Waking Nightmare ou La Noirceur de la Vie. Un album, une histoire ou les deux? Tous les liens y sont présents dans cet album qui est mon #1 cette année. Vous ne vous lasserez jamais de l’écouter, vous y découvrirez toujours quelque chose de nouveau. La puissance des riffs, des solos de guitare, de l’énergie du batteur, qui est tout simplement folle. Il ne faut pas oublier les différents tons de voix de Kevin Bordello, chanteur et frontman du band. Des growls aux mélodies, des voix graves aux plus aiguës, et ce, dans la même chanson. J’ai eu la chance de discuter avec Kevin Bordello, chanteur du groupe et maître de toutes ces voix!
Par Steve MORISSETTE
J’ai écouté votre dernier album qui sortira dans 2 semaines. Habituellement, je n’aime pas beaucoup les écouter en avance. Mais hier soir, en rentrant du travail, je me suis assis et j’ai écouté ça. L’intro est carrément un « j’aime ».
*On est des admirateurs de musique mélodique métal, mais c’est sûr que cette intro-là veut dire beaucoup pour nous, parce que ça donne le ton à l’album. Et tu sais, on en reparlera plus loin parce que tu vas sûrement avoir des questions par rapport à ça. Mais l’intro donne vraiment le ton ! Le plus personnalisé est donné à cet album. Tu sais, il y a quelque chose de triste et de révoltant dans l’album. Ce n’est pas pour rien qu’elle s’appelle Eternal Rest , il y a une histoire derrière cet album-là, mais tant mieux ! Je suis content que tu l’aimes.
Qui à fait la couverture hallucinante de l’album ?
*Merci de poser la question. Le couverture, dans le fond, c’est Frédérick Mouraux, notre guitariste. Fred est avec nous depuis 5 ans. Il est un artiste 3D qui travaille comme directeur artistique dans une grosse compagnie de jeux vidéo. C’est important pour nous autres de créer quelque chose qui vient de nous. « Bloodshed » est un album qu’on a sorti en 2017 ; il était plus organique, et les photos venaient d’amis et c’est nous qui avons fait le montage. Après Damnation, c’est encore Frédérick Mouraux qui a fait le dessin et il n’a vraiment plus fait aucun dessin à la main. Il est un artiste dans l’âme, mais il est crucial que cela vienne de nous. Nous voulions quelque chose de percutant et il est important de faire comprendre aux gens que ce n’est pas de l’intelligence artificielle. C’est le résultat de beaucoup de travail, parce que c’est un design 3D. Dans le fond, la pochette est une scène de notre vidéoclip de « Slayer Princess ». Je ne sais pas si tu as eu l’occasion de le voir, mais, si tu n’as pas eu l’occasion, je t’invite à aller le voir. « Slayer Princess » dans le fond c’est la matrice d’un jeu vidéo. En fait, on crée l’histoire et tu ne peux même pas savoir le nombre d’heures que Fred a mis dans la création. C’était le but de pouvoir y aller avec quelque chose de 3D, de puncher, où on peut aussi réutiliser le matériel à notre guise, car c’est notre création. Je suis content parce qu’on est vraiment content du résultat. C’est beaucoup d’heures de travail en arrière pour cette belle pochette-là. On est bien fier.
C’est vraiment super et je serais fier d’être à votre place vraiment. Où avez-vous enregistré l’album ?
*Dans le fond, on a enregistré avec Chris Donaldson. Christian Donaldson qui est le guitariste de Cryptosy. Producteur de musique de renommée mondiale, il a travaillé avec d’innombrables groupes, dont Shadow of Intent, avec des groupes américains, et avec une multitude d’autres groupes. Enfin, c’est le plus brûlant : nous avons cinq albums avec celui-là, qui vont bientôt sortir. Ensuite, les deux derniers albums, Damnation et Waking Nightmare , furent créés et enregistrés sur bande par Chris Donaldson. Une partie étant réalisée dans un studio montréalais, une autre dans la maison de campagne de Saint-Gabriel-de-Brandon, et le reste à Saint-Louis-de-Gonzague. Allez dans le sud chez Jeff, mon guitariste, parce que Jeff a des compétences en studio. En fait, Jeff s’est occupé d’enregistrer des instruments à cordes, tu sais, guitare, basse, puis, dans le fond, Chris, lui, a enregistré la batterie à Montréal. Il a enregistré mon vocal à Saint-Gabriel-de-Brandon dans son studio. Puis, il a fait le mix, le mastering de quand nous étions tous ensemble. Puis écoute, c’est un pro, c’est littéralement un pro. Il est reconnu mondialement pour ce qu’il fait dans le métal. On l’entend aussi dans chacune des chansons, il y a tout le temps quelque chose de différent. Il y a de la guitare acoustique à un moment donné.
