studio professionnel et d’aller dans un endroit qui nous fasse rêver, ce studio était pour moi quelque chose d’inaccessible. Mais une fois que nous en avons discuté, en comparant les coûts et notre envie de nous faire plaisir, cela est devenu le centre du débat. J’ai essayé de mener la réflexion, et nous avons finalement décidé d’enregistrer là-bas. Ce n’était donc pas forcément la Norvège, mais l’endroit lui-même, qui nous a attirés.
Pour synthétiser le processus : un jour, Luc a dit : « On pourrait aller là-bas pour rigoler. » Pourquoi pas ? On pensait que c’était impossible, mais j’ai creusé et j’ai trouvé que c’était possible. J’ai dit : « Faisons-le ! »
Ce qui nous a aussi séduits, c’est le voyage. Nous y sommes allés en voiture, avec le van, pendant une semaine. C’était magnifique. Nous étions tous ensemble, avec Valentin qui documentait tout. Nous avons fait une semaine de route, en nous arrêtant en Allemagne, en Espagne, au Danemark et en Norvège pour dormir, manger et discuter du disque. Nous avons donc eu une sorte de pré-session d’enregistrement, un véritable voyage entre amis.
En gros, le fait d’être monté en voiture jusqu’à notre lieu d’enregistrement et d’y avoir passé une semaine a créé un cadre idéal. Nous sommes arrivés non seulement prêts à enregistrer nos morceaux, mais aussi psychologiquement préparés. Pour nous, cette semaine passée ensemble avant d’entrer en studio a été une expérience humaine intense. Nous étions déjà très proches, mais ce voyage nous a encore plus soudés. C’était un rêve.
Nous étions une bande de potes, nous avions voyagé ensemble, nous réalisions un rêve. Avant même d’enregistrer, nous avions déjà gagné et réalisé notre meilleur disque jusqu’alors. La Norvège, de par son éloignement, nous a permis de vivre cette expérience humaine qui a profondément marqué l’enregistrement de l’album. Et le décor en lui-même…
Le récit que j’ai décrit un cadre digne du *Seigneur des Anneaux*. Vous aviez des décors et des paysages magnifiques. En Norvège, à cette période, les journées sont longues, il fait froid… Comment avez-vous vécu vos journées de composition, notamment avec le producteur ?
Jona : Nous étions assez haut en altitude, près du cercle polaire. Le soleil se couchait vers 23h-23h30 et se levait vers 1h ou 2h du matin. Il n’y avait jamais de nuit, il y avait toujours de la lumière.
Nous étions très disciplinés. Nous nous levions vers 9h, une partie d’entre nous allait se baigner dans l’océan devant le studio. Il faisait froid, environ 8-9 degrés. Après la baignade et un café, nous faisions un point sur notre état d’esprit, pour nous assurer que tout le monde allait bien et que nous pouvions travailler dans un cadre professionnel. Le fait qu’il fasse jour en permanence nous permettait de ne jamais nous arrêter. Nous mangions souvent vers 23h après plus de 12 heures de travail. C’était fou, nous étions en immersion totale. Le studio disposait d’un grand salon et d’une cuisine.
Nous aimons cuisiner, les repas étaient donc très importants, des moments de partage essentiels. Nous dormions également au studio, dans des chambres sur place. Nous étions en immersion totale. Nous étions sur une plage, sur une île de 400 ou 500 habitants, avec notre propre plage sur l’océan. C’était hyper inspirant.
J’en viens au titre de l’album, *Odd Love*. Je ne trouve pas de chanson du même nom. Pourquoi ce titre ? Que représente-t-il pour vous ?
Jona : Nous n’avons pas vécu dans un contexte social difficile. Nous sommes des jeunes Suisses, nous n’avons pas de contexte social particulier à revendiquer. Ce qui anime nos textes, c’est notre rapport au monde, à nous-mêmes et à notre place en tant que groupe. Nous continuons à faire de la musique alors que tous les voyants semblent au rouge. Cela n’a pas de sens, d’une certaine manière.
