Par Christophe Pinheiro
À Paris pour l’unique date française du “Cybernetic Domination Tour” avant de rejoindre le Royaume-Uni, Dino CAZARES nous a accordé un entretien quelques heures avant de monter sur scène. Entre la nouvelle énergie apportée par Milo SILVESTRO, la sortie du single “Roboticist”, l’évolution de l’univers de FEAR FACTORY et un nouvel album qui sera officiellement annoncé en novembre, le guitariste revient sur cette nouvelle ère du groupe. Une discussion entre passé, présent et futur, avec une certitude : après plus de trente-cinq ans, Dino n’a aucune intention de mettre un terme à l’aventure.
Crédit photos : Stephanie Cabral
Vous êtes aujourd’hui à Paris, pour la seule date française du “Cybernetic Domination Tour” avant de partir au Royaume-Uni. Comment se passe la tournée ?
La tournée se passe vraiment très bien. Les gens adorent le nouveau morceau et nous sommes très heureux de la réaction du public. Nous aurions aimé sortir la chanson avant le début de la tournée, mais finalement, elle est sortie le jour même où la tournée a commencé. Malgré ça, l’accueil est vraiment excellent. C’est génial de pouvoir enfin la jouer et de voir les réactions des gens.
Tu as décidé de relancer FEAR FACTORY avec une nouvelle formation. Pourquoi était-ce important pour toi de continuer avec cette nouvelle équipe ?
Je voulais faire de la nouvelle musique et je voulais aussi que les gens puissent découvrir le talent de Milo. C’est un chanteur incroyable. Nous avons également Pete (Webber) à la batterie, qui est fantastique, et Tony (Campos) à la basse, qui est un vieil ami à moi et qui joue aussi avec STATIC-X lorsqu’il n’est pas avec nous. Je voulais continuer à jouer les morceaux classiques de FEAR FACTORY, mais aussi présenter quelque chose de nouveau. Nous tournons avec Milo depuis environ trois ans et demi maintenant, quasiment sans interruption. C’était important pour moi que les gens puissent voir cette nouvelle formation et comprendre ce qu’elle peut apporter au groupe.
FEAR FACTORY possède une identité sonore extrêmement forte. Comment fais-tu pour continuer à la faire évoluer sans perdre cette identité ?
J’ai commencé FEAR FACTORY en 1990. J’en étais l’un des créateurs et j’ai fait venir les différents membres du groupe. Dès le départ, mon idée était de reproduire quelque chose qui ressemblait à une machine : utiliser les riffs de guitare et les batteries syncopées pour créer cette sensation mécanique. Je n’ai jamais perdu cette passion. C’est vraiment ce que j’aime faire avec FEAR FACTORY. Dans mes autres groupes, comme BRUJERIA ou ASESINO, je ne travaille pas forcément de la même manière. FEAR FACTORY possède un son particulier. Si quelque chose fonctionne, pourquoi faudrait-il forcément le changer ? Bien sûr, nous pouvons ajouter de nouveaux éléments et faire évoluer certaines choses, mais l’ADN du groupe doit rester reconnaissable.
Justement, avec “Roboticist”, on a parfois l’impression que les visions futuristes de FEAR FACTORY sont devenues notre réalité. Est-ce que tu as toi-même ce sentiment ?
À 100%. Quand nous avons écrit ‘Obsolete’, nous parlions déjà de la manière dont la société évolue et de la façon dont certaines technologies rendent les choses obsolètes. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies ont rattrapé une partie de ce que nous imaginions à l’époque. Avec “Roboticist”, et avec le nouvel album, nous devons aller encore plus loin. C’est la prochaine étape de cette évolution.
Tu peux nous en dire davantage sur le concept du nouvel album ?
Pas encore ! (rires) Je ne veux pas dévoiler le concept complet avant que le disque ne soit officiellement annoncé. Mais je peux te dire que c’est clairement la prochaine évolution, sur le plan conceptuel, de ce dont nous allons parler.
Les fans attendent ce nouvel album depuis longtemps. Pourquoi avoir autant attendu avant de le sortir ?
Je sais que tout le monde le veut maintenant ! (rires) Mais pour moi, il était important que les gens voient d’abord le groupe. Je voulais que les gens découvrent Milo, qu’ils voient ce qu’il pouvait faire, et que cette nouvelle formation ait le temps de se présenter sur scène. Nous avons beaucoup tourné pendant trois ans. Maintenant, le moment est venu de passer à l’étape suivante.
Tu peux au moins nous confirmer quand nous en saurons davantage ?
Nous allons annoncer le nouvel album en novembre. Il y aura également un nouveau single et les précommandes de l’album seront ouvertes. Il y aura des vinyles, des CD, des T-shirts et tout ce qui va avec.
