Signant le retour des pionniers du hardcore après plus de dix ans de silence, Divided We Fall renoue avec l’ADN originel du groupe américain. Dans un climat politique inflammable qui précipite une société au bord de l’implosion, les vétérans aux trente années de carrière ont encore beaucoup à dire ou même à répéter, tant leurs messages semblent toujours d’une accablante actualité.
La démarche est limpide : un album organique, primal, chargé de rage et de révolte, avec un son brut, direct. C’est un uppercut puissant et précis, destiné à éveiller les consciences à grands coups de mandales. Billy Graziadei le martèle pendant onze titres dopés aux stéroïdes : la division orchestrée par les classes dirigeantes nous fragilise en tant que société et peuple.
Ouvert par « Fuck the System », hymne en devenir, Biohazard déroule son hardcore sans concession dans ce qui semble être un long cri d’alarme sur la rapide déliquescence de l’État de droit dans leur pays. Ce come-back n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui d’autres pionniers énervés, Fishbone, avec les mêmes intentions.
Avec une énergie intacte et une colère renouvelée (ou jamais totalement éteinte), les compères de Graziadei nous offre un album-manifeste d’une violence nécessaire émaillé de titres aussi puissants que « Fight to be Free », « S.I.T.F.O.A », ou le plus introspectif « War Inside Me », ramenant ce combat contre l’impalpable adversité à une échelle plus humaine. Onze brûlots qui tendent vers un climax enragé avec « Warriors », refermant ainsi ce pamphlet aussi politique que personnel.
Matt Hyde, aux manettes de la console et de la production, a réussi à canaliser le groupe tout en préservant leur énergie brutale. Peu de fioritures, des prises au traitement minimal pour un résultat viscéral. On peut notamment apprécier cette approche artistique sur les très bons « Word to the Wise » et « Eyes on Six ». Bobby Hambel excelle toujours autant lorsqu’il s’agit de balancer des soli tendus et virtuoses, soutenu par la batterie de Danny Schuler et la basse d’Evan Seinfeld.
Biohazard rappellent avec cet album qu’ils n’ont rien perdu de leur hargne, remettant au centre de leur identité le combat contre les forces oppressives et fragmentaires qui n’ont de cesse de vouloir diviser pour mieux nous faire tomber.