Vecteur Magazine

Nu Delhi : Un Voyage Musical Époustouflant avec Bloodywood

Trois ans après la sortie de leur premier album *Rakshak*, Bloodywood a peaufiné son identité sonore et a su s’imposer comme un groupe de tournée international respecté. Leur récente apparition au festival Bloodstock a marqué une étape majeure, les propulsant au rang de premier groupe de métal indien à réussir dans les charts américains. Avec leur dernier album, « Nu Delhi », le groupe offre un mélange vibrant et chaotique, fidèle à l’esprit de la métropole qui leur est chère.

Le cœur du son de Bloodywood réside dans leur capacité à marier des styles variés, avec une interaction intense entre chant et rap, reflétant leur engagement envers l’échange culturel. Avec des collaborations inattendues, comme celle avec Babymetal sur le single « Bekhauf », l’énergie débordante et le message positif de leur musique continuent de séduire et d’inspirer. « Nu Delhi » est ainsi un exemple éclatant de leur audace musicale, prouvant que la fusion entre la musique traditionnelle indienne et le métal n’est pas seulement possible, mais résolument puissante. Bloodywood, avec son ADN culturel et son talent indéniable, redéfinit les codes et continue de bousculer les préjugés sur ce que peut être le métal moderne, et la rédaction à eu l’immense plaisir d’échanger à ce propos avec le fondateur, compositeur, producteur, guitariste du groupe, Karan Katiyar.

 

*Enchanté !

** : Également  !

*Ravie de vous rencontrer aujourd’hui, je viens de croiser Jayant et Raoul. 

Je me dois être honnête. J’ai entendu parler de votre groupe il y a environ un an, et j’étais surprise. Je n’aurais jamais imaginé, parce que la culture indienne et la musique indienne sont belles, mais je n’aurais jamais imaginé que  le mélange folk indien et nu metal serait si passionnant.

Quand est-ce que ce projet a commencé ?

** : En fait, la ligne est très floue en ce qui concerne le moment où cela a commencé, car plusieurs choses se sont passées, d’accord ? Nous ne savons pas exactement quand nous avons commencé en tant que groupe.

Si on remonte plus loin, on pourrait dire que lorsque j’ai enfin nommé ma chaîne YouTube, qui était à ses débuts Karan Katiyar, de Bloodywood, nous avons peut-être commencé à ce moment-là.. Ou lorsque j’ai rencontré Jayant pour la première fois. Ou même avant cela, lorsque je partageais juste, tu sais, des trucs humoristiques sur le métal Bollywood indien en ligne. Donc, nous ne savons pas vraiment quand. Mais en plus, ceci est une chronologie à l’envers, et pour te donner une réponse plus sûre, ce serait lorsque Raoul nous a rejoint en  2018. 

Mais la façon dont cela a réellement commencé, je suppose qu’il y a trois ou quatre ans d’histoire dessus..

*Je pense que ta réponse correspond avec tout l’éclectisme que vous représentez.

Tu sais, je ne sais plus où ai-je piqué une de vos phrases : « La diversité est un cadeau”, et vous le traduisez à travers votre musique.

Les débuts du projet étaient des covers, mais on à vu l’évolution créant une identité qui vous est propre, vous avez sorti un premier album en 2022, et aujourd’hui le deuxième est là..

Comment le vis-tu ? C’est un sacré parcours..

** : Oui, nous l’avons fait… et c’est comme si c’était hier..

* Vraiment ?

** : Oui, parce que peu de choses ont changé sur qui nous sommes. Je veux dire, oui, beaucoup de choses ont changé en ce qui concerne mes cheveux restants, j’ai quelques cheveux gris maintenant, mais ouais, la façon dont nous travaillons et la façon dont nos personnalités sont n’ont pas changé d’un iota, on est restés les mêmes.

Et sur le procédé, généralement, notre méthode de travail est que je travaille sur la musique entièrement, et ensuite j’appelle les gars pour commencer à travailler sur les voix et penser aux idées vocales et aider là-dessus aussi. Donc, notre processus n’a pas changé. Et nos objectifs non plus.

* Incroyable.

Une des choses que j’admire chez vous, c’est votre engagement. Vous vous prononcez sur de nombreuses questions sociales et politiques, et bien sûr, en tant que femme, je vous remercie pour « Dana-Dan », cette ode aux femmes.

Sur d’autres chansons, comme « Gaddaar », si je le prononce bien, vous dites : ‘nous n’avons pas besoin d’une arme’.. et c’est absolument vrai !

