À l’occasion de leurs 20 ans de carrière et de la sortie d’un nouvel album aux accents 80’s, BlackRain refuse de se laisser enfermer dans un seul univers. Entretien avec Matthieu, bassiste du groupe, qui revient sur leur créativité insatiable, leurs défis scéniques et leur bastion face à l’ère de l’IA : la scène live.
Interview par Cidàlia Païs
Credit Photo : Julien Zannoni
Né au milieu des années 2000, BlackRain s’impose rapidement sur la scène hard rock française avec un son très marqué par les années 80, entre heavy metal mélodique et glam assumé. Le groupe se fait connaître par ses riffs accrocheurs, ses refrains taillés pour la scène et un goût prononcé pour l’esthétique cinématographique et théâtrale.
En 2006, ils signent leur premier contrat le 6 juin, une date symbolique que Matthieu s’amuse à rappeler : « 6 juin 2006, ça fait 666 ». Vingt ans plus tard, après plusieurs albums, des changements de line-up et un passage remarqué par la télévision, BlackRain continue de tracer sa route avec la même détermination, tout en élargissant son univers musical et visuel.
En 2024 le groupe remettait les pendules à l’heure, ou les compteurs à zéro, c’est selon, avec la sortie de * Hot Rock Time Machine *, un album qui présentait une belle série d’anciennes chansons complément remises au goût du jour.
Ce 27 Février, BlackRain s’apprête à franchir une nouvelle étape avec *Orphans of the Light*, un album plus viscéral, plus libre et plus affirmé que jamais. Matthieu de la Roche, le bassiste du groupe, nous en parle de cette nouvelle ère, de lumière et de rage, d’art et de liberté.
BlackRain prévoit une date unique pour célébrer la sortie de son album. Cette performance en tête d’affiche est programmée au Trianon à Paris le 28 février 2026, (plus de détails à la fin de l’article). Un évént Rage Tour
Pour Matthieu, la philosophie du groupe n’a pas changé : « Il y a toujours la même envie : chercher le tube, le titre qu’on adorerait écouter et que le maximum de gens aimeraient écouter. »
À chaque nouvel album, BlackRain essaie de faire mieux que le précédent. Les chansons sont composées, enregistrées, puis réévaluées avec un regard critique : on aurait pu ajouter “ci” ou “ça”, pousser plus loin telle idée, densifier telle atmosphère. Cette démarche crée une forme de quête sans fin, un perfectionnisme qui nourrit la créativité.
L’image du radeau de la pochette, explicitement inspiré du Radeau de la Méduse, illustre cette trajectoire : le groupe navigue dans un univers incertain, sans savoir s’il atteindra un jour “la lumière”, mais avec la volonté constante d’avancer, de survivre artistiquement et de continuer à créer.
« En réalité, l’envie reste la même : chercher à obtenir LE tube, le titre qu’on aimerait écouter soi-même et que le plus grand nombre puisse aimer.
On essaie à chaque fois de s’améliorer. À chaque nouvel album, on se dit : “On peut faire mieux, on pourrait ajouter ci ou ça.” C’est une quête constante.
Le radeau sur la pochette, c’est le Radeau de la Méduse : une métaphore de notre parcours. On navigue dans un univers dont on ne sait pas si on atteindra le bout, mais toujours avec la volonté d’avancer, de créer, de survivre. »
Le titre éponyme de l’album mêle deux thèmes forts : la lumière et l’isolement. Matthieu parle d’un sentiment qu’ils ont toujours ressenti : celui de ne pas être exactement au bon endroit, à la bonne époque, dans un monde qui ne leur ressemble pas totalement.
Face à ce décalage, la musique devient un refuge, mais aussi un outil pour “enchanter” leur réalité. Black Rain a toujours cultivé une part d’ombre – déjà présente dans le nom du groupe – mais cette noirceur est moins une pose qu’un ressenti profond de l’époque actuelle. La création, le groupe et la scène sont les seuls exutoires qui leur permettent d’y échapper.
« Le sentiment d’isolement que tu peux ressentir, c’est un sentiment qu’on a toujours connu : celui de ne pas être exactement au bon endroit, au bon moment, dans la bonne époque, dans le monde qui nous plaît.
Et en réalité, la musique, c’est le seul moyen qu’on a trouvé pour rendre ça… Ce n’est même pas “soutenable”, c’est pour enchanter notre monde, à nous, personnellement.
