Vecteur Magazine

Une histoire en cinq actes

Par Christophe Pinheiro

Deux ans après la sortie de ‘Heal’, NO TERROR IN THE BANG revient avec ‘Existence’, un EP de cinq titres qui confirme l’évolution du groupe normand. Plus direct, plus frontal et davantage pensé pour la scène, ce nouveau chapitre marque une étape supplémentaire dans l’affirmation de son identité. Nous avons retrouvé Alexis, batteur du groupe, pour évoquer cette sortie, le choix du format court, les nouvelles ambitions musicales du groupe et les projets qui se dessinent déjà à l’horizon.

Crédit photos : Aurélien Cardot

La dernière fois que nous avions échangé, c’était à l’occasion de la sortie de ‘Heal’, en décembre 2023. Quel bilan tires-tu aujourd’hui de cette période ?

C’est un bilan très positif. ‘Heal’ était notre deuxième album et il ressemblait déjà beaucoup plus à ce que nous voulions faire. Nous nous étions davantage affirmés artistiquement. Certains morceaux continuent d’ailleurs à faire partie de nos setlists aujourd’hui. Avec le recul, je pense que cet album a marqué une étape importante pour le groupe. Il nous a permis de trouver une direction plus claire et de confirmer certaines intuitions que nous avions. Et avec ‘Existence’, j’ai l’impression que nous poursuivons encore davantage dans cette voie. Nous travaillons beaucoup et, pour l’instant, le travail porte ses fruits. C’est encourageant.

‘Existence’ sortira le 3 avril prochain sous la forme d’un EP. Pourquoi avoir choisi ce format après deux albums ?

La raison principale, c’est le temps. Créer un album nous demande énormément d’énergie. Nos morceaux sont assez travaillés, assez détaillés, et produire un album complet représente un investissement important. Nous avions envie de revenir plus rapidement avec de nouveaux titres et de continuer à maintenir un lien régulier avec le public. Aujourd’hui, les habitudes ont changé. Beaucoup de groupes émergents fonctionnent avec des EP ou même uniquement des singles. Il y a quelques années, particulièrement dans le metal, l’album restait la norme absolue. Personnellement, j’y suis toujours attaché, mais il faut aussi tenir compte de l’évolution des modes d’écoute. Avec un EP, nous pouvons proposer davantage de contenu sur une période plus courte et maintenir une actualité plus régulière.

Musicalement, on retrouve immédiatement l’identité de NO TERROR IN THE BANG. Pourtant, j’ai le sentiment que vous poussez encore davantage le curseur metal. J’ai aussi l’impression que ces morceaux ont été pensés pour la scène.

C’est exactement ce que nous avons cherché à faire. Nous nous sommes rendu compte que certains morceaux des précédents albums étaient parfois plus difficiles à défendre dans certaines conditions, notamment en festival ou en plein air. Notre musique possède une dimension immersive qui fonctionne très bien dans certains contextes, mais nous avions besoin de titres plus directs, capables de frapper immédiatement. L’objectif était donc d’enrichir notre répertoire avec davantage de morceaux efficaces sur scène et de rendre notre set plus homogène. Cela ne veut pas dire que nous abandonnerons les morceaux plus progressifs ou les constructions plus ambitieuses. Au contraire. Mais nous avions besoin de renforcer cet aspect de notre identité.

Peut-on considérer ‘Existence’ comme une synthèse de ce qu’est aujourd’hui NO TERROR IN THE BANG ?

Oui, je pense. En apprenant à mieux nous connaître, nous comprenons aussi davantage ce que nous avons envie de proposer. Aujourd’hui, nous avons envie de morceaux qui avancent, qui bougent, qui possèdent davantage d’impact immédiat. Et je pense même que les prochaines compositions pourraient aller encore un peu plus loin dans cette direction. Nous avons envie d’être encore plus frontaux.

Lors de notre précédente interview, tu évoquais déjà un processus de composition plus collectif. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ?