Vous montrez que les mots, les actions et les attitudes peuvent faire la différence.. 

Comment trouvez-vous cette force ? Parce que je veux dire, soyons clairs, je suis en France et je sais que parfois cela peut être difficile de s’exprimer, mais en Inde, cela doit être plus compliqué.. pourtant, vous ne lâchez rien ! 

** : Eh bien, tu sais, il y a un danger constant qui plane au-dessus de nos têtes..je ne vais pas le nier..

Pourquoi ? 

À cause de la situation actuelle dans le monde. Je ne parle pas spécifiquement en Inde. Tout peut arriver à n’importe quel moment..à cause des sujets que nous abordons ou de notre position politique..c’est toujours présent..

C’est quelque chose que nous gardons à l’esprit..on pourrait dire quelque chose qui risque d’énerver la mauvaise personne, et cette personne pourrait vouloir agir.. C’est possible. 

Mais je pense que le monde est un peu trop prudent en ce moment. Les artistes sont un peu trop prudents en ce moment.

Toi qui vis en France, je pense que tu sais que faire entendre ta voix est l’une des choses les plus importantes que tu puisses faire, non seulement pour toi, mais aussi pour les autres, pour les générations à venir. 

Mais je pense que le monde est un peu trop prudent en ce moment. Les artistes sont un peu trop prudents en ce moment.

Toi qui vis en France, je pense que tu sais que faire entendre ta voix est l’une des choses les plus importantes que tu puisses faire, non seulement pour toi, mais aussi pour les autres, pour les générations à venir. 

Mais également pour honorer les générations précédentes, car c’est uniquement parce qu’elles se sont exprimées qu’on est tous là aujourd’hui. 

Et si on ne le fait pas maintenant, nous savons que la génération qui suit va souffrir.

Pour moi, l’art est toujours une forme de protestation.

Certes, il y a de la protestation dans toutes les formes d’art et c’est à l’artiste d’assumer cette responsabilité. 

On ne peut pas toujours chanter sur les fêtes, sur la bière ou les drogues, ou peu importe.. 

Il y en a plus dans le monde que cela si on y réfléchit vraiment. 

Tant les politiciens que les artistes, ce sont deux professions où l’une des responsabilités est de rendre le monde meilleur, tu ne trouves pas ? 

Et nous, on essaye de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour y arriver.

* Je suis d’accord, merci beaucoup.. mais c’est flippant de savoir ce danger qui plane sur votre tête..

** : On à appris à vivre avec.

*Je l’ai ressenti jusque dans les tripes, chaque mot que tu viens de prononcer, tu me ramènes à des vécus..

‘It’s not a Flag’. J’adore le t-shirt que porte Raoul sur certaines photos.. Il est important de défendre notre pays, mais nous devons aussi vivre dans un meilleur endroit, et sans réel drapeau, sauf celui d’essayer de rendre le monde meilleur.. Merci beaucoup !

Une colère avoué à travers un voyage sonore

*Parlons du nouvel album. Un voyage sonore incroyable. 

Huit morceaux où vous parlez de sujets sérieux sans oublier le côté amusant. 

Et comment diable pourrions-nous imaginer qu’un jour, des gars feraient un morceau métal à propos de la bouffe (?) 

(Rires)

La cuisine indienne est une des meilleures au monde..

** : Tu veux dire la meilleure !

(Rires)

*C’est génial !

Tu es le fondateur de Bloodywood, mais aussi guitariste, compositeur, producteur.. c’est vrai que pas mal de détails ont évolué.. j’entends ‘une évolution sur le son, hors, l’album précédent était déjà bien poussé, mais qu’as tu voulu apporter de différent avec ‘Nu Delhi’, au niveau du son ?

** : Et bien je dirais que cet album est bien plus en colère que le dernier..il y a vraiment beaucoup de colère dans celui-ci.. 

C’est pourquoi on n’entend pas de flûte dans cet album, car la flûte est un instrument qui exprime, je dirais, des choses plus émotionnelles, qui sont, qui donne une ambiance plus positive, une ambiance de guérison. 

Ce n’est pas ce dont parle cet album, sauf pour une chanson, « Kismat », dont je t’en parlerai plus tard.

Mais oui, c’est un album plus rageux.

Ça sonne mieux parce que nous avons amélioré la production et j’ai appris beaucoup de techniques de mixage, j’ai passé beaucoup de temps à mixer cet album, donc il va certainement mieux donner.

À part ça, je laisserais les auditeurs me dire ce qu’ils en pensent de cet album, car nous ne savons vraiment pas encore.