Ton batteur doit être épuisé après ?
*Merci de le souligner, car il est certain que tu sais que la batterie est très authentique, c’est une vraie batterie, enregistrée par notre batteur. C’est une brute, pour de vrai, ceux qui viennent nous voir en spectacle le reconnaissent, c’est tout un musicien. Tu sais quand je suis embarqué dans le groupe, en 2015, j’avais été frappé par le talent de ce gars-là, puis c’est tout ce que j’attends d’un batteur.
Dans cet album, quel est le thème que vous avez mis en avant? Quelle est l’histoire des morceaux? D’où vous est venue l’idée de créer cet album? Comment écrivez-vous? Est-ce toi qui écris tous les textes?
*Je vais commencer par la méthode de composition. Les compositions sont majoritairement faites par JF, Jeff Roy, notre guitariste qui arrive vraiment avec la structure, la chanson est presque montée. Parce que, lui, il vit une émotion, qu’il transforme en musique. Il a toujours été comme ça, Jeff, une machine à création, une machine à riffs. C’est notre James, c’est notre… Jeff, c’est littéralement une machine. Tu sais que pendant la pandémie, il a composé vingt-quatre titres, ce qui fait que là on a eu du pain sur la planche. Moi, sur vingt-quatre morceaux j’en ai composé, j’ai aussi mis des paroles sur dix-neuf d’entre elles. Puis, nous avons fait la meilleure des sélections et ça a donné… C’est sûr que les gars, les musiciens contribuent aussi. Tu sais, je veux dire que Fred Mouraux va créer ses propres solos sur la musique. Sam va adapter son propre jeu de batterie. La basse va adapter sa propre ligne de basse. Par exemple, si on discute de certaines choses, on aimerait modifier la structure et aller vers cette tangente-là. Tu sais, dans ce groupe, il y a de l’ouverture, et nous en discutons ensemble. Je te dirais que c’est ça… La musique se compose en premier. Les paroles viennent par la suite, puis, quand je parle parole c’est mes paroles et les mélodies vocales. C’est moi qui m’occupe de ça à 100%, pas parce que je veux que ça soit chasse gardée, c’est juste comme ça dans le groupe. Par contre, des fois, les gars me disent que cela suscite en moi une telle émotion.
Est-ce que tu penses que c’est possible de parler du deuil de ma mère ? C’est aussi sur ça sur l’album, je vais en parler plus tard. Parfait, ça me donne une ligne directrice. Je dis oui, je vous reconnais à quelque chose. Puis, La manière dont je compose, c’est en symbiose avec la musique. Ça fait 10 ans que je suis avec Burning The Oppressor et puis, avec les idées de Jeff et les idées des gars, c’est complètement en symbiose. On a plus besoin de s’expliquer et de se parler. On m’a envoyé de quoi travailler, puis je sais exactement où m’aligner. Tu sais, je les connais.
Tout va bien. Ce que je veux dire… je n’ai pas de syndrome de la page blanche avec Burning. C’est comme toute inspiration : Jeff et moi allons lancer des idées aussi rapidement que je vais lancer des paroles. Puis une belle mélodie vocale, il va aller par-dessus ça. Ça se passe bien dans le processus créatif .