Le titre *Odd Love* illustre cet amour un peu paradoxal, voire « vache », que nous avons pour ce que nous faisons, cet amour qui nous anime et nous donne un but. Il y a plusieurs interprétations possibles, mais pour moi, il représente notre rapport à notre musique et à l’industrie musicale, à ses règles que nous suivons sans vraiment les respecter.
Le titre est aussi lié à la pochette de l’album, prise lors du *Midsummer*, la fête du solstice d’été. En Norvège, ils construisent un immense bûcher dans l’eau. Nous y sommes allés. C’était improbable. Les gens passent la journée à entretenir le feu, à boire… La photo a été prise au moment où la structure s’effondre. Il y a une certaine dramaturgie, mais en fait, c’est juste un type qui pisse sur un feu.
(Rires)
Je ne l’avais pas vu venir celle-là..
Jona: Ah non, c’est là que réside la puissance de la photo, tu vois. En fait, il y a ce grand feu, et cette personne dans cette position, se tenant la tête à deux mains, avec quelque chose de tragique. Et en fait, c’est juste un gamin de vingt ans, complètement bourré, qui a pété les plombs.
Excellent !
Jona : Et puis, Valentin, il avait sa caméra, forcément, on a fait des photos, et c’est en les triant le soir qu’il nous dit avoir pris cette photo. Quand il est revenu au studio et a fait un premier montage avec cette photo, j’ai cru que c’était un gag. Pendant des semaines, je n’y ai pas pensé. Puis, quand il est revenu avec cette maquette, j’étais là, “là !” Du coup, cette photo est autant absurde que tout le reste, et d’où notre envie de transmettre un message d’amour, tu vois. C’est ce qu’on essaie de faire avec ce groupe, même si on fait de la musique intense, même si nos shows peuvent sembler violents. Même sur scène, c’est quelque chose qu’on essaie de véhiculer, un message d’amour et tout ça. On voulait que ça soit présent dans le titre, et du coup, pour nous, c’est hyper pertinent d’avoir ce truc d’amour étrange face à ça. Ça explique ce groupe sur plein de manières : nos interactions, notre rapport à l’industrie, notre rapport à la manière dont on délivre cette musique, et tout ça.
Et les touches d’humour ! Parce que là, avec la couverture, je ne m’y attendais pas. Je voyais la silhouette, mais je n’avais pas creusé. Je voyais le feu, je la trouvais magnifique, et il y a cette histoire atypique derrière. C’est incroyable ! Bravo Valentin, il a fait du bon boulot.
Toute cette ambiance, tout l’enregistrement, vous avez travaillé avec Scott, et après vous êtes partis au mixage. Là, vous n’avez pas rigolé non plus, vous n’avez pas choisi n’importe qui.. Tom Dalgety, nommé aux Grammys. Racontez-moi pourquoi avoir choisi cette personne pour le mixage ?
Jona : Je vais faire une version synthétisée, après Luc tu peux rajouter des choses, tu prends le relais volontiers.
Ce qui est sûr, c’est qu’on a toujours produit nos disques nous-mêmes, et en 2019, quand on a sorti notre dernier disque, on a senti qu’on était arrivé à un plafond de ce qu’on pouvait faire tout seul. Donc ça faisait partie de ce processus où on a décidé de casser notre propre code, tu vois. Ce soit d’ailleurs dans la pochette : avant, on avait toujours travaillé des illustrations en noir et blanc. Là, tout d’un coup, il y a une photo en couleur. Pour la production de l’album, c’était la même chose : la volonté d’impliquer des gens de l’extérieur. Et puis, tant qu’à faire, comme tu dis, ça fait un petit coup qu’on fait de la musique, on s’est dit : tant qu’à faire, on se paie un méga studio, voyons ce que ça fait de se payer un mec nommé aux Grammys.
On s’est dit : qu’est-ce que ça fait si notre musique est mixée par quelqu’un qui a l’habitude de faire des disques qui se vendent ? Ça, on l’a jamais fait.
Et après, le choix de la personne… je pense que là Luc tu peux peut-être reprendre le relais.
