Vecteur Magazine

LA CHASSE AU TRESOR

Par Christophe Pinheiro

Lorsque l’opportunité d’interviewer un groupe qui parle de pirates se présente, je suis toujours volontaire. Surement parce que je vis en Bretagne… Allez savoir. Et lorsque le nom ALESTORM s’est présenté, ma jambe en bois a tapé fort sur le le sol ! Toutes voiles dehors, ce n’est pas en direction de l’Ecosse, mais derrière mon écran d’ordinateur que je me suis installé pour échanger quelques mots avec l’excellent Christopher BOWES. En arrière plan, Christopher affiche un magnifique (j’exagère un peu) fond d’écran avec des chevaux. Le décors est planté, il ne reste plus qu’à parler de l’actu du groupe avec un peu de sérieux, tout de même…

Crédit photos : Niek van de Vondervoort

Tu as un super fond d’écran. 

Merci. J’en avais marre d’avoir un fond d’écran simple. Et tu sais quoi ? J’ai besoin de chevaux. (rires)

Vous êtes de retour avec un huitième album “The Thunderfist Chronicles”. Il sortira le 20 juin. Quel est ton sentiment à l’approche de la sortie de l’album ? 

Je suis toujours impatient, mais je ne sais pas ce que les gens vont en penser. J’ai décidé d’écrire de la musique déjantée en espérant que ça plaise. Et puis, tu sais, je suis très content de cet album, alors j’espère que les gens l’aimeront autant que moi. 

Vous serez au festival Pinkpop, le jour de la sortie. Une grande fête est prévue pour l’événement ?

C’est un festival vraiment bizarre, comme une sorte de festival pop. Pour une raison que j’ignore, aux Pays-Bas, ils nous prennent pour un groupe pop. Justin Timberlake sera en tête d’affiche de ce festival, ce qui est assez bizarre. Alors je vais peut-être lui demander s’il aime notre album. Et si on fait une photo, ce serait sympa. Ce sera ma célébration. (rires)

Une fois de plus, vous nous offrez un album festif, plein de bonne humeur, et ça marche incroyablement bien. Vous êtes doués pour transmettre de bonnes ondes. Quel est le secret de ALESTORM ? 

Je ne veux pas dire qu’on ne se prend pas au sérieux, mais on prend la musique très au sérieux. Je prends ces chansons très au sérieux. Mais on se fiche de l’image, de la vision que les gens ont de nous. On écrit ce qu’on veut, et quand on écrit des chansons qu’on a envie d’écrire, j’ai l’impression qu’il y a une meilleure ambiance. J’adore écrire des trucs complètement fous, et c’est ce que je veux faire tout le temps. Donc, je pense qu’on donne aux gens ce qu’on veut, c’est-à-dire du fun, des chansons festives. C’est un peu de fête, puis des trucs dingues qu’ils ne comprennent pas, et puis on mélange le tout au mixeur. Et ça donne cette magie. 

Vos fans ont pu se familiariser avec le premier single de cet album, “Frozen Piss 2”. C’est l’un de mes morceaux préférés. Il y a une histoire derrière ce morceau. Mais avant tout, j’aimerais savoir qui chante en japonais avec vous sur ce morceau ?

C’est une fille qui s’appelle Shiori SASAKI. Elle a participé à notre précédent album sur “Wooden Leg (Part III)”. Il y avait ce petit passage en japonais. Avec en arrière-plan, ces magnifiques voix japonaises. Et c’était elle qui faisait ça. On lui a demandé : « Dis-moi, peux-tu chanter quelque chose en japonais ? ». Et elle a dit oui. On a fait une tournée au Japon il y a trois semaines. Elle est venue chanter “Frozen Piss 2” avec nous en live, et c’était vraiment cool. C’est une chanteuse vraiment géniale. Et, tu sais, elle est surtout chanteuse de studio. Elle fait partie d’un groupe de folk metal japonais, vraiment cool. Elle fait juste des trucs dingues. Et elle… je ne sais même pas comment c’est arrivé. C’est une amie du groupe. On bosse et c’est assez déroutant. Elle est apparue, elle a chanté, et c’est tellement bien. Elle n’est pas connue pour ça, mais elle devrait l’être. Elle devrait être la chanteuse la plus célèbre du monde. 

Pour rester sur ce morceau, il y a le trésor de Bournemouth, qui est lié à mon morceau préféré de l’album qui est “Mega-Supreme Treasure of the Eternal Thunderfist”. Ce morceau est tellement épique. Une chanson de dix-sept minutes. Je l’adore vraiment. Peux-tu m’en parler et m’en dire plus sur l’histoire qui lie ces deux chansons ?