Oui, même si un trio se dégage désormais assez naturellement. Sur ‘Existence’, Sophia, Étienne et moi sommes vraiment au cœur du processus créatif. Étienne et moi travaillons beaucoup sur les compositions. Ensuite, Sophia intervient sur les structures, les lignes vocales et l’équilibre général des morceaux. Aujourd’hui, ce fonctionnement est bien établi et il nous permet d’avancer efficacement.

Le premier single, “Moon”, sort au moment où nous réalisons cette interview. J’ai beaucoup aimé ce morceau. Je retrouve votre identité, mais aussi une approche plus progressive qui m’a parfois rappelé GOJIRA. Était-ce un choix évident comme premier extrait ?

Oui, assez naturellement. Deux morceaux se détachaient vraiment comme singles potentiels : “Moon” et “Heroine”. Ce sont probablement les titres les plus accessibles de l’EP. Les autres morceaux fonctionnent très bien dans l’ensemble du disque, mais ils sont moins adaptés au format single. Certains possèdent des introductions plus longues ou des structures plus particulières. Finalement, “Moon” s’est imposé assez facilement. Et concernant GOJIRA… oui, c’est une influence totalement assumée. On retrouve effectivement ce côté très massif, très progressif, même si notre musique conserve une identité différente grâce au chant de Sophia et à une approche plus mélodique. Nous n’avons absolument aucun problème à reconnaître cette influence. Au contraire.

Mon morceau préféré reste “Chasm”. Je trouve la montée en puissance finale impressionnante, avec une atmosphère très oppressante. Et la batterie y tient une place énorme.

(Rires) Oui, c’est clairement l’un des morceaux les plus violents que nous ayons écrits. On est davantage dans quelque chose de très actuel, entre le metal moderne, le metalcore et certaines influences progressives. C’est plus frontal que ce que nous faisions auparavant. Et c’est exactement ce que nous recherchions. Nous voulions terminer l’EP avec quelque chose de très fort.

Vous avez déjà joué plusieurs titres de ‘Existence’ lors de votre concert au Petit Bain, à Paris. Comment le public les a-t-il accueillis ?

Très bien. L’ambiance était vraiment agréable. Le public était attentif, curieux et chaleureux. Il y avait plusieurs groupes à l’affiche, chacun avec son propre public, mais au final tout le monde s’est mélangé. C’était vraiment une belle soirée. Évidemment, les gens ne connaissaient pas encore ces nouveaux morceaux. Mais nous les avons écrits pour la scène. Nous avions justement cette idée en tête pendant toute la composition. J’espère que, dans quelques mois, les gens les connaîtront suffisamment pour les chanter avec nous.

Les textes abordent la chute de l’humanité à travers différents niveaux d’effondrement. Peut-on considérer ‘Existence’ comme un EP conceptuel ?

Oui. Même si Sophia aurait probablement été la mieux placée pour répondre à cette question. Elle a vraiment conçu les textes comme un ensemble cohérent. L’EP est beaucoup plus sombre que ‘Heal’. Nous sommes dans quelque chose de plus agressif, plus noir, avec des thèmes qui restent finalement assez universels dans le metal. Nous parlons de l’autodestruction, de l’effondrement, du monde qui nous entoure. Et il faut reconnaître que l’actualité de ces derniers mois nourrit assez naturellement ce genre d’inspiration. Nous sommes tous influencés par ce qui se passe autour de nous.

Vous travaillez une nouvelle fois avec Louise Dumont pour la pochette. Votre identité visuelle devient presque aussi reconnaissable que votre musique. Comment se construit cette collaboration ?

Louise ne réalise pas des illustrations spécialement pour nous. Elle possède déjà tout un catalogue d’œuvres, et je prends le temps de chercher celle qui correspond le mieux à ce que nous voulons raconter. Pour ‘Existence’, j’ai tout de suite aimé cette silhouette mystérieuse. On ne sait pas vraiment si l’on regarde un berger, une créature ou autre chose. Je trouvais que cela fonctionnait parfaitement avec notre logo et avec les deux précédentes pochettes. Cela crée une vraie cohérence. Aujourd’hui, avec l’intelligence artificielle, il est devenu très simple de produire une image. Mais justement, nous voulions continuer à travailler avec une véritable artiste. Cette pochette est le résultat d’un vrai travail humain. Il y a une personne derrière cette création. Et je pense qu’il est important de continuer à défendre cette démarche.