En effet, l’album aborde fréquemment la thématique de la souffrance humaine, du deuil et de la quête de sens dans une trajectoire de vie. Il a été composé dans des moments très obscurs de notre vie personnelle. Comme je disais, Jean-François a perdu sa mère de façon impromptue d’une maladie fulgurante. Lors de la création de l’album, la composition du début a fait en sorte qu’il a pu exprimer des émotions très fortes, qu’il a transposées en musique. C’est pourquoi il m’a demandé d’écrire des paroles qui auraient un sens avec Silence, parce que la musique, il l’avait composée pour sa mère. Dans “Silence”, c’est l’histoire du deuil de sa mère qui s’en va. Rapidement, je me suis approprié cette histoire à ma manière, puisque, quelques mois plus tard, j’ai perdu la mienne d’un cancer fulgurant. Cette souffrance s’est étalée sur un an et demi et j’ai vécu toutes sortes d’émotions, qui sont toujours présentes dans la composition de l’album. Alors je te dirais que toute l’émotion, toute la thématique de l’album ne sont pas arrivées par hasard : la première chanson s’intitule « Eternal Rest » et la dernière « The Void ». Comme ça, il y a toute une gamme d’émotions ainsi que de la rage et le désespoir. Ça vient de là beaucoup. Les gars aussi ont des expériences de vie pas faciles. Tu sais. Tout le monde vit des moments difficiles pendant la pandémie. De là, l’album est sombre, mais on fait du métal, on ne va pas gambader dans le bois en chantant des comptines, à moins qu’on ait un orchestre de power métal qui attaque un village de gnomes avec nos épées. Nos thèmes sont assez obscurs à la base. J’ai toujours aimé les thématiques en ce qui concerne l’ humain, la détresse humaine, la santé mentale, parce que c’est mon inspiration première, la santé mentale.
Justement, quand j’entends vos paroles, je me suis demandé l’histoire de l’album, car lorsque j’ai regardé les titres des chansons, j’ai remarqué qu’il était puissant, il vient nous chercher.
*Exact, tu es en plein dedans. On traduit par nos textes et notre musique cette espèce de souffrance humaine qui nous habite quelque part dans notre trajectoire de vie. Là, il y a des morceaux qui sont reliés au deuil, il y a des titres qui sont reliés à la dépression, au questionnement de la trajectoire de vie, de la rage qui peut nous habiter. J’essaie de laisser quand même toujours une espèce de note d’espoir, de positivité, parce que, tu sais, il faut s’en sortir. Ruminer du noir, c’est bien, mais, à un certain moment, on atteint le fond. Puis si tu ne te relèves pas et que tu n’essaies pas d’avancer, tu ne t’en sortiras pas. En fait, il y a toujours quelque chose à apprendre de toutes les expériences de vie, puis c’est comme ça que l’on a traduit dans Burning. La pochette a été inspirée d’une autre histoire, qui est “Amy Demers”. La pochette et la vidéo qui l’accompagnent, c’est plus une scène un peu apocalyptique, genre de l’enfer. C’est un peu plus ça, parce qu’Amy, une excellente amie du groupe et notre vendeuse de marchandises depuis plusieurs années, est impliquée. Durant la pandémie, elle a été affectée par le virus de la covid à un point tel qu’elle a été dans le coma, pendant, je pense, vingt-sept jours ou un mois en tout cas. Et 2 fois en réanimation, elle nous a dit qu’elle ne pensait pas la nuit. Elle aurait dû être morte. Quand elle s’est réveillée de ce coma, elle me racontait que ce qu’elle voyait en boucle. Elle était dans un cauchemar sans fin. Un cauchemar sans fin comme si elle était en enfer, et que le diable l’appelait. Elle était une source sans fin, et qu’elle allait lutter contre sa vie, littéralement pour finalement s’en sortir aujourd’hui sans presque aucune séquelle. Elle a subi une opération des poumons, et ce n’a pas été facile pour Amy. Ça nous a beaucoup inspiré la thématique de la mort. Naturellement, la thématique de l’album c’est moi, ma tête. Je me suis levé un matin et, sans savoir pourquoi, j’avais en tête ce thème, « Waking Nightmare ». C’était en lien avec la perte de ma mère. Je me suis réveillé puis je me suis dit: « on dirait que je ne le réalise pas qu’elle est partie et on dirait que c’est un cauchemar sans fin, un cauchemar éveillé qui se passe » et je me suis levé, je ne sais pas pourquoi je me suis levé de mon lit ce matin-là, mais j’avais ce terme-là en tête « Waking Nightmare ». Là, j’ai écrit ça aux autres, j’ai eu un flash. Je leur ai dit: « j’aimerais bien appeler l’album comme ça ». Les gars ont décidé : « C’est parfait, allons-y ! »
C’est vraiment ça. En fait, je t’ai expliqué effectivement comment l’on composait, je t’explique un petit peu la thématique de l’album, que c’est très introspectif, humain.