Tu dis que le nouvel album sera très FEAR FACTORY. Est-ce que Milo a malgré tout réussi à apporter quelque chose de nouveau au groupe ?
Oui. Le nouvel album sera très FEAR FACTORY, mais il sera aussi assez diversifié grâce à certains éléments que Milo apporte au groupe. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je l’ai choisi. Il était déjà un grand fan de FEAR FACTORY et il comprenait ce que le groupe devait être vocalement. Il comprenait notre ADN. Mais il ne cherche pas simplement à copier ce qui existait avant. Il apporte sa propre interprétation, et elle fonctionne parfaitement avec le groupe. Et pour moi, c’était essentiel qu’il puisse également assurer cela sur scène. Il fallait qu’il puisse chanter ces morceaux en concert, et il le fait vraiment très bien.
Tu as justement joué plusieurs fois en France avec Milo, notamment au Motocultor et au Hellfest. J’y étais. De mon côté, j’ai eu l’impression de voir une sorte de deuxième vie pour FEAR FACTORY. Est-ce que tu ressens cette nouvelle énergie ?
Oui. Milo nous donne une nouvelle énergie. Et particulièrement au niveau du rôle de chanteur et de frontman. Il a énormément appris en tournée. Nous savions dès le départ qu’il savait chanter, mais savoir chanter et savoir amener un public avec soi sont deux choses différentes. Milo sait maintenant vraiment comment faire monter l’énergie, comment faire participer le public et comment le motiver. C’est quelque chose qu’il a développé avec le temps.
Et qu’est-ce que les autres nouveaux membres apportent à FEAR FACTORY ?
Milo possède une tonalité vocale qui lui est propre. Il conserve les éléments caractéristiques de FEAR FACTORY. Les voix mélodiques, les couplets lourds, les refrains mélodiques, ou parfois l’inverse. Mais il apporte son propre timbre. Il apporte aussi des flows différents. Il y a une sorte de faim dans sa voix. On sent qu’il a envie de dire quelque chose, qu’il veut faire passer chaque ligne vocale et convaincre la personne qui l’écoute. C’est très rafraîchissant. Pete est également un batteur incroyable. Il a joué les trois grandes périodes de FEAR FACTORY à la batterie : le style de Raymond HERRERA, celui de Gene HOGLAN et celui de Mike HELLER. Et ce qu’il fait sur le nouvel album est vraiment impressionnant. Sa batterie est extrêmement puissante et très entraînante. Et puis nous avons Tony, qui est un musicien extrêmement expérimenté et un ami de longue date.
Quel rôle joues-tu auprès de ces musiciens plus jeunes ? Tu es plutôt un mentor, un leader… ?
Je suis plutôt le chef d’orchestre. J’ai l’expérience. J’ai fait beaucoup de disques, écrit énormément de morceaux, travaillé sur beaucoup d’arrangements et de paroles. J’apporte toute cette expérience à l’ancien comme au nouveau FEAR FACTORY. Mais c’est vraiment génial de travailler avec des artistes qui possèdent la même passion et la même envie que toi, et qui veulent emmener le groupe quelque part de nouveau.
FEAR FACTORY a traversé différentes époques et connu de nombreux changements de formation. Aujourd’hui, as-tu le sentiment de rentrer dans une nouvelle ère avec ce nouvel album ou d’écrire un nouveau chapitre de l’histoire du groupe ?
Les deux. Nous créons un nouveau chapitre dans l’histoire de FEAR FACTORY, notamment avec cette nouvelle formation. Certaines personnes disent parfois que quelqu’un d’autre était le cœur et l’âme du groupe. Mais ce n’est pas vrai. Je suis toujours le cœur et l’âme du groupe… parce que c’est moi. Nous créons donc une nouvelle ère à certains égards. Mais d’un autre côté, c’est toujours moi. C’est toujours la personne qui crée ce son.
En 1990, lorsque tu as commencé FEAR FACTORY, est-ce que tu imaginais encore être là plus de trente ans plus tard ?
Je n’ai jamais envisagé d’arrêter FEAR FACTORY avant ma mort. Il y a eu des difficultés. J’ai été absent du groupe pendant quelques années, mais ce n’était pas de mon fait. Malgré tout ce qui a pu arriver, je savais que je voulais continuer. Je m’attends à ce que FEAR FACTORY existe jusqu’à ce que je ne sois plus là.
Alors, qu’est-ce que tu imagines pour FEAR FACTORY dans dix ans ?
J’espère avoir un bras robotique et pouvoir jouer à 300 BPM par seconde ! (rires) Plus sérieusement, j’espère que nous continuerons à créer de nouveaux albums et à développer notre son. Mais nous ne devons pas aller trop loin non plus, parce que les gens aiment FEAR FACTORY pour certaines choses. Nous devons continuer à avoir ces guitares syncopées, les grosses batteries, les magnifiques refrains mélodiques, les voix lourdes et les éléments industriels et électroniques. AC/DC n’a pas changé son identité pendant cinquante ans. Pourquoi devrais-je le faire ?
