DEAD POET SOCIETY, apprendre à lâcher prise

On les avait déjà reçus en 2024 à l’occasion de leur concert à la Maroquinerie pour le FISSION Tour. Cette année, un nouveau chapitre s’ouvre pour les Américains DEAD POET SOCIETY avec la sortie de leur troisième album “Monarch”. Une ambiance plus oppressante et pure s’en dégage, signe d’un renouveau complet. Jack UNDERKOFLER a pris un peu de son temps pour nous en dire plus sur ce qui sa cache derrière ce LP.

Crédits : Darren Craig

Interview par SAMSONOFF Alexia

Bonjour Jack, comment vas-tu ?

Jack U : Salut ! Ça va et toi ?

Ça va très bien ! Merci à toi de prendre ce temps pour cette interview !

Jack U : Pas de souci.

On se retrouve pour parler de “Monarch”, le troisième album du groupe. Il est sorti il y a presque deux semaines, comment sont les retours jusqu’à maintenant ?

Jack U : Très bons ! J’ai eu des messages venant de personnes, qui n’avaient pas l’air de vraiment aimer nos morceaux, me disant que l’album était génial, donc c’est vraiment cool !

Il a été dit à plusieurs reprises que pour cet album, vous avez arrêté de trop penser pour suivre votre instinct. En réécoutant le premier album “-!-”, plus particulièrement dans le titre “-JU-”. Tu dis quelque chose d’intéressant au sujet de ressentir et d’exprimer ses émotions : ‘Boil that feeling down to its utmost essence and share that feeling / Whereas other people can’t do that / Thеy may feel it but they have no way of expressing it / And that’s the gift that we have is we have the gift of expressing that feeling in a way that is tangible’ [‘Boue ce sentiment au maximum de son essence et partage-le / Tandis que d’autres ne peuvent le faire / Ils peuvent potentiellement le ressentir mais ils n’ont aucun moyen de l’exprimer / Et c’est le cadeau que l’on a ce cadeau d’exprimer ce sentiment de manière tangible’]. Par ce conflit interne entre écouter ses pensées et suivre son instinct, comment reflètes-tu l’importance du travail effectué sur cet album comparé aux deux précédents LP ?

Jack U : Je pense que ça dépend surtout de comment tu prends le temps de réfléchir sur ce que tu dis, ce que tu ressens, ce que tu cherches à faire passer comme message, et à quel point tu es honnête dans tes paroles. Plus tu peux arrêter de penser à ce que tu es en train de dire, plus tu peux arrêter de penser à ce que tu es en train d’écrire, musicalement parlant. Plus généralement, tu deviens beaucoup plus honnête. Ton ego se met en travers de ton chemin dans beaucoup de cas. Je ne sais plus qui l’a dit, mais c’était sur le fait qu’écrire sur des sujets de manière honnête, est embarrassant. Si tu écris une chanson ou quoi que ce soit, et que tu as l’impression d’être gêné.e, tu es sur le bon chemin. Il ne faut pas éviter ce sentiment. C’est ce qu’on a essayé de faire avec “Monarch”.  

Ne pas écouter ces petites voix dans sa tête est libérateur, certes, mais j’imagine qu’il en ressort de la douleur, un peu comme si l’on brisait une sorte de coquille dans laquelle on se réfugiait et qui nous empêche de creuser au plus profond de nos émotions. J’ai lu que Will [Batteur] racontait comment il était un peu ennuyé de la manière dont “Sinner Systems” était écrite, pourtant il a réussi à trouver son propre moyen de s’exprimer dessus. Est-ce que tu as connu un peu le même style de limites ?

Jack U : Des limites dans le sens où j’ai fait des choses que je pensais détester, mais que j’ai aimé faire ?

Oui, par exemple.