*Je dois te dire que c’est une véritable destination.

** : Ah Oui ? Merci.

Huit morceaux, je ne peux en choisir un préféré, chacun est un boom d’énergie.

J’adore Halla Bol ». Ça nous met immédiatement dans le bain.

Ensuite, nous avons « Hutt », cet hymne de positivité…c’est un album où l’énergie ne redescend jamais ! C’est comme vos clips, on les regarde et on à la tête qui tourne et qui tourne..

(Rires ) 

Revenons sur « Halla Bol » qui aborde, si j’ai bien compris, un sujet politique (?) explique moi car je n’ai pas tout compris..

** :  Alors, ce morceau parle d’une partie de l’histoire indienne qu’on essaie d’étouffer.. 

Les gens font tout pour ne pas en parler et de l’effacer de l’histoire. 

C’est à propos de notre passé colonial..

Tu sais, il y a eu cinq grandes civilisations qui ont envahi l’Inde. Mais la chanson parle du peuple indien qui a fait preuve d’une grande résilience, qui n’a pas cédé et qui a choisi le chemin de la non-violence. 

Et étant donné que nous sommes encore une très jeune nation, nous avons juste 75 ans, on s’en sort pas mal, et il y a un élément de résilience chez notre peuple qui, peu importe à quel point on peut nous enfoncer, nous trouverons toujours un moyen de survivre et continuer sans faire trop de bruit à ce sujet, tu comprends ? 

Ce qui s’est passé on doit l’accepter, c’est le passé, on n’y peut rien aujourd’hui. Mais je pense que le monde doit au moins prendre connaissance des faits tu comprends ?

35 millions d’Indiens sont morts durant la Seconde Guerre mondiale et la guerre n’est même jamais venue en Inde.

Donc, il y a beaucoup d’histoire là-dedans qui est très secrète, qu’on ne doit pas aborder, et le but de cette chanson est justement de l’exposer.

C’est plus à propos de la résilience et du fait que nous ne sommes pas devenus une nation dévastée par la guerre après ça, tu vois, ce qui aurait très bien pu être le cas..mais une fois que nous avons eu notre indépendance, nous ne sommes pas le meilleur endroit au monde, mais nous travaillons chaque jour pour être meilleurs.

* Je comprends mieux pourquoi tu me parlais d’un disque “plus en colère”..

« Hutt », si je comprends bien, signifie faire face à l’adversité, un morceau bien énergisant..

** : « Hutt » parle, de manière très directe, si je peux dire, ça parle de ne pas se laisser faire.. de ne pas croire en vos détracteurs vous savez ?

C’est à propos de ne pas laisser les mots négatifs de quelqu’un qui est juste misérable en essayant de vous rabaisser. 

On à déjà tous fait l’expérience avec une ou plusieurs personnes qui ne cessent de dire, que ‘vous êtes nul ou que vous n’êtes pas à la hauteur’ ou ceci ou cela.. C’est un moyen d’encourager les gens de ne pas laisser ces mots les affecter.

La traduction de « Hutt », du mot, la manière dont nous l’utilisons en hindi, signifie “dégage de ma vue”, ‘F*** off !” 

C’est ce que signifie le mot.

Donc, c’est à propos de faire taire vos détracteurs en vivant votre meilleure vie et, en faisant tout ce que vous pouvez pour être meilleur et avancer.

* J’ai un nouveau mot ! Celui-ci je ne l’oublierai pas ! 

(Rires)

** : Top.

Comme un battement de Cœur

Un autre morceau que j’adore est « Dhadak ». J’aimerais souligner la touche rap qui enveloppe votre son, c’est vraiment étonnant. Vous avez cette belle combinaison d’instruments : une guitare, une basse, un dhol, et parfois même une flûte. Puis, il y a cette transition vers le rap, vous savez, avec Raoul, et j’essaie de me rappeler le nom de l’autre artiste.

Ce duo est tout simplement parfait. Leur alchimie est palpable. Avec tout ce que vous proposez, chaque élément est en parfaite harmonie. J’éprouve une véritable sensation d’amitié et de fraternité en écoutant votre musique. 

On peut vraiment le ressentir. C’est puissant et magnifique.

** : Je suis vraiment reconnaissant pour tes mots. 

*C’est mon ressenti.. il y a cette phrase, « float like a butterfly, sting like a motherfuckin’ », plusieurs fois..cette chanson à tellement d’énergie. De quoi parle cette chanson ?

