Par Christophe Pinheiro
Originaires de Besançon, ALTA ROSSA est un groupe de post-metal. Deux ans après la sortie de « Void Of An Era », voici le deuxième album du combo, « A Defiant Cure ». Laissez vous embarquer dans ce labyrinthe sombre et glacial. Gare à la rencontre avec le Minautore qui ne vous laissera pas sortir indemne.
Votre album « A Defiant Cure » est sorti le 22 novembre 2024. Comment cet album a été accueilli par le public ?
L’accueil a été vraiment super pour nous ! Les retours que nous avons reçus jusqu’à présent sont très positifs et surtout moteur pour la suite, que ce soit de la part des personnes qui connaissaient déjà notre musique ou de nouveaux auditeurs. Certains ont souligné à quel point l’évolution dans notre son leur a parlé, à quel point le travail effectué en studio était agréable, et ça, ça fait extrêmement plaisir.
Cela nous motive encore plus pour les concerts à venir, parce qu’au-delà du fait que l’album plaise, il y avait une envie de tailler un son qui nous plaisait que cela soit en répétition, en studio comme en live. On n’avait pas envie d’user d’artifices pour que le son soit incroyable en studio et minuscule en live, au contraire.
En 2021, vous sortiez « Void Of An Era » qui annonçait déjà du très lourd en termes de sonorités. Avec ce nouvel album, vous partez dans un univers encore plus sombre, plus froid… c’est limite oppressant. Était-ce une volonté de votre part ?
C’était une volonté assumée, mais avec des nuances. Si Void Of An Era était plus introspectif, désespéré et colérique, A Defiant Cure explore différentes dualités bien marquées, mais qui apporte des réflexions autour de l’espoir, de la combativité et du fait de ne pas abandonner. Bien que l’ambiance soit sombre, elle est teintée d’une volonté de résistance et surtout de catharsis. C’est un état d’esprit qui nous a portés durant la composition et l’écriture des textes.
Je pense que tu peux facilement déceler des passages un peu plus lumineux dans la musique sur des passages de The Art Of Tyrant ou Exalted Funeral par exemple. Mais on ne se refait pas totalement, on a des envies en termes de composition ou d’arrangement, marquées par des influences Sludge, Black, Doom, etc…
Quelle est la genèse de cet album ? Et comment avez-vous travaillé sur la phase de composition ?
La genèse de l’album repose sur une réaction aux épreuves de notre époque, qu’elles soient personnelles ou collectives. C’est toutes les dualités dont on parlait juste avant. Le monde est complexe, l’humain est complexe, la pensée est complexe, etc… et toutes ces dualités sont des influences majeures : Optimisme/pessimisme, Idéalisme/Matérialisme, Utopie/Dystopie, etc…
Pour la composition, nous avons travaillé de manière assez naturelle pour nous. Jordan apporte souvent la colonne vertébrale des morceaux, et nous développons ensemble en répétition ou en sessions de home studio. Nous avons également eu plusieurs résidences pour affiner les arrangements et tester de nouvelles textures sonores, des arrangements,
des réglages, etc…Parfois des textes étaient écrit avant le moindre riff de guitare, des fois le texte a tardé à arriver. Enfaite le protocole est très anarchiques et il fonctionne, ce n’est pas le chaos, c’est une organisation qui nous est propre hehe.
Je n’ai pas eu la chance d’avoir l’objet définitif entre les mains, mais je trouve l’artwork très réussi. Un mot là-dessus ?
Merci pour le compliment ! L’artwork, réalisé par notre talentueux ami Simon Chognot (alias S. Blaek), est centré sur la figure du Minotaure. Il symbolise la dualité entre l’humain et le monstre en chacun de nous, ce qui résonne avec les thématiques de l’album. Simon a fait un travail exceptionnel, capturant parfaitement l’essence de A Defiant Cure.
Au niveau des thèmes abordés, je crois comprendre qu’il y a un profond rejet des fondamentaux de notre monde. Et quoi que l’on fasse, bon ou mauvais, rien ne changera. Si ce n’est en appuyant sur le bouton « reset ». Suis-je dans le vrai ou pas du tout ?
Il y a effectivement un aspect critique envers les structures de pouvoir et les abus systémiques dans le monde. Cependant, nous ne préconisons pas un nihilisme total. Il y a toujours une étincelle d’espoir, même minime. L’idée d’écraser le système pour reconstruire n’est pas étrangère à l’album, mais nous explorons également la résilience individuelle et collective. Ça ne veut pas dire que ce ne porte pas sur la violence comme outil utile. Il y a deux phrases assez importantes pour nous, dont une qui figure à l’intérieur de l’album : Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres (Gramsci). Dans cette phrase, très intemporelle quand tu y penses, se trouve un constat mais aussi le fait qu’il existe des acteurs a ce changement de monde, et des résistances qui s’y opposent. C’est assez poétique mais surtout pas vide de sens. Et ça c’est important pour nous.
La deuxième citation est d’Alain, un autre philosophe qui a traité de la question du bonheur : Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté. Tout homme qui se laisse aller est triste.