Donc, d’une certaine façon, je comprends que tu parles de ce côté sombre. Il y a toujours un côté sombre dans BlackRain, c’est même dans le nom. Il y a toujours ce côté sombre parce que c’est quelque chose qu’on ressent.
On ressent assez fortement le malaise de notre époque.
Donc, le seul moyen qu’on a trouvé pour s’en échapper, c’est la musique, le groupe, la création. »
L’univers visuel de BlackRain ne se réduit jamais à un seul concept. S’ils jouent parfois avec l’imagerie de la piraterie ou des clowns et du cirque, ce n’est jamais pour se transformer en “groupe de pirates” ou “groupe de vampires” à plein temps.
Matthieu compare volontiers leur approche à celle de Queen ou de Kiss : chaque clip est l’occasion d’explorer un nouvel univers, parfois très cinématographique, inspiré notamment par les films des années 80 et 90. Ils aiment se retrouver dans des décors très différents, comme des personnages de cinéma qui changent de rôle à chaque histoire.
Il reconnaît avec lucidité que cette absence d’image unique est, d’un point de vue marketing, “une sorte de suicide commercial”. Mais c’est aussi ce qui fait le charme du groupe : une liberté visuelle totale, guidée par le plaisir et la passion plus que par la stratégie.
« Il y a de tout, parce qu’on aime tout ça. On n’est pas un groupe de pirates, on n’est pas un groupe de vampires. On est nous, on est Black Rain, on fait du rock.
On aime bien se mettre en scène. J’ai adoré voir Queen se déguiser en femmes et pousser un aspirateur dans *I Want to Break Free*. J’ai adoré les voir ensuite sur un train à grande vitesse pour *Breakthru*.
J’adorais ces vidéos, Highlander, tout était différent.
Mötley Crüe se retrouvait dans des univers très différents, Kiss aussi, parfois dans des univers post-apocalyptiques quand ils avaient enlevé leur maquillage.
Moi, j’aime retrouver des groupes dans des univers complètement différents et cinématographiques. Je suis un grand fan de cinéma, surtout des années 80-90.
Donc oui, il y a cette référence, cette envie de créer de l’image.
On n’a pas une image unique. D’une certaine façon, c’est une sorte de suicide commercial, parce qu’on n’est pas un produit très bien marketé. »
Conscients du fonctionnement des plateformes de streaming, où un morceau attire l’attention et le reste de l’album passe souvent inaperçu, BlackRain a décidé de réagir à sa manière. Pour ce disque, le groupe s’est lancé un défi : produire un maximum de clips afin de donner sa chance à chaque titre, ou presque.
Ce pari demande des trésors d’inventivité, car un clip coûte cher. Pour contourner cet obstacle, le groupe a multiplié les collaborations : un lycée – Léonard-de-Vinci – équipé d’un fond vert professionnel et d’étudiants motivés, un château, une grande usine, un hangar, un théâtre prêtés gracieusement.
Matthieu souligne à quel point il serait impossible de financer seul tout ce qui apparaît à l’image. L’album comptera quatorze morceaux, dont dix auront finalement un clip. L’idée est née en particulier de *Dreams*, morceau très théâtral qui s’est imposé comme une évidence à mettre en images.
« On s’est lancés dans un pari un peu fou : faire un maximum de clips pour l’album. On l’a fait parce qu’on voulait donner une chance aux chansons, une chance qu’elles n’ont plus aujourd’hui, surtout sur les plateformes de streaming.
On observe qu’il y a une chanson qui est écoutée, et souvent tout le reste de l’album disparaît. On se dit que c’est dommage, surtout quand on a fait 14 titres.
Alors oui, il y a des gens qui écoutent tout, ça existe, mais la majorité n’écoute pas tout : ils écoutent un titre, puis un autre leur est proposé, et c’est tout.
Le but, c’était de donner une chance à chacun des titres, au maximum de ce qu’on pouvait faire. Le problème, c’est qu’un single avec un clip, ça coûte très cher. Donc il faut trouver plein d’astuces pour réduire les budgets.
Quand une école nous propose de mettre à disposition son équipe d’étudiants, avec un fond vert de qualité, ça réduit les coûts à chaque fois.