** : Cette chanson est particulière en effet.

« Dhadak » signifie le battement de cœur. 

Si vous écoutez votre cœur, vous entendez ce son, « dhadak, dhadak, dhadak ». C’est ce que cela veut dire. Et nous l’appelons « Dhadak » en hindi.

Donc, ça parle essentiellement de rester en mouvement..c’est un peu difficile à expliquer, mais si je peux formuler cela de manière très directe, c’est à propos de se maintenir dans un état constant de mouvement vers une meilleure version de soi-même, sans vraiment s’arrêter..

*Oui, de ne pas se reposer sur ses acquis, ou croire tout savoir..

** : En effet. Surtout lorsqu’on est déjà sur la bonne voie. Certaines personnes font cela, et c’est ok..parfois, il est bon de faire une pause. Mais il est également important de chercher à s’améliorer, de prendre du recul, de se remettre en question et continuer d’apprendre.

* Parfait , et pour moi, encore un mot appris.

On est tous fans de BABYMETAL

Collaborer avec Babymetal, – et j’ai vu que vous partez en tournée, mais je parlerai de cela plus tard- Comment êtes-vous arrivés à cette “explosion” trilingue ? 

** : Nous avons joué au Japon plusieurs fois. La première fois que nous avons joué là-bas c’était en 2022 au Fuji Rock. Ensuite, nous y sommes retournés pour une tournée dans trois villes japonaises, qui étaient heureusement à guichets fermés et nous avons été très surpris d’ailleurs. 

Et à ce moment-là, en jouant dans ces trois villes en 2023, le promoteur du concert à Tokyo est venu me voir et a dit, « Hé, vous savez quoi ? Des gars qui bossent avec Babymetal arrivent. »

Et j’étais “d’accord, mais qui ?” Il dit, “je ne sais pas, quelqu’un de leur label”

Je me suis dit “D’accord, cool. Pas de pression”.. car je suis un grand fan de ce groupe.

Et juste avant le spectacle, je m’aperçois que c’était Kobametal, leur producteur principal.

Il est venu avec beaucoup de cadeaux pour nous.. Franchement, j’étais dans un état de stupéfaction, mais j’essayais aussi de ne pas trop faire le fanboy.

On à discuté, on avait un traducteur, de musique, de tournées, de ce sur quoi nous travaillons. Et puis très discrètement, je lui ai dit : “vous savez, ce serait bien de travailler ensemble” 

À quoi il a simplement souri. Il a juste souri, et je ne savais pas ce que cela voulait dire !

*Oh la pression..

(Rires)

** : Mais oui..et ça me travaillait tout le temps lorsque je suis rentré chez moi et que j’ai commencé à travailler sur le deuxième album. 

Je n’avais aucun moyen de communication avec lui. Et tu sais, ce qui est fou, c’est que j’ai écrit cette chanson..j’ai écrit « Bekhauf » dans son intégralité sans les voix et je l’ai écrite dans le but d’avoir une collaboration avec Babymetal dessus un jour.

J’imaginais juste que si cette chanson avait une collaboration avec Babymetal, à quoi cela ressemblerait ? Qu’est-ce que je ferais ensuite ? Quelle direction prendrais-je ? 

Tu sais quoi ? Le jour où j’ai terminé de l’écrire, le lendemain, j’ai reçu un message de Kobametal disant, “vous savez, ce serait bien de travailler sur quelque chose ensemble.”

C’est incroyable, mais ça s’est produit !

*Non.. ! Vraiment trop cool !

Et bien, j’adore le refrain kawaii, et le tout qui s’assemble à merveille. Je trouve que les deux identités s’accordent.

 

Après, en réfléchissant, j’adore , « Daggebaaz« . 

Et  juste avant, tu l’as mentionné tout à l’heure, « Kismat », qui je pense signifie destin. 

** : C’est ma chanson préférée de l’album..

* Oh, vraiment ? Raconte-moi..

** : « Kismat » est une chanson très spéciale pour moi.. c’est une ode à ces enfants qui ont dû grandir plus vite…À cause, des situations que la vie leur impose. Tu sais, ce que je ressens c’est que c’est plus courant qu’on ne le pense. 

Une enfance normale qui n’est pas vraiment normale. 

C’est très rare de trouver quelqu’un qui a eu une enfance normale. La plupart des gens, quand ils sont enfants, se retrouvent dans une situation où ils doivent prendre des responsabilités qu’ils ne devraient pas avoir en tant qu’enfants, tu vois où je veux en venir ? 