Jack U : “Cold” était une chanson intéressante à faire. Quand on a écrit la démo, elle était très différente de la version finale. À un moment, on a pris une tournure pendant la production qui m’a fait dire ‘Ok, je déteste où on va avec ça’. Puis, au fur et à mesure, j’ai commencé à aimer vers où on allait [Rires]. Ça a demandé beaucoup de travail, personnellement. Peu importe quand l’un d’entre nous crée un riff de guitare, ou a une idée pour un titre – c’est la même chose pour mes groupes préférés aussi – quand j’entends quelque chose pour la première fois, je la déteste. Je déteste tout ce que j’écoute quand c’est la première fois que je l’entends. J’ai besoin d’écouter un morceau plusieurs fois pour me dire ‘C’est sans doute l’une des meilleures choses que j’aie jamais entendue’. Je pense que c’est ce qui s’est passé pour chacun des titres qu’on a écrits. 

Une raison pour laquelle cet album est très spécial, du moins pour moi, et non pas que ‘‘-!-’’ et ‘‘Fission’’, ils sont géniaux ! Dans ‘‘Monarch’’, on ressent vraiment que vous avez poussé les choses jusqu’au bout, et les titres nous marquent tous. Je trouve que c’est surtout dû au fait qu’on peut associer chaque émotion à chacun des titres. Il y a cette ambiance sombre, mais qui fait appel à l’obsession dans ‘‘Sinner Systems’’, cette colère qu’on ressent quand on passe par les étapes du deuil dans ‘‘Psalm 136’’. Dans ‘‘The Park’’, qui est selon moi l’une des meilleures de cet album, je trouve que ça aborde parfaitement la psychose. Et je pourrais faire ça pour chaque titre. Est-ce que ces chansons t’ont aussi marqué de la même manière, et comment t’ont-elles impactées ? 

Jack U : Pour ‘‘The Park’’, c’était complètement différent, comme rugissant parce qu’elle est très bizarre. Cette psychose a vraiment été un moteur dans le processus de création du titre. Elle est vraiment très cool.

Est-ce qu’il y a justement un morceau qui t’a plus marqué ? Dans le sens où quand tu travaillais dessus, ou quand tu as réécouté l’album dans son entièreté, tu t’es dit que c’était l’une de vos meilleures chansons ?

Jack U : Oui, selon moi, tous les titres de cet album sont nos meilleures chansons. ‘‘Lost’’ et “Psalm 136” sont très importantes pour moi, et j’en suis très fier. 

Comment la passion s’est-elle intégrée en travaillant sur ces deux morceaux ?

Jack U : Pour commencer, on travaille tous les quatre par passion, donc elle se ressent tout de suite. Quand tu travailles avec des personnes aussi passionnées que toi, ce qui contredit parfois ta propre vision de la passion, ça ouvre certains débats qui apportent des solutions et des conclusions. C’est comme ça que les chansons naissent. 

Pour parler un peu des visuels de l’album, je trouve qu’il y a un contraste entre les photos qu’on peut retrouver dans le livret du vinyle qui sont très pures avec des couleurs beiges. Il y a un côté très naturel qui en ressort. Les clips vidéo, eux, sont beaucoup plus sombres. “Sinner Systems” est très dérangeante, et m’a fait penser un peu au morceau “Touch”. Comment les choix artistiques se sont-ils faits, notamment dans votre démarche de suivre votre instinct ?

Jack U : Visuellement parlant, on savait ce qu’on voulait faire ressentir, donc on savait où aller. Mais on ne savait pas vraiment comment le faire, ni quels choix prendre pour aller vers la direction qu’on voulait. On a travaillé avec Ryan et Kevin de l’agence Mindreader, ils sont très forts et très bons dans leur domaine. On a eu beaucoup de réunions avec eux sur ce qu’on ressentait et ce qu’on voulait voir dans nos visuels. On aime beaucoup travailler avec les ombres et le contraste, notamment avec de légers rayons lumineux. C’est un peu comme regarder quelque chose dans la pénombre, parce que tu sais que quelque chose cloche, mais on ne le dirait pas au premier abord. Dans ce coin d’ombre, il y a un certain danger. Ils ont donc cherché, puis ils ont pris en photo l’image qui est devenue la couverture de l’album, ainsi que toutes les autres. Ça a posé les bases des fondations sur la direction artistique qu’on voulait prendre, que ce soit celle du site, des clips ou la manière dont les photos ont été prises.