Mais ça demande beaucoup de temps : trouver les gens qui vont nous permettre de faire les choses quasiment gratuitement. Ce n’est jamais totalement gratuit, parce qu’il y a plein d’autres choses coûteuses.
Donc oui, il y a un lycée, il y a un château qui nous a été prêté gracieusement, un hangar, un théâtre qui va apparaître dans un clip qui sortira en juin, un grand théâtre qui ressemble beaucoup au Trianon, prêté gratuitement par le propriétaire.
On a aussi eu une grande usine prêtée pour les clips. À chaque fois, on remercie ces gens-là, parce que si on avait dû payer tout ce qu’on voit à l’image, ce ne serait pas faisable. »
L’album s’ouvre sur *Dreams* et se clôt sur *Farewell*, deux titres que Matthieu considère comme parmi les plus ambitieux du répertoire du groupe. Contrairement au schéma classic rock (couplet / refrain / pont / solo), ces morceaux s’étirent dans des structures plus complexes, proches de l’opéra rock.
*Dreams* introduit l’album avec une dimension narrative et théâtrale. *Farewell*, lui, agit comme un adieu. Mais un adieu trompeur : ce n’est pas la première fois que Black Rain termine un album sur un titre d’au revoir, et pendant que celui-ci sort, le groupe travaille déjà sur le prochain. L’adieu est donc autant une formule dramatique qu’un clin d’œil aux fans.
« Ce sont, me semble-t-il, les deux morceaux les plus ambitieux qu’on ait composés. Ils n’ont pas la structure classique du hard rock – couplet, refrain, pont, solo.
Là, les structures sont plus longues. On pourrait appeler ça de l’opéra rock, c’est souvent comme ça qu’on les désigne.
On les a mis en entrée et en sortie parce qu’on espère que la fin donne envie de relancer l’album.
Après, *Farewell* à la fin, c’est un adieu. Est-ce que c’est l’adieu du groupe ? En fait, c’est toujours bien de terminer comme un adieu. On ne sait jamais.
On ne sait jamais, si un jour il nous arrivait quelque chose… au moins, on a fait notre adieu.
Mais ce n’est pas la première fois qu’on dit adieu à la fin d’un album. Sur *Die and Breathe*, c’est la même chose : il y a un adieu à la fin.
Donc, tu vois, c’est un faux adieu, parce qu’on est déjà en train de travailler, même de choisir les morceaux du prochain album, alors que celui-ci n’est pas encore sorti. On est toujours dans un processus créatif.
D’ailleurs, il y a une logique de saisonnalité dans les sorties : Halloween, l’été, la mer… On s’est amusés à suivre ce rythme, même si c’était un travail de dingue.
(…) Ce n’étaient que des bouts, avec des univers très différents, même visuellement.
Quand on écoute l’album en entier, l’idée, c’est de recoller tous les morceaux et de se dire : “Ah oui, il y a un puzzle qui se tient.”
On a passé beaucoup de temps à discuter de la façon de construire cette trame. On avait beaucoup de morceaux, beaucoup qu’on a finalement retirés pour garder cette cohérence.
Oui, il y a une trame dans cet album, et on la ressent vraiment quand on l’écoute en entier.
Après *Dreams*, quand je l’ai entendue et que je l’ai trouvée tellement géniale – c’est Swan qui l’avait composée et nous l’avait envoyée – je me suis dit que ce serait dommage qu’elle n’ait pas un clip à la hauteur.
À ce moment-là, je me suis dit : “En fait, quand on écoute toutes les chansons de l’album, c’est dommage de ne pas faire un clip pour chacune.” Il y a exactement un an, je me suis donné ce défi : essayer d’en mettre un maximum. Je n’ai pas réussi à toutes les faire, mais au final, 10 chansons ont été mises en images.
Et c’est *Dreams* qui m’a donné l’envie au départ, parce qu’il y avait quelque chose de très théâtral, je voyais immédiatement les images.
J’ai eu la chance de pouvoir filmer ce que j’avais en tête. »
Deux titres me touchent, plus particulièrement : *Twist of a Knife* et *Chasing a Feeling*. Je ressens une nostalgie forte et une intensité mélodique très particulière.
Matthieu y voit l’empreinte directe de Swan, qui vit en Suède. Il explique que ces morceaux portent une couleur “suédoise” dans leurs mélodies : une façon de marier la froideur du climat à un sens extrême de la mélodie, pour créer des chansons à la fois accrocheuses et chargées d’émotion.