Ce sont vos émotions que vous mettez de l’avant?
*C’est tout à fait ça.
Quand on est en équipe, quand on est un groupe, on est une famille, on ne vit pas ensemble, mais nous ne sommes pas reliés ensemble par quelque chose ?
*Tout à fait, les boys c’est ma deuxième famille. Tu as tout à fait raison.
Dans « Slayer Princess », il y a des voix de filles en arrière-plan?
*C’est Amy. Dans « Slayer Princess », c’est comme une loi du talion. L’histoire c’est plus une histoire de vengeance. C’est une jeune fille qui a été victime d’abus dans sa vie. Un jour, elle se réveille et elle dit : « C’est assez ! Je me venge de mes persécuteurs. » Il est certain qu’on a toujours cela, même si c’est dans notre arrière-plan. Qui est quand même assez engagé contre la stigmatisation, contre les injustices, contre les persécuteurs. C’est un petit peu ça, c’est la loi du talion, c’est une notion sur la vengeance.
Puis, entre toi et moi, c’est un peu basé sur des faits réels. Je travaille dans la santé mentale, je rencontre la souffrance humaine tous les jours, puis je travaille avec des équipes de jeunes aussi. Tu sais que j’en connais, des gens qui vivent avec cette lourdeur. Et tu sais qu’il y a des gens qui vont malheureusement se retrouver dans cette situation. J’ai des histoires atroces de personnes qui ont vécu des trucs comme ça et dont la volonté serait que la loi du talion s’applique, c’est-à-dire qu’elles veulent se venger. Voici l’histoire de la chanson « Slayer Princess ». Puis la voix féminine c’est Amy qui parle. Elle parle de sa vengeance. On voulait une voix d’adolescente, puis j’ai demandé à Amy. C’était l’idée de Jean-François. Ce serait cool si, à cet endroit où il y a le gros riff, on avait l’impression d’entendre quelqu’un qui exprime sa souffrance, qui essaie d’expliquer le sens de la chanson.
J’ai oublié tantôt de te dire à propos du groupe, puis de l’album et de votre style de musique, vous faites encore des solos de guitare. Pour moi, ça a toujours été quelque chose le solo de guitare. Est-ce que ça doit faire partie d’une chanson pour vous?
*C’est important pour nous parce qu’on vient de la même école. Mes musiciens viennent de la même école que moi. Tu as un t-shirt de Megadeth et JF et Sam sont des fans de longue date de Megadeth. Moi j’étais un fan fini de Metallica, tu me demandais qui je voudrais rencontrer dans ma vie… Mais ça serait James Hetfield et Dave Grohl pour l’esprit rock. Tu as raison, c’est important pour nous autres d’avoir cette espèce d’échange de guitare là aussi parce qu’on a 2 solistes, tu sais, Jeff et Fred se relancent dans des solos de guitare et ils ont des styles différents. Tu sais, il y en a un qui est plus solo mathématique à la manière de la dame Mongrain, parce qu’il vient de cette école-là, tandis que Jeff est plus dans le mélodique death. C’est bien, il est plus dans dans le style de du charisme comme Arch Enemy. Jeff, il est plus old school mélodique, très mélodique. Tandis que l’autre est plus mathématique.
OK, la question, là c’est directement à toi, le chanteur. Est-ce que tu chantes tous les vocaux ou d’autres personnes font-ils des chœurs ou des harmonies avec toi ?