“Monarch” a donc suivi tout un processus complètement différent. DEAD POET SOCIETY reste un groupe, comment ce travail collaboratif s’est ressenti dans la production et dans la réflexion derrière la conception de l’album ?

Jack U : Quand on écrit les morceaux en tant que groupe, on joue d’abord nos propres instruments. Nous sommes tous les quatre des compositeurs, donc on a notre propre liberté quand on joue notre instrument et notre partie dans une chanson. J’ai écrit des lignes de basses, Jack [COLLINS, guitariste] a écrit certaines mélodies et paroles. Dylan [BRENNER, bassiste] a aussi participé à l’écriture de certains morceaux, ce qu’il n’avait presque jamais fait avant, donc c’était super chouette. Will [GOODROAD, batteur] a aussi participé à certains aspects du processus d’écriture. C’est vraiment un travail majoritairement collaboratif, même si Jack C et moi écrivons la majorité des paroles. Chaque membre participe comme il veut, et aussi sur les points où il est le plus fort. Tu n’écris que quand tu ressens vraiment quelque chose, si tu écris uniquement dans le but d’impressionner les gens, c’est un peu comme si tu publiais une vidéo de toi en train de jouer les gros bras. Ce que tu ne ferais pas d’ailleurs. 

Donc, en plus d’être un travail collaboratif, vous vous êtes surtout mis d’accord sur le fait que vous allez suivre votre propre rythme et vos émotions ensemble. Comment est-ce que tu as ressenti ce lâcher prise quand vous vous êtes dit ‘Ok pour cet album, on va juste tout donner’ ?

Jack U : C’est notre troisième album, et on est à un stade assez avancé dans notre carrière. On a passé le cap des moments où on se sentait nerveux, et où on appréhendait beaucoup de choses. Quand j’aurai 70 ans, je veux pouvoir me rappeler de tout ce que j’ai vécu à travers ce groupe, et en être fier. Pour ça, tu dois tout tester et prendre tous les risques que tu peux, même si ça ne marche pas au final. 

De ce que tu me dis, et quand on écoute l’album, on sent vraiment qu’un tout nouveau chapitre pour DEAD POET SOCIETY vient de s’ouvrir. Même si j’imagine que c’est le cas pour chaque album, mais je trouve que “Monarch” se distingue un peu plus. D’autant plus dans la manière dont il se finit avec “The Art Of Suffering”, j’ai vraiment ressenti cette notion de catharsis. C’est comme se dire qu’après toutes les bonnes et mauvaises choses qu’on a vécu, certes on en a bavé, mais ça fait de nous ce que nous sommes et ça valait le coup malgré tout. On a besoin de la douleur pour réussir. Je ne sais pas si c’est comme ça que tu le vois, après toute la route que vous avez entamé depuis les débuts du groupe.

Jack U : Je crois que tu as dit tout ce qu’il y avait à dire !

[Rires] Parfait ! J’aimerais maintenant discuter de la très belle actualité du groupe, notamment en termes de concerts. Pas uniquement la tournée de l’album, mais aussi en tant que première partie de MUSE en Europe à partir de novembre. C’est incroyable, félicitations à vous ! 

Jack U : Merci !

Je suis évidemment curieuse de savoir comment ça s’est passé. 

Jack U : En toute honnêteté, même moi je n’en ai pas une putain d’idée. On a simplement eu un coup de téléphone un jour, nous disant qu’il y avait 50% de chance qu’on ouvre pour MUSE. Quelque chose à l’intérieur de moi me disait qu’on allait avoir cette opportunité, que ça allait être notre moment. On a eu la réponse le lendemain du coup de fil pour nous confirmer ça. On était sous le choc ! [Rires]. 