« Les deux sont très influencés par Swan et sa vie en Suède. Il y a ce côté mélodique typiquement suédois, froid et poétique à la fois.
Mais, ce sont les seuls qu’on n’a pas mis en clip ! Il faut bien laisser des pépites dans l’album. »
Parmi les surprises de l’album, *Méandres de l’Instinct* se distingue par l’utilisation du français dans le refrain. C’est une envie ancienne du groupe, mais difficile à concrétiser, car le français se marie moins facilement au rock que l’anglais.
Matthieu rappelle qu’en anglais, on peut écrire des phrases simples sans que cela paraisse simpliste. En français, le même niveau de langage peut vite sonner naïf ou maladroit. Pour contourner cet écueil, le groupe a choisi une approche plus romantique, sombre, presque baudelairienne.
Le résultat fonctionne, d’autant que le morceau s’inscrit dans un univers visuel gothique et vampirique, renforcé par le décor d’un château. La présence d’un passage presque “breakdown” surprend, mais illustre bien la volonté du groupe d’explorer, même après vingt ans de carrière.
« Il était temps, on a essayé. Ça faisait longtemps qu’on voulait le faire, mais on n’y arrivait pas, parce que le français est très difficile à faire sonner sur du rock.
Quand tu écris des paroles en anglais, tu peux te permettre des choses assez simples qui ne font pas simplistes ni “simplettes”.
En français, si tu dis la même chose, ça ne marche pas.
Dans le rock français, il y a des choses qui fonctionnent bien. On est d’ailleurs très contents de bosser avec Rage Tour aujourd’hui, parce qu’il y a cette énergie punk très revendicatrice, politique, criée, qui fonctionne bien. La France est quand même le pays de la révolution, et même de plusieurs révolutions.
Ça, ça marche, mais ce n’est pas Black Rain.
On s’est dit que là où le français pouvait avoir du sens, c’était dans quelque chose de plus romantique, noir, baudelairien, un peu poétique.
D’une certaine façon, on s’est dit qu’on arriverait peut-être à faire un titre en français comme ça.
On voulait le faire aussi parce que, tu vois, Megadeth, par exemple, utilise le français dans “À Tout le Monde”. Ce sont des Américains, ils chantent en français à tout le monde.
Et nous, alors qu’un tiers de nos auditeurs est aux États-Unis, on n’avait rien en français à leur proposer.
On s’est dit : “Bon, ils ont bien compris qu’on n’était pas Américains, ils l’entendent. On va leur montrer qu’on est aussi un peu français.”
Et ça n’a posé aucun problème au niveau international. On a vu que le public, de partout, disait : “Trop bien, vous avez mis du français.”
On a enfin réussi, parce que c’est très difficile d’écrire quelques mots en français sans que ça paraisse totalement ridicule.
Après 20 ans, on peut se permettre d’expérimenter ! »
L’histoire récente de BlackRain est aussi celle d’un renouvellement humain. L’arrivée de Franky à la batterie et de Jerem à la guitare – deux musiciens qui étaient fans du groupe déjà à la base – a insufflé un vent de fraîcheur.
Lorsque l’ancien guitariste, ami de longue date, décide de partir, le groupe traverse une période de doute. Après plus de vingt ans de musique partagée, le départ d’un membre ressemble à la perte d’un proche. L’idée de continuer avec quelqu’un d’autre n’est pas évidente.
La rencontre avec Jerem se fait presque par hasard. Suite à un désistement de Max pour un concert important, Matthieu tombe sur ses vidéos de guitare sur Instagram. Séduit par son jeu très 80’s et découvrant qu’il vient de la même région qu’eux, il le contacte immédiatement. Jerem accepte, alors même qu’il a les deux coudes dans le plâtre et que les médecins lui ont annoncé qu’il ne pourrait peut-être plus jouer. Cette situation le pousse à une rééducation intensive pour être prêt le jour J.
« On a eu beaucoup de chance. Il a remplacé Max à un concert, et tout s’est fait naturellement. C’est un guitariste autodidacte incroyable, passionné, qui partage nos références.
Quand tu fais de la musique avec quelqu’un depuis plus de 20 ans, c’est difficile de l’imaginer partir. Mais là, la magie a opéré tout de suite avec Franky et Jerem.