Je pense que c’est ma chanson préférée aussi. J’adore écrire ces chansons vraiment, vraiment longues. Et le truc, c’est qu’il est plus facile d’écrire de longues chansons que des chansons courtes, parce que quand on écrit une chanson courte, il faut trois minutes pour la rendre parfaite. Mais avec une chanson longue, on peut avoir des riffs interminables qui mettent une éternité à démarrer, et ça peut être lent et sinueux. On peut jouer la même chose pendant dix minutes d’affilée, les gens s’en fichent. C’est tellement plus amusant de créer des atmosphères cool avec une longue chanson. Et on peut utiliser tous ces riffs que j’avais gardés et pour lesquels je n’avais jamais trouvé de place, et ça fonctionne. Un jour, je me suis assis et j’ai commencé à assembler des riffs pour créer ce truc. Une épopée qui ne cessait de s’allonger. Et l’histoire des paroles, ça a commencé comme un chant funèbre étrange et déprimant, et puis j’ai décidé de faire ce genre d’histoire sur cette quête de trésor. Et c’est sous Bournemouth que se cache le trésor, qui est comme une ville horrible en Angleterre. On est devenus obsédés par Bournemouth il y a quelques années. On a fait un concert là-bas. Et après le concert, on a ce type, genre un journaliste, qui a pointé une caméra sur nous et a dit “Bournemouth” (Christopher reprend l’accent répété sur l’album). Et donc depuis, on est obsédés à crier Bournemouth dès qu’on peut. On l’a, finalement, mis dans une chanson. C’est une histoire épique sur ce trésor caché et interdit. Il s’avère qu’il n’existe pas vraiment au final. Et oui, ça rejoint la chanson “Frozen Piss 2”, qui est à l’origine du trésor. Et ça rejoint aussi la chanson “The Storm”, qui contient aussi quelques petites références. Pas beaucoup, mais c’est comme s’il y avait une connexion. Et je pense que c’est la meilleure chose qu’on ait jamais faite. Je pense que c’est notre chanson la plus cool. Mais le problème avec les longues chansons. De nos jours, les gens manquent de patience. Une chanson moyenne d’ALESTORM dure trois minutes sur le thème de l’alcool et des jurons. Mais, peu importe. Certaines personnes vont adorer, je pense. Et c’est tout ce qui compte. L’idée, c’est que même si c’est une grosse chanson sérieuse, on aime bien avoir des conneries. Tout doit être un peu idiot, même quand c’est sérieux. (Rires)

Et qui est Thunderfist ? C’est un personnage imaginaire ? 

C’est un personnage imaginaire. Je ne veux pas que ce groupe raconte des histoires avec des personnages. Mais c’était juste un joli nom pour un personnage pour cette chanson. Donc ça ne deviendra pas les aventures de Thunderfist sur notre prochain album ou quoi que ce soit d’autre. C’est juste indépendant et des conneries. Donc, Thunderfist, c’est le personnage de la chanson qui enterre le trésor, et puis des centaines d’années plus tard, il y a quelqu’un dans la chanson finale. Un narrateur qui cherche ce trésor. Mais c’est juste une histoire stupide. Ne réfléchissez pas trop à l’histoire. 

Que ce soit dans vos paroles ou dans le nom du groupe, beaucoup de choses ont un rapport avec l’alcool. Voyons si ce n’est pas une légende comme dans beaucoup d’histoires de pirates. Êtes-vous de gros buveurs d’alcool dans le groupe ? 

Parfois. J’ai à peine bu quelque chose cette année. Tu sais, parfois on fait la fête. Mais le problème, c’est que nos chansons sont de plus en plus difficiles à jouer. Alors avant, on montait sur scène bourrés et on se disait : « Ouais. Tant pis. On va rocker ! ». Mais maintenant, nos chansons sont difficiles, et on veut aussi être plus professionnels. Donc, la plupart du temps, on est tous totalement sobres sur scène et on fait juste un bon spectacle. Et je crois que je me fais vieux. Du genre, je ne veux plus boire, alors après le concert, je m’assois et je me dis : « Je vais prendre une tasse de thé». C’est ce que je bois ces jours-ci. J’apporte des sachets de thé en tournée. Ensuite, je m’assois dans le bus et je bois du thé. Du coup, je pense que notre réputation est plus grande que la réalité. (Rires)

Mais, tu sais, personnellement, “I’m not a cunt. So, I’d gladly toast with you with a glass of rum” ?