*Je fais tous les vocaux. Ça veut dire que toutes les voix growls, les highs, tout ça c’est moi. En spectacle, c’est un beau défi parce qu’il faut que je change rapidement. La seule place où tu vas entendre d’autres voix de fond, ce sont les endroits où on a placé un chœur. Dans certains bouts de chansons, comme dans « Slayer Princess » là dans le refrain le « HIGH » et même dans une autre chanson, il y a un « FIGHT » il y a une manque de place que ça vient peut-être un petit peu plus du monde hardcore parce que j’ai aussi un style, qui est influencé par le vieux hardcore, puis le punk des années quatre-vingt-dix. J’aime intégrer des éléments de gang vocal dans les places spécifiques pour que ça donne du corps. Il y en a à quelques endroits, mais, sinon, ce sont toutes mes variantes vocales. Effectivement, c’est du rock’n’roll. J’ai fait enregistrer des voix de soutien à Sam pour apporter de la profondeur à la chanson. Il a un registre vocal impressionnant qui lui permet de chanter des voix growl et des voix aiguës. Cependant, il ne pourrait pas maintenir ce rythme à long terme, car il joue un rôle de batteur assez complexe.
Je dois t’avouer que Suffocation est mon numéro un sur l’album.
*Personnellement, c’est mon coup de cœur. C’est la chanson qui sera mise de l’avant lors de la sortie de l’album. C’est celle-là qu’on met de l’avant pour que les gens puissent accrocher sur cet album-là. Il y a quelque chose qui vient me chercher en dedans de moi, cette chanson-là.
Moi aussi, ce l’est…
*Je suis heureux d’entendre que tu penses ainsi.
Il y a quelque chose lorsque Jeff a sorti cette chanson-là qui est arrivée. Il y a aussi le côté très mélodieux de l’introduction, avec la guitare, même avant, une espèce de petite guitare acoustique, qui évoque un peu un mariachi. Après, cela se transforme en un style de musique plus mélodique du genre « death ». Moi, ça vient me chercher dans mon plus profond, au fond de mes entrailles. Ça fait que la chanson lui rentre dans la tête. Elle a une histoire à dire elle aussi. Ça fait que j’adore cette chanson-là. Je te dirais que, personnellement, comme chanteur dans ce groupe, cette chanson-là vient me chercher.
Social Pressure, va-t-elle jouer en spectacle?
*Oui, on va le jouer en spectacle, mais « Social Pressure », j’aime vraiment beaucoup le côté trash qu’elle a. Ça, c’est une grosse influence du trash métal. Selon moi, elle va “pogner” aussi. On a des expériences avec des chansons un peu plus trash d’albums et ça a souvent été très positif comme réponse, alors « Social Pressure » risque d’être sur de prochains line-up, mais c’est sûr qu’on la joue le 19.
Ça a de l’air même, je dirais, quasiment une chanson qui est plus colérique. Que c’est
quelqu’un qui est dépressif et seul !
*Non, c’est ça : c’est une chanson qui dénonce vraiment la pression sociale. Les tensions politiques qui existent avec notre pays voisin sont toujours d’actualité. Tu sais l’illusion du « fake », le paraître, la TV, certains médias qui manipulent l’information. Enfin, c’est un peu ça. C’est une critique face à la société moderne dans laquelle on est. C’est pour ça qu’elle est d’un autre registre qui vient plus des origines de Burning the Oppressor. Malgré que ça amène des questionnements humains et que ça amène de la détresse humaine là.
D’où vient l’idée du titre « Lizards and Worms » ?
*Je ne sais pas. J’ai eu un flash, parce qu’à la base la chanson m’évoque davantage, tu sais, encore une fois, une haine accumulée. Une haine accumulée dans un environnement déshumanisant, un monde de requins, de lézards, de vers visqueux : tu sais, c’était un peu un parallèle quand on dit de quelqu’un qu’il est un serpent, un lézard, un visqueux. Mais, en réalité, cette réflexion, c’est une lutte entre le désespoir et l’espoir, c’est l’acceptation, c’est un appel à la transformation, puis une acceptation du passé pour reconstruire sur des bases plus solides. Par la suite, dans cet environnement impitoyable où des requins rôdent, il faut faire attention à ces lézards et à ces vers de terre qui tentent de se faufiler un peu partout. Je trouvais que ça sonnait bien.