Tu sembles donc davantage intéressé par l’évolution que par la révolution.
Exactement. Je veux continuer à développer le son, mais sans perdre ce qui fait que les gens aiment FEAR FACTORY. Si quelque chose fonctionne, pourquoi le changer complètement ?
Après toutes ces années, qu’est-ce qui te donne encore envie de monter sur scène ?
La passion. Le plaisir de jouer devant les gens. J’aime jouer la musique que j’ai créée. Certaines personnes pourraient appeler ça de l’ego ou du narcissisme, mais pour moi, c’est simplement de la joie. Nous consacrons énormément de temps, d’énergie et d’argent à nos chansons, aux paroles, aux productions, aux artworks, aux logos, aux produits dérivés… Il y a énormément de travail derrière tout ça. Et lorsque les fans apprécient ce que nous faisons, cela me motive énormément.
Tu as encore des rituels avant de monter sur scène ?
Le principal, c’est d’aller aux toilettes avant de monter sur scène ! (rires) Même si je n’en ai pas vraiment besoin, j’y vais quand même. Je ne veux surtout pas avoir envie de faire pipi ou autre chose pendant le concert ! Et maintenant que je suis plus vieux, je dois aussi m’échauffer. Je travaille mes poignets, mes bras et mes avant-bras, et je m’étire. Quand j’étais plus jeune, je pouvais monter sur scène sans préparation. Maintenant, ça me prend environ une heure. Je commence doucement et j’augmente progressivement la vitesse.
Si tu pouvais parler au Dino CAZARES qui enregistrait ‘Demanufacture’, qu’est-ce que tu lui dirais ?
Je ne sais pas… (rires) Je lui dirais probablement de continuer à faire exactement ce qu’il fait.
‘Demanufacture’ est sorti lorsque j’avais quinze ans. C’est l’un des albums qui a vraiment marqué ma jeunesse. Et aujourd’hui encore, il sonne incroyablement moderne. Quand tu réalises l’impact qu’il a eu, qu’est-ce que ça représente pour toi ?
Je pense que c’est justement ce qui montre qu’il a résisté à l’épreuve du temps. C’est une sorte de photographie d’une époque, un instant précis dans l’histoire. Mais il reste pertinent aujourd’hui. Cet album a changé la vie de beaucoup de gens qui l’ont entendu. Et il a aussi changé nos vies.
Un dernier mot pour les fans français ?
Je veux simplement les remercier pour toutes ces années de soutien. Merci pour les concerts, pour les achats de merchandising, pour les réseaux sociaux, pour tout ce que vous faites pour le groupe. Nous essayons toujours de faire de notre mieux, pour les fans comme pour nous-mêmes, parce que nous aimons vraiment ce que nous faisons. Le nouvel album arrive bientôt. Il y aura des annonces en novembre et un nouveau single. Et pour toutes les informations concernant les concerts et FEAR FACTORY, allez sur fearfactory.com. Merci pour votre soutien. On vous aime.
Report et photos : Marine Techer
FEAR FACTORY AU TRABENDO : UN SHOW ENERGIQUE
Voir un groupe aussi mythique que Fear Factory dans une salle aussi intimiste que le Trabendo offre forcément une proximité hors normes. Et ce soir, le groupe ne va clairement pas faire les choses à moitié.
Dès les premières notes, l’énergie est au rendez-vous et ne retombera quasiment jamais. Fear Factory se montre particulièrement énergique, allant chercher le public et l’impliquant pleinement dans le show. Entre les chants repris à tue-tête, les slams et les mouvements incessants dans la fosse, la salle se transforme rapidement en véritable chaudron. Le public répond présent et semble bien décidé à profiter de chaque seconde.
Dans la fosse, les fans de la première heure côtoient les plus jeunes générations et, surtout, tout le monde chante. Les morceaux sont repris à pleine voix, créant une véritable communion entre le groupe et son public. Une proximité presque hors normes pour un groupe de cette envergure, qui donne à ce concert une atmosphère particulièrement intense.
Ce soir, au Trabendo, Fear Factory prouve qu’il n’a rien perdu de son énergie et de sa capacité à fédérer, offrant un show aussi puissant que généreux
SETLIST :
ACRES OF SKIN / INDUSTRIAL DISCIPLINE / POWERSHIFTER / SHOCK / EDGECRUSHER / LINCHPIN / NO ONE / INVISIBLE WOUNDS (DARK BODIES) / SOUL HACKER / ROBOTISCIST / MARTYR / ARISE ABOVE OPPRESSION / ARCHETYPE / DEMANUFACTURE / ZERO SIGNAL / REPLICA / RESURRECTION