 (Rires) J’aime beaucoup ces paroles. Elles sont parmi mes préférées de tout l’album. C’est bête, mais j’adore. 

Vous venez de jouer, trois dates au Japon. Comment c’était ? C’est court pour une tournée ? 

Ouais. Le truc, c’est qu’on n’est pas très connus au Japon. Tu vois ? Soyons honnêtes. Quand on joue en Europe, c’est généralement en France ou quelque chose comme ça. Il y a des milliers de personnes qui viennent à nos concerts. On a fait deux concerts à Tokyo, qui est la plus grande ville du monde. Il y avait peut-être 350 personnes à un concert, puis 200 au deuxième. Puis on a joué à Osaka, et il y avait peut-être 75 personnes. C’est un monde complètement différent. On voyage à travers le monde et on donne des petits concerts, c’est plutôt sympa. C’est un changement agréable pour nous. Puis on revient en Europe, et là, tout redevient énorme. Donc, c’est cool qu’on puisse faire les deux, et que ça marche toujours. Je parie que beaucoup de grands groupes ne se produisent que s’ils peuvent faire un grand concert. Mais ce qui est cool chez nous, c’est que nos concerts ont toujours un côté un peu punk rock, un peu stupide. On peut juste faire un petit concert dans un pub, et c’est quand même cool. 

Vous allez jouer dans des festivals en Europe avant de naviguer vers les États-Unis. Pendant cette tournée de festivals en Europe avant la sortie de l’album, est-ce que vous jouerez de nouvelles chansons ? 

On aime seulement jouer des chansons déjà sorties. On est un groupe sympa pour les festivals, et le plus amusant, c’est quand tout le monde chante. Et on ne peut pas chanter sur une chanson qu’on n’a jamais entendue. Même si sur certaines de nos chansons, c’est presque possible. Mais on ne joue que les chansons qui sont sorties. On va jouer “Frozen Piss 2”. On va peut-être ajouter “The Storm”. J’adorerais jouer “Mega-Supreme Treasure of the Eternal Thunderfist”, mais c’est trop long. Tu vois ce que je veux dire ? 

Oui. Tu es originaire de Perth, dans le magnifique pays d’Écosse. C’est une ville à l’intérieur des frontières écossaises. Tu es devenu citoyen américain et tu vis aux États-Unis maintenant ? 

Ces jours-ci, je voyage partout dans le monde. Mais j’ai vécu dans tellement d’endroits. J’ai voyagé… Je suis né en Angleterre. Je ne le dis pas aux gens. Je suis né près de Londres. N’est-ce pas vraiment ennuyeux ? Et puis, j’ai grandi en Écosse. Ma famille est écossaise. J’ai commencé à jouer dans un groupe en Écosse. Puis j’ai déménagé en Angleterre. Puis aux Pays-Bas. J’ai vécu aux Pays-Bas un moment, puis je suis retourné en Angleterre, puis en Amérique, et maintenant, je flotte un peu partout dans le monde. Et c’est bien. Je suis juste un magicien de l’espace flottant avec mes chevaux. Ce sont mes chevaux. (Christopher pointe les chevaux en fond d’écran)

Et comment vous est venue l’idée de créer un groupe qui aborde des thèmes de la piraterie ? 

À Perth, en Écosse, il n’y a pas la mer. On a un port, sur la rivière, mais je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas ce qui y entre ou en sort, parce que je n’ai jamais vu de gros navires entrer ou sortir. C’est loin de la mer. On avait un studio de répétition dans ce port. De l’autre côté de la rue, il y avait un petit café, le Nancy’s Harbor Cafe. On y allait prendre une tasse de thé après les répétitions. Donc, évidemment, c’est pour ça qu’on a composé une chanson sur cet endroit. Mais cette histoire de piraterie était un accident. C’est arrivé un jour. Je n’ai jamais été un “nerd” des pirates ou de l’histoire. J’ai juste écrit quelques chansons un jour, et puis un autre jour… Peu de gens écrivaient des chansons sur les pirates à l’époque. Et les gens ont adoré le truc des pirates, alors on a fait d’autres trucs de pirates. Et c’est devenu ce truc fou. 

Il y a une vraie base de fans qui rend vos concerts incroyables. Consacrez-vous du temps à vos fans pendant vos tournées ? 