Luc : Alors moi personnellement, je n’avais jamais entendu parler de ce mec. Après, quand on m’a donné les références de ce qu’il a mixé, les disques qu’il a touchés… ce ne sont pas forcément des groupes que j’écoute, mais je connaissais les références. Le choix est beaucoup venu des discussions avec notre management. Le challenge, c’est qu’on travaille avec une boîte en Suisse, Eyes A, une assez grosse boîte qui travaille avec de gros groupes. Eux aussi, il y avait déjà eu un premier mix fait par… Il faut savoir que Kevin et Louis sont des ingénieurs du son, avec de l’expérience et leur patte. Il y avait déjà eu des premiers jets de mix, surtout Kevin, et un peu avec la vision de Louis. On est arrivé à un résultat qui ressemblait beaucoup à tout ce qu’on avait fait jusqu’ici.
Puis, en discutant avec notre management, ils nous ont proposé Tom Dalgety, avec qui personne n’avait pensé travailler dans le groupe. Les premiers jets ont été très surprenants. Au début, j’étais hyper surpris. J’avais besoin de contexte pour comprendre où on allait et ce qui était bien. On a fait des discussions de groupe, des discussions avec le management qui ont recontextualisé plein de choses. Je n’avais pas du tout pensé, par exemple, à la manière dont on percevrait les disques pour la suite, là où on voulait l’amener, les ingrédients qu’il fallait… et aussi savoir l’écouter avec des oreilles différentes. C’était la première fois qu’on laissait le travail de mixage et de production à d’autres que nous-mêmes. Ça implique d’accepter leur vision. Avec ce contexte, ça m’a permis de l’écouter autrement, et de l’apprécier au final.
J’apprécie vraiment ce mix maintenant. J’entends toutes les choses différemment.
Nous avions tendance à essayer de mettre les guitares le plus fort possible, c’était un mix très violent, très frontal. Là, les guitares étaient spatialisées, la batterie était très grosse. Au début, je trouvais qu’elle manquait de naturel, mais ça la plaçait autrement, ça mettait en valeur la voix et les textes de Louis. Je pense que c’est la première fois, un des premiers disques de CoilGuns où on comprend les paroles sans les lire.
Ça donnait toute une autre dimension au truc.
Mais le choix de travailler avec Tom Dalgety venait directement de notre management, qui avait cette idée en tête.
J’ai également adoré les intros, je suis une fan d’intros !
Si vous aviez un mot pour décrire votre album, quel serait-il ? Comment définiriez-vous votre album ?
Jona : Bon, moi, c’est très simple : c’est nul et cliché, mais c’est dans le titre : l’Amour.
Ce disque… ce groupe prend tellement de place dans nos vies. Cet album est le résultat d’années de discussions sur où on voulait amener ce groupe, comment, qu’est-ce qu’on voulait comme expérience humaine… ça prend une telle place dans nos vies, c’est tellement beau, c’est un cadre tellement rassurant que pour moi, il représente vraiment l’amour. C’est le premier truc qui me vient à l’esprit quand je pense à ce disque.
Luc ?
Luc : Moi … je rejoins Jonah : l’amour, et aussi notre chemin. Je ne sais pas trop comment le présenter, mais je nous vois les quatre sur une petite route, se tenant la main, allant quelque part. Ce n’est pas une image merveilleuse, mais il y a un peu ça. Ça implique l’amour, l’amitié… le chemin, dans le sens de notre vie. Jona a raison, et cette direction existe au travers de notre camaraderie, de l’amour, de la manière dont on a développé ce groupe. En tant qu’artistes, musiciens, et personnes… ce groupe est ma famille, je m’y sens en sécurité. Je me sens apprécié et valorisé comme artiste, mais aussi comme être humain. Dans le chemin qui me reste à vivre, je me vois mal sans l’existence de ce groupe et de ces personnes.
C’est super beau votre sentiment, votre définition… ça le rend encore plus magique. Il y a toute sa densité, tout ce côté un peu enragé, stoner, punk, noise, mais il y a ce que vous voulez transmettre.