J’imagine ! Encore bravo pour ça, c’est amplement mérité ! Surtout que vous avez déjà le morceau “I Never Loved Myself Like I Love You” qui est inspiré d’une chanson de MUSE.

Jack U : Oui, c’est bien celle-ci.

Et même “Hollywood On Fire” m’a fait beaucoup pensé à du MUSE, je ne sais pas si c’est fait exprès ?

Jack U : Non, celle-ci est totalement indépendante. 

En tout cas, elle a des similarités dans le tempo qui ressemble beaucoup à du MUSE ce qui n’est pas pour nous déplaire ! Et pour ce qui est de votre tournée européenne qui débutera en début 2027, on aura la chance de vous voir dans une plus grosse salle comme elle a été upgraded. Vous ne jouerez plus à l’Alhambra mais au Bataclan, qui est une salle magnifique.

Jack U : Oui, c’est trop cool !

J’imagine ! C’est vraiment génial de vous voir devenir de plus en plus gros, ça doit être un sentiment indescriptible en tant que musicien ?

Jack U : Ça l’est oui.

J’ai lu qu’avec cet album, vous vouliez vraiment faire évoluer votre manière de jouer en live. Est-ce qu’on peut s’attendre à quelque chose de nouveau en termes de scénographie, peut-être même plus de liberté ?

Jack U : Oui, on est actuellement en train de travailler dessus. On veut vraiment passer à la vitesse supérieure sur cet aspect. C’est encore en cours, mais j’ai très hâte de voir le rendu final. 

Je ne sais pas si ça a un rapport avec tout ça, mais j’ai lu dans une interview que tu parlais de la pression ressentie en live. Est-ce qu’avec ce nouvel album, le but est aussi de se lâcher avec moins de stress ?

Jack U : Pas forcément. Ce que je voulais dire, c’est que les concerts sont des endroits où on ressent beaucoup moins de pression et de stress. Tout le monde est venu pour te voir, et même si on pourrait penser le contraire, ça m’aide à moins stresser, et à être plus libre. 

Surtout qu’avec ce nouvel album, et au vu de certains thèmes, ça doit être encore plus libérateur de voir la foule s’identifier aux paroles et donner un sens à tout ça.

Jack U : Totalement !

On touche à la fin de cette interview. Je demande toujours que, si on souhaite rajouter quelque chose, dire un mot de la fin ou faire passer un certain message. Est-ce ton cas ? 

Jack U : Pas particulièrement. Venez simplement nous voir jouer, c’est une expérience. On adore rencontrer notre public, on fait toujours en sorte d’offrir un concert qui est impossible à oublier. 

Je ne peux que confirmer ! Encore merci à toi d’avoir pris le temps pour cette interview !

Jack U : Merci de m’avoir reçu. À bientôt !

À bientôt !

Chronique :

Si vous aimez les ambiances angoissantes, lourdes et crues, alors “Monarch” est sans aucun doute pour vous. Dès le premier titre, une tension palpable nous prend d’assaut et ne nous lâche pas jusqu’à la dernière seconde. Plus on progresse, plus DEAD POET SOCIETY déploie une palette de sons variés et uniques, à tel point que tous les morceaux vivent par eux-mêmes dans nos oreilles. On apprend à être confortable avec l’angoisse dans “The Park”, on laisse les larmes couler sur “The Art Of Suffering” et on a envie de sauter au rythme de “Miami For The Weekend”. D’un point de vue musical, chaque instrument est mis à sa juste valeur. On sent vraiment que ce coup-ci, le groupe laisse sa liberté courir au-delà de différents styles, se démarquant des précédents albums. Et c’est réussi avec brio. Tout comme le fait de construire des rythmes élaborés pour les déconstruire et changer de tempo en un clin d’œil. En bref, dans “Monarch”, on flotte dans un univers sombre mais réconfortant, où les douleurs font mal, mais au bon endroit. 

Plus d’informations : 

Album : Monarch

Date de sortie : 2 octobre 2026

Label : Spinefarm Music Group

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