Oui, c’est génial, car, comme je l’ai dit, on peut jouer sur de grandes scènes comme sur de petites. Peu importe ce qu’on fait sur scène. On reste là et on joue, et c’est le public qui fait le show, car tout le monde s’amuse et chante. Être face à ce public est une sensation tellement cool, c’est tellement facile pour nous. Tant qu’on joue correctement, on n’a pas besoin de courir, de danser ou de courir. On est juste là et on joue. Et c’est cool. L’énergie est géniale. Je suis tellement content qu’on ne soit pas un de ces groupes où les fans restent plantés là, les bras croisés. C’est bizarre. Parfois, on joue à un festival et ce n’est pas notre public. Tu es sur scène, et ils te fixent. Et je me dis : « Oh là là ! C’est comme ça pour ces groupes ? » Je plains ces groupes. Donc oui, j’aime ces gens-là. J’aime que nos fans soient détendus et à fond. Et puis, il y a des gens qui sont trop à fond, et du coup, ça devient un peu bizarre. Mais la plupart du temps, tout le monde est super sympa, et j’essaie toujours d’aller voir le public après le concert et de dire : « Salut. Prends une photo. » Tout le monde est toujours super cool. Alors, oui, on a de bons fans. 

Si tu n’avais pas été musicien, que ferais-tu aujourd’hui ? 

J’étais étudiant en mathématiques à l’université et j’ai abandonné à ma dernière année. Je devais faire un master en mathématiques et j’ai abandonné pour partir en tournée. Et on a continué. Donc, sans ça, je pense que j’aurais pu être comptable. Tu imagines ? (sourire) 

Dans quelles conditions recommandes-tu l’écoute de cet album ? 

Être ivre, c’est bien. C’est de la musique de fête. Soyons francs. La plupart de nos chansons, c’est du genre à écouter en soirée, et tout le monde va adorer. Si c’est une soirée rock metal, les gens vont adorer. Parfois, je sors boire un verre, par exemple, dans un bar metal, et puis une de nos chansons arrive. Je suis comme… Je ne veux pas entendre ça maintenant. Mais les gens adorent. 

Mais peut-être que pour cet album, on pourrait s’asseoir dans une pièce sombre et l’écouter. J’ai l’impression qu’il a quelque chose de plus mystérieux et épique. Surtout avec la dernière chanson. Ce serait génial de s’allonger sur un lit à eau, lumières éteintes, puis faire semblant d’être sur l’océan ou au sommet d’une montagne. On devrait s’allonger sur un lit à eau en haut d’une montagne en buvant une bière, et c’est l’expérience ultime. (Rires)

Le dernier mot est pour toi. 

Oh, s’il vous plaît, écoutez notre album. Il est sympa. J’ai aussi fait un jeu vidéo. Vous devriez y jouer. Il s’appelle “Pub Toilet Simulator 25”. Vous pouvez l’obtenir sur Steam, et c’est mon truc du moment. C’est amusant de remettre son pantalon dans les toilettes.

Notre avis

ALESTORM est de retour !

Trois ans après l’excellent “Seventh Rum of a Seventh Rum”, le groupe écossais nous propose un huitième opus du nom de “The Thunderfist Chronicles”.

Nos pirates préférés ne dérogent pas à la règle de la bonne humeur et de la fête. Dès “Hyperion Omniriff”, difficile de ne pas se laisser emporter par l’efficacité des riffs et la rythmique entraînante et entêtante. Chaque titre est un hymne de pub, de concert ou de n’importe quel autre événement festif. Ça reste en tête et ça ne vous lâche plus. Le titre “Banana” est certainement le meilleur exemple du genre. 

Dans la quête du trésor caché, difficile de passer à côté du “triptyque” avec l’excellent “Frozen Piss 2”, l’efficace “The Storm” et l’incroyable “Mega-Supreme Treasure of the Eternal Thunderfist”. Nul doute que l’office du tourisme de la ville de Bournemouth en Angleterre doit se frotter les mains face à cette belle publicité, ou pas…

ALESTORM signe là, son retour par un excellent album. De quoi ravir les fans. Et si le groupe ne vous dit rien (comment ça ???), c’est peut-être le bon moment pour vous lancer avec ce ‘The Thunderfist Chronicles”. 

 

PLUS D'INFORMATIONS

  • Artiste : ALESTORM
  • Album : THE THUNDERFIST CHRONICLES
  • Label : Napalm Records
  • Date de sortie : 20 juin 2025