Jerem a même appris la guitare après nous avoir vus à la télé. Et il a rejoint le groupe alors qu’il sortait de blessure, plâtré aux deux bras ! Il s’est battu pour rejouer, c’est une vraie histoire de résilience. »
Avec la sortie de ce nouvel album, Black Rain voit plus grand pour la scène parisienne. Après avoir joué dans la plupart des clubs de la capitale, le groupe décide de passer un cap : quitter la Maroquinerie pour le Trianon.
Ce choix est un pari : il suppose de multiplier le public par trois. Mais, pour Matthieu, il s’agit avant tout d’offrir aux fans un vrai grand spectacle, à la hauteur de ces vingt ans de carrière. Il insiste sur l’importance de voir Black Rain sur une grande scène, avec de l’espace pour chaque musicien, Franky et Jerem compris.
La soirée s’annonce comme une véritable fête du hard rock, avec OverDrivers en invités, après une tournée marathon pour ces derniers.
« C’est un pari, parce qu’on passe de la Maroquinerie au Trianon, donc il va falloir au moins multiplier par trois le public.
Je ne sais pas si c’est possible. On fera tout pour.
Et même si on n’y arrive pas totalement, l’important, c’est de proposer à ceux qui nous suivent depuis 20 ans – ou moins – de voir Black Rain à Paris sur une scène où on a de la place.
On a fait tous les clubs, tout ce qui était possible. Maintenant, on aimerait qu’on voie Black Rain sur une grande scène.
On avait fait le Bataclan il y a longtemps, après l’émission, mais là, aujourd’hui, voir Black Rain avec Franky, avec Jerem, tous ensemble sur une grande scène, c’est important d’offrir ça aux gens.
En plus, avec OverDrivers, qui cette année ont écumé les routes de France et de Navarre. Ils n’ont fait que jouer, une tournée marathon. Je crois qu’ils vont être à fond sur le live. Ils ouvriront la soirée avec brio, on n’a aucun doute. Ça va vraiment être une bonne soirée hard rock.
Tous les fans des années 80, tous les fans de guitare, on leur donne rendez-vous. Ce soir-là, ça va être leur soirée aussi. »
Matthieu se montre lucide et parfois inquiet face aux mutations de l’industrie musicale et à l’essor de l’intelligence artificielle capable, en théorie, de générer des milliers de chansons en quelques secondes. Dans ce contexte, un musicien peut se demander où se situe encore sa place.
Pour lui, il reste un territoire où rien ne peut remplacer l’humain : la scène. Le live devient l’essentiel, le moment où les gens se retrouvent, se serrent, partagent quelque chose de physique, loin des écrans. Le groupe, sur scène, face au public, dans un même lieu, au même instant : c’est là que la musique retrouve toute sa valeur.
C’est aussi dans cette optique que Black Rain prépare ses concerts : écrans, visuels, pyrotechnie, show complet… Ouvrir une grande scène comme si l’on était tête d’affiche, donner tout dès le premier morceau, marquer les esprits.
« On retrouve toujours des copains. Le live, pour moi, c’est devenu l’essentiel.
On rentre dans un monde où on se prend des coups, même au moral, avec ce qu’on voit apparaître avec l’IA.
Quand tu es créateur, et que tu entends qu’une IA peut générer 10 000 chansons en quelques secondes, avec toujours un formatage, tu te demandes où est ta place dans ce monde. Je crois qu’il y a un endroit où cette place existe encore : le live.
On est ensemble, les uns contre les autres, on est des humains ensemble, on n’est plus devant nos écrans. On est devant une scène, et nous, on est devant vous, on vous parle, on fait de la musique.
Je pense que c’est essentiel, qu’on a tous besoin de ça. »
Après vingt ans d’aventure, Matthieu reconnaît que certains rêves se sont éteints, notamment les fantasmes de gloire et de reconnaissance massive. Avec le temps, le groupe a compris que ce n’était pas le plus important.
Ce qui demeure intact, en revanche, c’est la volonté de créer. Composer, écrire, imaginer des univers, enregistrer, monter sur scène : c’est devenu une condition de leur équilibre. Sans cette activité créatrice, ils seraient, de leur propre aveu, profondément malheureux.
C’est peut-être là le vrai moteur de Black Rain : une fidélité à eux-mêmes, à leur passion d’origine, et à ce besoin viscéral de transformer le monde qui les entoure en quelque chose de plus beau, de plus intense et de plus vivant.