Que peux-tu me dire de « Silence »? Nous voilà à la fin de l’album.
*C’est ça pas pour rien que c’est une chanson de fin de course. C’est littéralement un hommage aux personnes chères qui nous ont quittés. Jeff me disait que, dans ses derniers moments, sa mère avait un regard où elle était comme paralysée, elle ne pouvait pas parler. C’était un regard de désespoir, et il n’y avait pas de mots qui pouvaient sortir. Ça se lisait sur son visage par l’émotion. Elle ne pouvait pas parler. C’est pour ça que, dans cette chanson, j’ai « desperate eyes », des yeux désespérés, c’est pour ça le silence. C’est une chanson vraiment de fin de course, quand on s’en va vers la fin, vers la mort, après une souffrance intense. Puis il y a un désir de retrouver la paix là-dedans aussi. Il y a un désir de cheminer vers un deuil afin de retrouver la paix, et une notion de protection. Le fait que ces personnes-là que nous aimons s’en vont et ces personnes-là vont être dans notre cœur. On sait qu’ils vont nous dire: » On va te protéger ». Quand je disais à ma mère, quand elle est partie « protège tes petits-enfants, protège-nous, protège papa, protège ma sœur ». C’est un peu ça, même dans la chanson, la voix de sorcière que je fais à la fin, un peu plus black métal, sorcière, c’est comme si je prenais la parole de cette entité qui dit : « tu sais, ce n’est pas de ta faute, mon gars, je vais être là pour te protéger ». C’est une chanson qui est très poignante pour nous. Personnellement, moi puis JF, c’est une tonne de fins de course.
« Silence” est une des chansons de l’album qui m’a touché. Comment l’avez-vous bâtie?
*Merci. On ne se qualifie pas comme un groupe de progressif, loin de là, mais on essaie de varier nos structures pour pas que ça soit trop redondant. Dans le passé, on a déjà fait des chansons plus longues et des fois on perd le public. Je suis content de savoir que tu étais captivé quand même malgré la longueur. On essaie de ne pas faire de chansons trop longues, mais tu sais, c’est le métal : on a beaucoup de choses à dire, autant musicalement parlant qu’au sens littéraire. Tant mieux, car on ne pouvait pas faire plus court avec ce style de chansons là.
« The Void »… C’est?
Ça, c’est le vide. Toute cette émotion qui nous entoure, surtout quand tu es collé dessus. Un moment donné ton deuil fait son bout de chemin. Le « Void », c’est réaliser que ça laisse un vide, tout ça. Puis, il faut ensuite se reconstruire. À la base, à la fin, on devait l’appeler « The Death », mais on trouvait qu’on voulait laisser ça sur une autre note que juste la mort. C’est parce qu’après la mort c’est quoi? Il y a un vide qui se fait et ensuite tu chemines à travers ça, la vie continue après. Comme tu vois, l’intro et la fin ont un lien. Ils n’ont pas été composés en même temps, mais dans le même vibe.
Puis est-ce que ça pourrait amener vers un autre album, une autre histoire d’album? Tu sais après le vide?
*C’est une bonne question. Je ne sais pas quelle tangente on va prendre. Comme dit tantôt, au début de l’entrevue, ce qui nous drive, c’est vraiment l’émotion. Quand une émotion veut sortir, elle doit le faire. Elle prend ensuite la couleur qu’elle a. On ne pouvait pas dire : « Je te confie juste quelque chose : sur les 24 chansons que Jeff a composées, les autres ne se retrouveront pas sur un prochain album, c’est “scrap” ». C’est-à-dire que le prochain album, ça va être ce qu’on va vivre à ce moment-là. Par contre, c’est sûr que moi j’aime bien ça quand ça se tient et qu’il y a du concept et une suite logique.
Ça pourrait amener ces idées-là à évoluer vers une partie 2?
*Comme une partie 2, mais avec une émotion qui serait différente. Qui sera différente ou du moins animée parce qu’on vit dans nos enjeux personnels sociétaux.
Et après cet album-là, il va sûrement y avoir une tournée?
