/ atthegatesofficial
/ atthegates_official
L’épitaphe ultime de Tomas Lindberg
En 2026, les légendes suédoises du death metal mélodique AT THE GATES sortent *The Ghost of a Future Dead*, leur huitième album, ce 24 avril chez Century Media Records. Successeur audacieux de l’expérimental *The Nightmare of Being* (sorti en 2021), ce disque s’est transformé en un épitaphe monumental pour leur chanteur emblématique, Tomas Lindberg, disparu tragiquement le 16 septembre 2025 à 52 ans des suites d’un cancer.
Un peu de contexte sur un titan de la scène underground
Tomas Lindberg, pilier absolu du métal underground, avait enregistré ses vocaux complets juste avant son opération vitale début 2024. Titan multi facettes (At the Gates, Disfear, The Crown, Nightrage), il a supervisé chaque détail : le titre, la tracklist, le mixage chez Jens Bogren ( aux Fascination Street Studios), et jusqu’à l’artwork par Robert Samsonowitz.
On retrouve également un line up ‘retour aux racines’, car après 6 ans d’absence, Anders Björler (guitariste co fondateur) rejoint la formation légendaire de *Slaughter of the Soul* (1995) – et sur le communiqué de presse on pouvait trouver ses mots :
> Anders Björler : « Après tout ce temps loin du groupe, ça redevient fun. On a fait le Damnation Festival, la tournée In Flames, les festivals… Tout le monde était excité. Tomas a commencé les paroles au printemps 2023. Puis le diagnostic en décembre 2023, juste avant le studio. Ça a été un choc terrible. »
Création sous tension : le combat de Tomas
Malgré la maladie, ATTG boucle les démos avec les vocaux complets de Lindberg. Début 2024, ils entrent aux Fascination Street Studios avec Jens Bogren.
Initialement *The Dissonant Void*, le titre devient *The Ghost of a Future Dead* au printemps 2024 – prémonition tragique.
Un héritage mais aussi un dernier rollercoaster émotionnel. Après la mort de Thomas, les membres restants jurent de finir « selon ses vœux ». Et c’est dans le deuil qui Jonas Björler, bassiste fondateur, porte l’héritage à travers quelques mots. Un échange brut et sincère.
Interview par Cidàlia Païs & Chronique par Yannick Lachaire
Credit Photo : Esther Segarra
* : Sortir *The Ghost Of A Future Dead* en hommage à Tomas, semble costaud à porter : comment te sens-tu de partager enfin ça avec tout le monde ?
Jonas : « On a gardé cet album sous le coude pendant deux ans complets, et franchement, pour nous, il semble vraiment vieux maintenant. Tout l’album a été mixé et masterisé en mai 2024 chez Jens Bogren à Fascination Street Studios – on a passé des nuits blanches là-bas à peaufiner chaque détail. Ça fait un moment qu’il nous accompagne dans les répètes, les ajustements, les doutes même. Mais c’est enfin bien de le sortir, tu sais, de lâcher cette bête dans la nature. On sent la pression monter avec les premiers retours sur ‘The Fever Mask’. Ouais, j’ai hâte de voir les réactions – les fans vont-ils capter l’hommage à Thomas ? Est-ce que l’énergie va passer ? C’est ça qui nous tient en haleine. »
* : *The Fever Mask* défonce en ouverture de l’album – quelle énergie brute et féroce dans ces riffs et la voix de Tomas en fait le premier uppercut parfait..
Jonas : « C’est du lourd, percutant dès la première seconde, je suis d’accord. ‘The Fever Mask’ est un poing dans la figure , voulu – un mur de guitares qui arrive comme un tsunami. L’arrangement est simple, chirurgical : palm-mutes ultra-rapides en verse, avec explosion harmonique au refrain, et ma basse qui verrouille le tout en contretemps. Trois minutes pile, comme un uppercut – parfait pour un premier single. Mais ça contient tous les ingrédients d’un classique At the Gates : ces riffs 50/50 thrash/mélodie qu’on maîtrise depuis *Slaughter of the Soul*, les harmoniques ouvertes qui flottent dans l’espace, et la voix de Tomas qui perce comme un cri primal. C’est pour ça qu’on l’a choisie comme premier morceau– Tomas lui-même disait que c’était ‘naturellement la première’. Les paroles sur ‘le vide déchaîné et la parano culturelle’… c’est lui tout craché. »
* : *Du titre à l’ordre des morceaux et au mix de Jens Bogren chez Fascination Street, comment honorer les volontés de Tomas a transformé le chagrin en essence pure AT THE GATES ?
