Par Christophe Pinheiro
Il y a des albums qui n’arrivent pas toujours au bon moment. Et puis il y a ceux qui semblent avoir été programmés par la météo.
Avec ’Tanzneid’, ELECTRIC CALLBOY débarque exactement au moment où il faut. Celui où les journées sont les plus longues, où les festivals sont devenus une véritable destination de vacances, où on a envie de monter le volume, de sortir les lunettes de soleil et de transformer n’importe quel endroit en dancefloor improvisé. Car oui, il existe probablement peu de groupes capables de faire cohabiter un breakdown metalcore et une ambiance de soirée estivale sans provoquer une crise diplomatique.
Le groupe allemand n’a jamais cherché à entrer dans les cases. Avec ce mélange improbable de metalcore, d’électro, de techno, de pop et d’un humour totalement assumé, le groupe continue de faire ce que beaucoup tentent sans jamais y parvenir : être complètement décomplexé tout en restant terriblement efficace. Kevin Ratajczak et Nico Sallach continuent de former un duo redoutable, capable de passer d’un hurlement rageur à une mélodie ultra accrocheuse en une fraction de seconde. Ce qui pourrait passer pour du grand n’importe quoi chez d’autres devient ici une véritable identité.
Le plus agaçant dans cette histoire, c’est que derrière les costumes improbables, les clips complètement déjantés et cette volonté permanente d’en faire trop, il y a surtout un groupe qui maîtrise parfaitement son sujet. Chaque transition, chaque montée, chaque riff sont parfaitement calibrés. Ces six musiciens sont méticuleux et la production est irréprochable.
Parce qu’au fond, c’est aussi ça, ELECTRIC CALLBOY : réussir à te faire chanter un refrain improbable avec un sourire jusqu’aux oreilles, avant de t’envoyer un breakdown qui te rappelle que, malgré les néons et les paillettes, le groupe sait toujours cogner.
Les riffs frappent fort, les refrains restent en tête immédiatement et les passages électroniques sont construits pour déclencher une réaction immédiate. Mais le véritable talent d’ELECTRIC CALLBOY est ailleurs : réussir à faire passer quelque chose qui semble absurde sur le papier pour une évidence une fois dans les enceintes.
Et puis il y a LE morceau. “RATATATA” avec BABYMETAL. J’assume, c’est mon titre préféré de l’album. Celui que je relance sans même chercher d’excuse.
L’association pouvait sembler totalement folle. Dans la réalité, elle est parfaite. L’énergie complètement débridée d’ELECTRIC CALLBOY rencontre l’univers unique de BABYMETAL pour donner naissance à un morceau qui n’aurait probablement jamais dû fonctionner… et qui devient pourtant impossible à ignorer.
Est-ce un guilty pleasure ? Peut-être. Mais c’est surtout un plaisir totalement assumé.
“Let The Good Times Roll” avec THE OFFSPRING porte parfaitement son nom. Un titre qui respire la fête et qui offre un petit clin d’œil évident à l’esprit du groupe californien, notamment à “Pretty Fly (For a White Guy)”. Une collaboration qui fonctionne naturellement, avec ce côté accrocheur immédiat qui donne envie de reprendre le refrain dès la première écoute.
“The Way You Are” est probablement le morceau le plus difficile à défendre… et peut-être justement celui qui résume le mieux ELECTRIC CALLBOY. Un titre aussi agaçant que génial. Celui qui peut donner envie de lever les yeux au ciel pendant quelques secondes avant de réaliser qu’on est déjà en train de le fredonner.
Une contradiction permanente. Mais finalement, n’est-ce pas exactement la définition du groupe ?
Autre surprise avec “Still Waiting”, reprise du classique de SUM 41. Un choix cohérent, presque évident, car Frank Zummo accompagne maintenant le groupe. ELECTRIC CALLBOY ne cherche pas à reprendre un morceau devenu culte : il le transforme à son image en lui injectant toute son énergie. L’originale ou la reprise ? Chacun aura son propre avis…
Le seul véritable reproche que l’on pourrait adresser à ‘Tanzneid’ est finalement celui de nombreux albums d’aujourd’hui : une grande partie du disque était déjà connue avant sa sortie. À force de multiplier les singles, l’effet de découverte est forcément diminué.
Mais est-ce vraiment un problème ?
‘Tanzneid’ est exactement ce qu’il devait être. Pas une révolution. Pas une tentative désespérée de devenir un groupe “plus mature” pour rassurer les puristes. Juste ELECTRIC CALLBOY qui regarde les gardiens autoproclamés du “vrai metal”, leur adresse un grand sourire… avant d’appuyer sur le bouton « Fiesta ».
Et le pire dans tout ça ?
On en redemande !
Label : Century Media