Je vous remercie énormément pour votre temps. Que souhaitez-vous apporter pour clôre l’interview ?
Jona : C’était super cette interview ! Je ne sais pas trop quoi rajouter. Remercier les gens qui veulent rentrer dans notre univers, et j’espère que les gens reçoivent ce qu’on essaie de donner, qu’ils passent au-delà de la musique. Qu’ils reçoivent cette dose d’énergie qu’on essaie de déployer. Mon rêve, c’est que ce ne soit pas juste des gens qui nous suivent parce qu’ils apprécient la musique… je ne sais pas comment dire… je ne sais pas ce que les gens vont ressentir, ces choses qu’on essaie de transmettre.
En gros.
Et merci pour ton temps aussi, évidemment.
Ça fait méga plaisir d’avoir quelqu’un d’aussi enthousiaste.
Merci beaucoup !
Luc ?
Luc : Je suis d’accord avec Jonah, je crois que c’est un peu ça le but. Merci de nous donner cette plateforme.
Et j’ai l’impression que notre public va au-delà de « j’aime bien cette chanson », ils creusent plus loin. Les commentaires des gens qui ont écouté ce disque résonnent beaucoup avec ce qu’on a envie de dire. On s’entend très bien avec les gens qui nous suivent et ceux qui nous découvrent. C’est cool, merci de relayer ça. On va être beaucoup en France l’année prochaine, il faut venir nous serrer la main, boire un verre avec nous, voir des concerts… soutenir tout ce qu’on aime, c’est important, ça fait vivre ces groupes. Beaucoup ont besoin de ce soutien, on le prend à bras ouverts.
Je suis d’accord et Vecteur est là pour ça !
Jona & Luc : Merci beaucoup !
Le groupe suisse Coilguns nous présente *Odd Love*, leur quatrième album studio et premier depuis la pandémie.
Sur ce registre n’importe quel titre fait preuve d’inventivité, de talent et d’écriture des musiciens. Un groove constat parsemé de mélodies accrocheuses et de passages instrumentaux aériens, le tout garni d’une sublime richesse instrumentale tranchant un noise rock hurlé, saturé.
*Odd Love* débute de façon étonnamment directe et simple pour Coilguns, avec le hardcore brûlant de « We Missed The Parade ». On s’y retrouve en fait : composer des chansons plus directes et rapides, alors que « Placeholders » nous gâte avec ses roulements de tambours et ses mélodies vocales créant un voyage imprévisible. « Generic Skincare » nous propose un rythme décalé et pressant, qui se décompose ensuite en un groove metal déformé jusqu’à la fin, tandis que « Black Chyme » possède par moments une étrange noirceur.
« Caravel », un de mes titres préférés, est de loin la chanson la plus accessible de Coilguns, et pas seulement sur *Odd Love*. Son chant excentrique, jusqu’au crescendo de piano élève la mélodie vers quelque chose d’exceptionnel.
« Venetian Blinds” nous offre une bonne dose de mélancolie dans les couplets, alors que « Featherweight » débute presque de façon ambiante, au rythme de guitares douces et réverbères, exposant une rage dévastatrice.
« The Wind To Wash The Pain » est purement énergique et surprenant, révélant toute l’atmosphère qui à entouré sa compo.
L’album se conclut sur une note puissante avec « Bunker Vaults », un hymne de hardcore progressif avec les rythmes de batterie et la façon dont l’instrumentation monte et descend.
*Odd Love* se compose de chansons dépassant rarement les quatre minutes, mais indéniablement accessibles et témoignant de ce que le groupe représente, le goût pour l’atypique et le underground. On ressent une évolution, mais aussi le passage de Scott Evans à la prod, de Tom Dalgety au mixage et masterisé par Robin Schmidt.
Ces 11 titres sont une réussite !
Coilguns est :
Luc Hess – Drums / Louis Jucker – Vocals / Jonathan Nido – Guitar, Backing Vocals / Kevin Galland – Bass, Backing Vocals
Clip : Images et Réalisation: Valentin Lurthy