..peut-être que l’enfant doit prendre soin de quelqu’un, peut-être qu’il doit fuir son foyer, ou simplement faire quelque chose qu’il n’est pas censé faire à un très jeune âge..

Donc, c’est une chanson pour eux parce que je pense qu’ils n’ont pas du tout été évoqués.

Je peux voir que toi même tu es concerné.. Je le vois à ton regard, et nous sommes nombreux. Crois-moi. 

Tout le monde, ou presque, a au moins dû, parmi notre population commune actuelle, grandir beaucoup plus vite et, tu sais, prendre soin de choses qu’on ne devrait pas. 

J’estime que les enfants devraient simplement être laissés à jouer, à vivre leur enfance..

*Ah mais je suis entièrement d’accord avec toi, et Oui t’as vu juste en ce qui me concerne..

Et il se peut, que certains d’entre nous qui l’avons vécu, en grandissant, nous ne parvenons pas, ou plus à trouver l’enfant intérieur, celui dont nous avons tous besoin..et d’autres craquent et l’enfant intérieur se manifeste de manière que personne ne comprend.

** : C’est très vrai. Eh bien, merci. Je suis heureux que nous ayons parlé de cette chanson, mais je serais encore plus heureux si ça pouvait apporter du réconfort.

** : Sur  « Daggebaaz » , déjà d’une, j’adore la façon dont vous intégrez la culture dans votre musique, c’est tellement immersif..mais il y a quelque chose en plus, la touche folk indienne est très présente, et ses blast beats combinés d’un breakdown à la toute fin et tout.. c’est un sacré coup de poing !

** : « Dagabaaz » est probablement la chanson la plus en colère. Il y a beaucoup de colère dans cette chanson, et en gros, c’est dirigée contre les influences modernes sur la vie. 

Ce qui se passe, c’est que j’ai remarqué cela—et depuis un moment—que nos standards de beauté et nos standards de santé sont très biaisés. Ils sont très erronés en ce moment.

Parce qu’une personne avec un corps parfait ou un visage parfait sur votre téléphone vous dit que vous devez prendre ces suppléments et ceci et cela, ne pas manger assez pour avoir l’air comme eux…et les gens finissent par se blesser davantage, tu vois, ça me dépasse.

Et je vais te donner un exemple. T’as vu le premier Spiderman, celui avec Tobey Maguire ?

*Ah oui oui !

** : Tu te rappelles de la scène où il est mordu par l’araignée ? Ensuite, il rentre chez lui et il s’endort. Il est comme dans un état de confusion. Au réveil, il n’a plus besoin de ses lunettes parce que sa vision est parfaite. Ensuite, il se regarde dans le miroir, et il se voit avec des muscles et tout, tu t’en souviens ?

J’étais enfant quand je l’ai regardé, et je m’en souviens d’avoir pensé, « Wow, ce gars a un super corps. » Mais si ,on le regarde maintenant, dans la même scène, on va penser qu’il est maigre. 

Ce n’est pas un bon raisonnement.

Notre perception du corps parfait ou de la façon dont nous sommes censés apparaître, de la beauté, de l’attraction, est tellement déformée à cause de ces personnes sur nos téléphones, sur internet, qui mettent, comme, je ne sais pas, mettent n’importe quoi dans leur corps pour avoir l’air parfait. Mais.. je ne sais. 

Je ressens que les gens se soumettent à beaucoup de choses qu’elles ne devraient pas… C’est fou. 

Donc, la chanson est essentiellement un… c’est un « fuck you » à ces influenceurs. C’est à propos de ça, et de rester fidèle à soi-même.

À table !

* Et ensuite, nous arrivons à “Tadka”, qui donne toujours faim !

(Rires)

*”Tu sais quoi ? J’ai absolument adoré la vidéo, notamment la scène où la maman entre. À ce moment-là, vous êtes tous là à dire, « D’accord, restons calmes. » Elle entre avec tant d’énergie, et ensuite, tout s’emballe avec la bataille qui s’ensuit. À la fin, c’est Jayant  qui se régale de toute la nourriture pendant que vous vous battez. À ce moment-là, je me suis dit que c’était comme si vous aviez capturé l’essence même de ce que Bloodywood peut être dans cette vidéo et cette chanson. 

Dis-moi, comment cela s’est-il passé ? Un jour, vous étiez assis à une table en pensant, « Faisons une chanson sur la nourriture » (?) Quel a été le déclencheur ?