Alta Rossa est sûrement un groupe sombre mais assurément impatient de voir le nouveau monde naître sans tristesse
Il y a également un triptyque du Minotaure avec les trois titres « Dedale », « The Art Of Tyrant » et « Where We Drown Our Nightmares ». Comment vous est venu l’idée de ces trois titres ? Et quelle en est la signification ?
Le Minotaure représente la lutte entre l’humain et ses propres démons. Le triptyque explore différents aspects de cette thématique : Dedale symbolise la perte dans le labyrinthe de soi, de la complexité et de la violence du monde, The Art Of Tyrant examine le pouvoir destructeur (avec une référence à la vie de Picasso, dont il est l’inspiration première) et tous les enjeux de pouvoirs et d’emprise que l’on peut avoir les uns sur les autres – il y a tout de même un regard assumé sur les hommes, les artistes, les génies, etc… dont l’histoire cherche a faire oublier la tyrannie semé. Et Where We Drown Our Nightmares aborde l’après, le devoir de mémoire, le fait de ne jamais oublié pour ne pas recommencer les mêmes erreurs
J’ai regardé les deux vidéos issues de cet album (« The Art Of Tyrant » & « From This Day On »). Une mention spéciale pour la vidéo de « The Art Of Tyrant » qui est géniale. L’aspect visuel est important pour vous ? Continuerez-vous à nous offrir d’autres vidéos pour cet album ?
Merci ! concernant la suite, ce n’est qu’au stade de discussion sans concrétisation, nous avons d’autres priorités budgétaires car nous sommes un groupe en développement, on n’a pas une major derrière nous qui arrose d’argent magique hehe. Peut-être qu’on travaillera sur quelque chose plus orienté autour du live. Affaire à suivre donc.
Le jeudi 23 janvier, aura lieu votre release party, chez vous à Besançon. J’imagine que vous êtes impatients. D’autres dates sont prévues ?
Oui, on est super heureux de pouvoir enfin proposer une release pour l’album avec un set un peu special pour l’occasion et nous serons accompagnés de nos ami·es de HØLLS pour l’occasion de cette soirée organiser par l’association Mighty Worm. D’autres dates sont prévues en 2025, on annonce cela très bientôt sur nos réseaux sociaux mais on peut déjà annoncer qu’on jouera le 20 février à Bethune avec nos amigos de Junon et avec Mars le 23 Mars à Nevers. On a quelques super dates à annoncer ensuite, mais tu connais : les délais, les confirmations, les timings d’annonce, etc…rassure toi, on devrait faire quelques dates en 2025 hehe
En trois mots, qu’est-ce que ALTA ROSSA sur scène ?
Intensité, catharsis, sincérité
Dans quelles conditions, recommandez-vous l’écoute de votre album ?
On ne sait pas s’il y a des conditions particulières, l’écoute et l’appréciation est tellement quelque chose d’intime et de propre à chacun. Par contre, on a peut être une réserve si c’est un moment de calme qui est recherché, surtout qu’il n’y a pas d’intro, ça peut surprendre haha.
Que trouve-t-on dans vos playlists ?
On est tellement des grands consommateurs de musique, tu trouveras vraiment de tout, de Blood Incantation à Emma Ruth Rundle en passant par Health, Iron Maiden ; Chat Pile, Amenra, Heriot ou Doodseskader.
Le dernier mot est pour vous.
Merci à toi, pour tes mots, ton temps pour Vecteur, pour l’organisation de concert, etc… On le répète souvent mais ça ne doit JAMAIS être vidé de son sens : soutenez les groupes indépendants, soutenez les caf-conc et toutes les salles de concert, soutenez les orgas, soutenez les médias papier ou en ligne, soutenez vos proches, soutenez-vous. On n’a pas besoin d’un monde plus merdique qu’il n’est.
NOTRE AVIS :
Après un très bon premier album, ALTA ROSSA est de retour avec ce deuxième opus « A Defiant Cure ».
Dès le premier titre « Exalted Funeral », le ton est donné et laisse entrevoir ce que ces 41 minutes vont m’offrir. C’est un son lourd qui vient caresser mes oreilles par sa brutalité. Dès « Delusion » le tempo accélère et me transporte doucement au coeur de cet album qui devient peu à peu addictif, très addictif. Sans répit, « The Emperors » vient m’enveloppé de sa puissance et sa hargne avec ce final dantesque. Sans m’en rendre compte, je suis déjà pris au piège de ce « Dedale » qui ouvre ce triptyque du minautore à la fois planant, froid et oppressant. Si ma rencontre avec Astérion me laisse une chance, ce n’est pas « From This Day On » qui m’aide à sortir de ce labyrinthe sombre. Pas plus que l’hypnotique « Stratification » qui s’amuse à m’assommé par ses riffs lourds et à brouiller les pistes sur une potentielle issue. Car même si « Fields Of Solar Flames » laisse entrevoir la lumière, « A Defiant Cure » me laisse le choix de partir ou de rester, du moins, c’est ce que je croyais. Car ma rencontre avec la beauté de « And Chaos Fell Silent » va m’enfermer une nouvelle fois dans ce labyrinthe. Je reprend volontiers de ce remède provocateur pour mon plus grand plaisir.
Alors à vos risques et périls, plonger dans cet album ne vous laissera pas indemne. Mais n’est-ce pas ce que nous recherchons tous ? Un monde différent qui nous laisse le choix…