*On fait le festival d’été de Waterloo, qui est un super beau festival en plein air. C’est incroyable ce festival. On joue la soirée avec l’hommage à Rammstein qui est un hommage avec de la pyrotechnie. Ils sont organisés, les boys, c’est quelque chose de gros qui s’est monté. Sinon, on revient aux foufounes électriques cet automne, au mois d’octobre où on se fait offrir de faire le cabaret. On a accepté parce qu’on a toujours joué dans la grande salle. On n’avait jamais joué au cabaret, mais j’avais envie qu’on essaie. La scène est petite, mais il y a quelque chose d’intime là-dedans qui est vraiment cool. Puis il va en avoir d’autres, on veut s’exporter aussi. Notre compagnie est en France. M&O Music, Alex, il travaille fort pour pouvoir nous faire connaître là-bas. Notre objectif serait aussi d’aller faire une petite tournée là-bas, mais on est stratégique, on va essayer de déployer ça avec un festival. Alex est en train de faire les ramifications nécessaires. C’est important pour nous, car tu sais, le métal, c’est partout dans le monde. C’est international. Tu sais, là, on est une communauté francophone, j’ai des amis français. On a un label français, et je pense qu’il faut qu’on se tienne. Oui, on est séparé par un océan, mais il n’y a rien qui ne se fait pas dans la vie. Nous aimerions vraiment pouvoir aller le présenter en spectacle à nos cousins de France, puis c’est ce qui va arriver, j’en suis convaincu. Il faut juste qu’on ait le bon moment. C’est sûr que d’ici 2026, on va pouvoir être en sol français.
TRACK LIST :
1) Eternal rest
2) Slayer Princess
3) Animal
4) Explode
5) Suffocation
6) Two Faces
7) Exhausted
8) Social Pressure
9) Never
10) Lizards & Worms
11) Silence
12) The Void
Cet album, qui commence par une petite intro musicale, nous transporte tranquillement vers la future chanson à succès du groupe :”Slayer Princess.” Suivi de ces riffs rapides et violents, de la batterie qui est en feu et de la rage de Kevin dans le 3e titre:”Animal”. Pour le 4e titre, nous commençons par un riff de guitare (qui en passant est un vers d’oreille) qui suit de riffs pesant et explosif, tout comme son titre le dit:”Explode”. Pour ce qui est du 5e titre, mon préféré de l’album, “Suffocation”. Au début, on se croirait sur une plage venteuse avec la guitare acoustique en arrière-plan, qui est suivi d’un solo de guitare, pour se déballer vers le style de Burning The Oppressor, qui est la puissance heavy deathcore des 5 membres du groupe. Un amalgame de tout leur talent. Le 7e titre débute par ce gros riff du batteur sur sa pauvre batterie qui se fait démolir. Encore une fois, je lève mon chapeau à cet artiste de la batterie. Le 8e titre est souvent un sujet tabou de nos jours, mais que le groupe exprime bien avec “Social Pressure”. Le groupe est très impliqué dans ce domaine de la santé mentale et tout ce qui s’en attache. « Lizards & Worms » est un titre qui m’a fait rire, mais je me demande quel est son lien avec les autres chansons de l’album. Il semble parler des personnes qu’on surnomme « Snakes » ou « rats ». Après l’avant-dernier titre qui s’appelle “Silence” nous avons la fin de cet album avec “The Void, qui est instrumentale. Une conclusion qui suit bien l’histoire de cet album épique et aussi qui rejoint la première chanson instrumentale :”Eternal Rest”.
En terminant, je vous suggère d’écouter cet album, qui est très puissant musicalement et dans son écriture. Quand je dis que c’est mon TOP 1 de l’année, vous n’allez pas le regretter.
PLUS D’INFOS :
Album: Waking Nightmare
Sortie : 18 Avril 2025
Label: M&O Music
Promotion : M&O Office Agency
Production/ Mixage : Chris Donaldson
Line Up :
Voix: Kevin Bordello
Guitare: Frédérick Mouraux
Guitare: Jeff Roy
Basse: Vincent Benoit
Drums: Samuel Venne