 ** : Très exactement comme ça !

Donc, le truc, c’est que, chaque fois que nous sommes ensemble ou que nous travaillons sur de la musique, la nourriture est toujours impliquée tu vois. Et notre appréciation pour la nourriture est juste hors du commun..tu sais, nous, on aimons manger… 

* Ah mais comme je te comprends ! C’est la vie !

(Rires) 

** : Oui ! Et j’avais écrit l’intro de la chanson et le premier riff, et, l’intro sonne comme si une guerre allait commencer, et ensuite le premier riff est très groove. Donc, nous ne pouvions tout simplement pas déterminer de quoi allait parler cette chanson au départ..et je me souviens qu’on mangeait un peu de nourriture du Moyen-Orient à ce moment-là, juste absolument exceptionnel, d’un endroit appelé Mezzal je crois, et nous passions commande constamment de là-bas. Et une discussion juste de combien nous aimions la nourriture et combien nous aimions le processus de discuter tout en mangeant que ce sujet est juste tombé sur le tapis. J’ai demandé, « Et si nous en faisions une chanson sur la nourriture, les gars ? »

Si nous pouvons avoir des chansons sur la bière ou sur les drogues ou toutes ces choses-là, pourquoi pas une sur la nourriture ? 

Chaque personne sur cette planète a besoin de nourriture, n’est-ce pas ?

De plus, euh, venant de la culture dont nous sommes issus, la nourriture est une affaire de famille et d’amis. Il y a toujours de la nourriture quand on est ensemble. Même lorsque nous sommes en tournée, nous faisons en sorte de manger ensemble. 

Et quand nous allons aux États-Unis, tout le monde se demande : « Pourquoi devez-vous toujours manger ensemble ? Mangez juste quand vous avez le temps. » 

Et nous, ça nous dérange…C’est bizarre tu vois… si je suis assis devant toi et que je mange quelque chose, je vais me sentir très mal à l’aise, parce que pour moi, on devrait manger ensemble. »

C’est juste non ?

* Oui, le sens du partage..

 ** : Voilà ! Et c’est lié à la nourriture. Donc, bien que la chanson pointe peut-être vers la nourriture indienne, notre amour pour la nourriture indienne, elle parle de la façon dont la nourriture rassemble les gens. C’est la chose la plus communautaire qui soit.

Vous êtes assis ensemble et vous mangez. Vous parlez de la vie en mangeant, de votre journée..

C’est une chose qui vous unit. Même parmi les couples mariés où les deux travaillent, le seul moment qu’ils passent ensemble, c’est quand ils mangent, n’est-ce pas ? J’espère…Quand ils s’assoient ensemble et qu’ils parlent de leur journée tout en mangeant.

Lorsque les familles se réunissent, la première chose—l’événement marquant—c’est de manger ensemble, n’est-ce pas ? C’est une occasion si importante. Cela rassemble tout le monde.

Et j’étais un peu surpris de savoir que personne n’en avait vraiment écrit sur le sujet avant. Donc, les paroles, si vous les parcourez, parlent de la façon dont la nourriture indienne est géniale, mais elles parlent aussi du processus de manger et de partager et, de la manière dont c’est quelque chose qui nous rend encore humains, de s’asseoir ensemble et manger depuis des temps préhistoriques jusqu’à aujourd’hui, c’est de ça que parle la chanson.

* Je vois, parce que pour moi, m’asseoir à une table avec ma famille, avec des amis, c’est sacré.

** : Oui, c’est vrai.

Pour moi, pour nous, c’est ainsi qu’on perçoit le partage de nourriture.

L'Inde et sa Beauté caché

* Passons au titre de l’album, c’est assez cinématographique. 

Et, je pense que je ne me suis jamais senti aussi inspiré par l’Inde depuis que j’ai vu cette chanson, du moins que je m’en souvienne.

Parce que je dois être honnête, on peut regarder des documentaires sur le tourisme, mais pas regarder les infos, parce qu’on aura une mauvaise idée, comme dans n’importe quel pays d’ailleurs..

Tu sais, j’ai grandi au Portugal, et j’ai beaucoup appris sur l’histoire de l’Inde à l’école, sa beauté, mais également à quel point était l’impact colonial. Nous devons le dire parce que c’est la vérité.

Depuis quelques années j’ai une vision qui est totalement différente, et, je le redis, je vois l’Inde d’une autre manière grâce à votre musique, donc, merci.

**: Vraiment ? Merci !

Merci de dire cela parce qu’une de nos missions avec cet album est de peindre une image plus réelle de l’Inde plutôt que ce que vous pourriez voir aux infos ou sur votre téléphone, car c’est encore très unidimensionnel.