Tu sembles particulièrement attaché à cette cohérence visuelle.

Oui. Le metal a toujours raconté des histoires autant avec ses pochettes qu’avec sa musique. Quand j’étais enfant, je regardais les pochettes d’IRON MAIDEN pendant des heures. Il y avait énormément de détails. Cela nourrissait l’imaginaire. Aujourd’hui, nous essayons simplement de construire notre propre univers. Et Louise nous aide énormément à lui donner une véritable identité.

‘Existence’ sortira également en vinyle. C’est une première chez NO TERROR IN THE BANG.

Oui, et on en est vraiment contents. Le vinyle reste un objet particulier. C’est toujours un plaisir de pouvoir proposer ce format. Il y aura également une édition CD, donc chacun pourra choisir le support qu’il préfère.

J’imagine que vous avez maintenant hâte de défendre ces nouveaux morceaux sur scène. Des concerts sont déjà prévus ?

Oui. Nous avons plusieurs dates qui arrivent. Nous jouerons notamment au Mans avec ANNE COUNTER, puis à Rouen et à Alençon au moment de la sortie de l’EP. Et d’autres concerts sont actuellement en préparation, aussi bien pour l’été que pour la rentrée. Nous espérons que ‘Existence’ nous permettra de multiplier les dates dans les prochains mois. C’est vraiment l’objectif.

Comment imagines-tu la suite pour NO TERROR IN THE BANG ? Vous avez déjà une direction bien définie ?

Oui, il y a déjà beaucoup de projets. Nous aimerions continuer à sortir régulièrement de nouveaux morceaux. Nous avons notamment participé à un projet pédagogique dans un lycée, où des élèves ont enregistré des voix sur l’une de nos compositions. Nous aimerions pouvoir publier ce morceau. Nous avons également enregistré un titre avec une invitée, une artiste de la région rouennaise. Et puis nous réfléchissons aussi à quelque chose d’un peu différent : plusieurs morceaux entièrement orchestraux. Ce ne serait pas du metal à proprement parler. Plutôt une parenthèse cinématographique destinée aux personnes qui suivent déjà le groupe. En parallèle, nous travaillons déjà sur les prochaines compositions. Nous ne savons pas encore si ce sera un nouvel EP ou un troisième album. Mais une chose est sûre : nous allons continuer dans cette direction. Peut-être même aller encore plus loin. Plus lourd. Plus frontal. Tout en conservant ce qui fait notre identité : raconter des histoires, créer des ambiances et développer cet univers cinématographique qui nous accompagne depuis le début.

Le mot de la fin est pour toi.

Je voudrais simplement remercier toutes les personnes qui prennent le temps de nous écouter. Chaque message, chaque retour, chaque partage compte énormément. La scène n’existe que grâce au public. On l’oublie parfois, mais derrière chaque concert, il y a des gens qui décident de venir découvrir un groupe, d’acheter un disque ou simplement de nous envoyer un petit mot. Pour nous, tout cela a énormément de valeur. Alors merci à toutes celles et tous ceux qui nous soutiennent.

Notre Avis :

Avec ‘Existence’, NO TERROR IN THE BANG ne révolutionne pas son identité : le groupe la renforce. Plus direct, plus dense et clairement pensé pour la scène, cet EP montre une formation qui connaît désormais parfaitement sa direction. Les compositions gagnent en impact sans sacrifier cette dimension progressive et cinématographique qui fait sa singularité. On retrouve toujours cette capacité à alterner puissance, mélodie et atmosphères, mais avec une volonté plus affirmée d’aller à l’essentiel. Au-delà de la musique, cette évolution traduit surtout la maturité d’un groupe qui avance sans brûler les étapes. NO TERROR IN THE BANG continue de construire son univers, morceau après morceau, avec l’envie de raconter des histoires autant qu’avec celle de faire vibrer le public sur scène. ‘Existence’ est une étape qui confirme les ambitions du groupe et qui laisse entrevoir un avenir prometteur.