« Ce qui a disparu, ce sont les rêves de gloire, la recherche de la gloire, tout ça. On s’est rendu compte que ce n’était pas très important.
Ce qui reste, surtout, c’est la volonté créatrice, l’envie de toujours créer. On s’est rendu compte qu’en fait, si on n’a pas ça, on ne vivrait pas bien. On serait malheureux. On est très heureux dans nos vies parce qu’on a toujours ce truc concret : la création.
C’est ça qui n’a pas bougé. »
Un grand merci à Olivier Garnier ainsi qu’à Replica Promotion pour l’organisation de cette interview !
PLUS D’INFORMATIONS :
Album : Orphans of the Light
DATE DE SORTIE : 27 Février 2026
LABEL : Single Bel
ARTWORK : Megan Mushi
Line up :
Matthieu De La Roche basse
Swan Hellion chant/guitare
Franky Costanza batterie
Jerem G guitare
*Orphans of the Light* — BlackRain, le Feu sous la Cendre
Il y a des albums qui surgissent comme un cri, d’autres comme une célébration. *Orphans of the Light* fait les deux à la fois. Pour ses vingt ans de carrière, BlackRain signe ici non pas un retour, mais une renaissance flamboyante. Les enfants terribles du hard rock français hissent à nouveau le pavillon du sleaze, les mains pleines de riffs, les poches pleines de rêves, et le regard tourné vers cette lumière dont ils se sentent orphelins.
Avec ses quatorze titres, l’album est une machine à remonter le temps et à ‘électrochoquer’ le présent. Tout y sonne plus viscéral, plus vrai : les guitares claquent comme des chaînes qu’on brise, avec cette excellente intro de « Réssurection », Jerem G y laisse toutes ses trippes, la rythmique de Franky Costanza martèle avec la précision d’un capitaine de galère, Matthieu DelaRoche maintient un groove haletant, et la voix de Swan Hellion, mi-déchirée mi-cathartique, brûle de sincérité. Leur glam métal, d’habitude si brillant, prend ici une teinte dramatique, presque cinématographique.
Dès *Dreams*, ouverture théâtrale et quasi opératique, le ton est donné : grandeur, storytelling et émotion brute. Puis viennent les coups de canon — « Crack the Sky », « Disagree », « If This Is Love » — qui prouvent que le groupe a retrouvé une énergie organique, nourrie par l’arrivée de Franky Costanza et de Jerem G. On y sent la sueur des salles de concert, les bières tièdes, la fièvre du public qui crie les refrains.
Mais au milieu des flammes, deux morceaux brillent d’une intensité particulière : “Twist of a Knife” et “Chasing a Feeling”. Le premier tranche comme une confession mise en musique : rage, blessure et élégance s’y entrelacent comme une cicatrice qui refuse de guérir. Le second capture cet instant suspendu entre mélancolie et éclat, porté par une mélodie si suédoise qu’elle glace le cœur avant de le réchauffer. Ces deux titres incarnent le meilleur de Swan Hellion — l’artiste, le poète et le survivant.
Mais au milieu des flammes, deux morceaux brillent d’une intensité particulière : “Twist of a Knife” et “Chasing a Feeling”. Le premier tranche comme une confession mise en musique : rage, blessure et élégance s’y entrelacent comme une cicatrice qui refuse de guérir. Le second capture cet instant suspendu entre mélancolie et éclat, porté par une mélodie si suédoise qu’elle glace le cœur avant de le réchauffer. Ces deux titres incarnent le meilleur de Swan Hellion — l’artiste, le poète et le survivant.
Avec leurs contrastes assumés, BlackRain réussit ici un pari rare : rester fidèles à leur ADN tout en se réinventant. L’artwork inspiré du *Radeau de la Méduse* fait écho à l’ambition du disque : belles dérives, chaos maîtrisé, et cette éternelle quête de la lumière perdue.
La dernière note de “Farewell” résonne comme un cri venu du fond des âges : celui d’un groupe qui refuse de s’éteindre, même quand le monde autour s’assagit. *Orphans of the Light* n’est pas seulement un album de hard rock : c’est une déclaration d’amour à la vie, à la scène, et à ceux qui continuent d’y croire.
En 2026, alors que tant d’autres font semblant d’être vivants, BlackRain continuent, eux, à brûler pour de vrai.