Les gens ont tendance à partager ces choses qui leur donnent le plus de likes en ligne et qui sont les plus controversées. Et malheureusement, c’est un énorme désavantage pour une nation très grande avec beaucoup de beauté à offrir. 

Il y a aussi beaucoup d’obscurité. Je ne peux pas le nier, du tout. Nous avons des choses très mauvaises, mais nous avons aussi beaucoup de bonnes choses aussi. 

Donc, j’espère qu’avec cet album, nous pourrons amener les gens à une position où au moins certaines personnes pourront obtenir une brève compréhension de l’Inde.

Même New Delhi elle-même ne dit pas que c’est la meilleure ville du monde, et notre chanson, tu vois, elle parle de la façon dont la ville peut vous dévorer et vous rejeter avant même que vous ne vous en rendiez compte, parce que c’est un endroit dangereux. Mais c’est aussi un endroit qui peut réaliser vos rêves les plus fous.

Donc, nous essayons d’être aussi honnêtes que possible. Et je ressens qu’en ce moment, l’image de l’Inde est très biaisée dans une direction particulière. 

Nous devons trouver un terrain d’entente pour avoir une image très juste du monde, parce que c’est ce qui ne va pas avec le monde en ce moment. Tout est beaucoup trop biaisé, et nous ne comprenons pas vraiment ce qui se passe.

* Merci beaucoup. 

Une autre chose qui transparaît chez vous, c’est cette image positive de vous, et dont vous préférez rester discrets. Je parle des mouvements caritatifs, de vos valeurs et vos engagements aussi..

Lorsque vous avez du temps libre, vous faites du travail bénévole. Vous essayez d’aider les gens, de les aider à prendre soin de leur santé mentale.. j’ai vu également quelque chose à propos du bien-être animal..

Peux-tu me parler de cet aspect de vos vies ?

**: Il y a des ONG locales, des organisations non gouvernementales, des refuges pour les animaux locaux, et ça se passe dans la région où je vis, qui est la région de la capitale nationale (NCR). 

Il y a beaucoup, beaucoup d’animaux errants.. Et même s’ils sont pris en charge lentement grâce à la stérilisation pour qu’ils ne se reproduisent pas et ne submergent pas les rues, le problème, c’est qu’ils sont toujours là, et il y a très peu de choses que le gouvernement peut faire à ce sujet.

Donc, ces ONG sont des personnes très motivées pour le bien-être animal. Ce qu’elles font, c’est qu’elles achètent un terrain et s’occupent de tout, vous savez, les accidents locaux ou les cas d’abandon d’animaux. Il y a une de ces ONG—c’est la Paws Foundation, qui est très proche de chez moi.

Ce que nous avons fait pour eux, c’est que nous leur avons acheté une camionnette, qui est une ambulance pour animaux, parce que la précédente était tombée en panne. 

Donc, grâce à la tournée que nous avons faite en 2019, l’argent que nous avons économisé, nous leur avons acheté une camionnette qu’ils utilisent encore aujourd’hui.

Aussi, nous avons fait fabriquer cent chenils pour les animaux sans abri à une section de la Paws Foundation, mais nous n’en parlons plus parce que, tu sais, il y a un proverbe en hindi qui dit « Nekikar koi medall », fais quelque chose de bien et ne le t’en vante pas. 

Donc, nous préférons maintenant garder le silence à ce sujet. 

*Je peux le ressentir, et ce n’est pas de la vantise, mais pour faire comprendre à tout le monde que nous pouvons tous faire une différence.

**: C’est bien vrai.

* Encore une fois, merci pour votre générosité… 

** :  Merci. Merci beaucoup. 

*Vous êtes en tournée européenne actuellement, ensuite une tournée américaine aux côtés de Babymetal. 

Avez-vous d’autres projets ? Peux-tu m’en dire plus ?

 **: Tout est en cours de planification en ce moment. Donc, rien n’est solidement fixé, mais je crois que nous ferons des festivals en Europe et, espérons-le, dans le reste du monde.

* Aimerais tu ajouter quelque chose de plus à cette interview, quelque chose dont nous n’avons pas parlé ?

**: Je pense que nous avons tout couvert.

Je veux dire, c’était un tour par tour, donc je pense que nous sommes bons, ouais. C’était une excellente interview, vraiment.

* Vraiment ? Merci ! 

 

 

 

 Track List :

Halla Bol

Hutt

Dhadak

Bekhauf (Featuring Babymetal)

Kismat

Daggebaaz

Tadka

Nu Delhi

 

Notre Avis :

Cette nouvelle œuvre transcende les frontières du genre, rendant hommage à leurs influences nu metal tout en intégrant une palette sonore élargie. Les riffs puissants s’entrelacent avec des éléments folkloriques indiens qui enrichissent leur musique d’une profondeur unique. Des titres comme « Halla Bol » et « Dhadak » illustrent cette fusion audacieuse, conjuguant des rythmes métaux à des instruments traditionnels tels que le dhol, flûtes et cuivres, créant une expérience sonore exaltante.

Bloodywood est un groupe audacieux qui se distingue par son habileté à fusionner le métal et la musique folk indienne, brisant ainsi les barrières sonores et culturelles. Leur dernier album est un véritable voyage, où chaque titre explore des thèmes poignants tout en offrant des rythmes endiablés. Plongeons-nous dans quelques morceaux clés qui illustrent la richesse et la diversité de leur album.

L’album ouvre avec le puissant « Halla Bol », une effusion d’énergie brute. La fusion de chants hindis vibrants et de rimes percutantes crée une atmosphère électrisante. Le groupe aborde ici la question cruciale de l’indépendance journalistique, utilisant leur son unique pour transmettre un message puissant, riche en émotions et en réflexions culturelles.

Un contraste saisissant se dégage avec « Hutt », un véritable hymne à la positivité. Ce morceau se distingue par son message d’espoir, appelant à lever le poing face à l’adversité. Bloodywood démontre habilement sa capacité à injecter des thèmes encourageants au sein d’un son nu-métal moderne, rappelant que même dans l’obscurité, la lumière peut percer.

Dans « Dhadak », Raoul prend les rênes avec une performance rap impressionnante, soutenue par une ligne instrumentale tonitruante qui élève la puissance du morceau à des sommets inégalés. Ce titre met en avant la virtuosité du groupe, alliant habilement rythmes traditionnels et influences contemporaines.

La collaboration avec BABYMETAL sur « Bekhauf » offre une explosion musicale trilingue. L’association de mélodies éthérées et de rythmes déconcertants, agrémentée de refrains aux accents « kawaii », crée une atmosphère envoûtante. Ce morceau transcende non seulement les frontières musicales, mais délivre également un message universel de bravoure et de résilience.

Le titre « Kismat », qui signifie «destin», est une introspection sur l’évolution personnelle des membres du groupe. Les paroles pleines de profondeur révèlent une quête d’identité, rendant ce morceau particulièrement touchant et révélateur.

Ce morceau déploie un pot-pourri saisissant de métal, infusé de sonorités indiennes traditionnelles. La richesse des influences, qu’il s’agisse du dhol ou du sitar, témoigne de la créativité sans bornes de Bloodywood. Ce mélange manifeste leur désir de ne pas se limiter à un seul genre, mais d’explorer une palette musicale variée.

Préparez vos papilles et vos tympans! « Tadka », leur morceau phare, incarne à la perfection l’audace du groupe dans le mélange des genres. Ce titre, à la fois puissant et epically savoureux, nous transporte dans un univers où des riffs musclés se marient aux saveurs épicées de l’Inde. Une expérience irrésistible!

Enfin, « Nu Delhi » nous plonge dans un univers cinématographique vibrant. Les refrains accrocheurs s’entrelacent avec des paroles réalistes pleines d’espoir, rendant hommage à la vibrante Nouvelle-Delhi. Ce titre souligne la capacité de Bloodywood à capturer l’essence d’une ville et de ses habitants, une véritable ode à la vie.

En somme, Bloodywood ne se contente pas de faire de la musique; ils créent une expérience immersive et culturellement riche. Ce groupe audacieux est à découvrir absolument, pour tous ceux qui souhaitent voyager à travers des sons qui défient les conventions et élargissent notre horizon musical.

 

 

 

PLUS D’INFOS :

Album : NU DEHLI

Date de Sortie : 21 Mars 2025

Label : FEARLESS RECORDS

Production Mixage : Karan Katiyar 

Sites Officiels : https://www.bloodywood.net/

https://www.youtube.com/bloodywood

https://fearlessrecords.com/

 

 

                Lineup :

Karan Katiyar – guitares, flûte, production, composition 

Jayant Bhadula – chant, growls

Raoul Kerr – chant rap

Membres en tournée

Sarthak Pahwa – dhol 

Roshan Roy – basse 

Vishesh Singh – batterie