Jonas : « Le retour de Anders a tout changé, c’est indéniable. Après *Nightmare of Being*, on cherchait à retrouver nos racines – ce feeling *Slaughter of the Soul* brut de 1995, mais avec la maturité d’*At War with Reality*. Anders ramène cette énergie juvénile, ces riffs qu’on écrivait à 17 ans dans les caves de Göteborg. Ça a donné une alchimie immédiate : plus de tension, plus de mélodie, mais toujours cette sauvagerie suédoise. C’est comme si on avait fermé la boucle – Thomas adorait ça. »
* : La vidéo émouvante de Patric Ullaeus pour *The Fever Mask* frappe en plein ventre – comment ça a été de capturer ce lien indéfectible avec Tomas derrière l’objectif ?
Jonas : « La vidéo est un hommage totalement réfléchi, à 100%. On a choisi ce style de montage parce qu’on voulait honorer Thomas en grand : des images de tous ses projets – At the Gates bien sûr, mais aussi The Crown, Nightrage, Disfear, ses side-projects obscurs. Patric Ullaeus a passé des heures à fouiller les archives, à recoller sa carrière morceau par morceau. C’était très émotionnel de voir ça prendre forme – chaque clip, chaque live, chaque photo… Un vrai collage de son héritage. Patric est un génie, il a capturé l’essentiel sans verser dans le pathos facile. »
* : “Förgängligheten” (les plus beaux 2 min 40 !) dure 2:41 avec intensité brute : comment tes grooves de basse ont-ils tordu le melo-death gothenburgien en uppercut existentiel éphémère ?
Jonas : « L’idée de *Förgängligheten* vient de Anders – cette guitare classique épurée avec percussions tribales, on en met toujours une par album depuis *Terminal Spirit Disease*. Mais là, c’est particulier : 2 minutes 41 d’intensité suédoise pure, ma ligne de basse qui serpente en contretemps sur des arpèges délicats. Ça crée cette urgence éphémère, ce sentiment que tout peut disparaître d’un instant à l’autre – parfait pour le titre qui signifie ‘l’éphémère’. Thomas a adoré le contraste brutal avec le reste de l’album. »
* : “Tomb of Heaven” – de l’intro synthé aux riffs acérés, au solo parfait.. Qu’est-ce qui se cache derrière *Tomb of Heaven* ?
Jonas : « Lyriquement, *Tomb of Heaven* continue direct le concept de *Nightmare of Being* : la petitesse cosmique de l’humanité face à l’univers infini. Thomas explorait ces implications psychologiques – être une poussière consciente dans l’immensité, regarder les étoiles et réaliser qu’on n’est rien. L’intro synthé froide pose l’espace vide, les riffs acérés représentent la tombe du paradis, et mon solo arrive pile au climax émotionnel. C’est du At the Gates classique : structure A-B-A avec tension croissante, mais Thomas s’est surpassé sur les paroles. Il disait que c’était sa réponse au vide existentiel – sombre, mais étrangement libérateur. »
* : Comment avez-vous équilibré vos riffs thrash directs « 50/50 », ce flair old-school typique AT THE GATES pour faire écho à *At War With Reality* sans le cloner ? Sur *The Fever Mask* et *The Dissonant Void*, quelles techniques de guitare ont cloué ces vitesses fulgurantes rappelant *Slaughter Of The Soul* tout en restant frais ?
Jonas : « Je ne suis pas sûr de ce qu’on change consciemment. Quand tu écris pour At the Gates, tu n’y penses pas avant – aucune stratégie, aucun tableau d’inspiration. Tu te poses avec ta guitare, tu jammes avec Anders, et ce qui sort, sort. On a écrit 25 riffs, gardé les 12 meilleurs, enregistrés en direct. Pas de pro-tools démos interminables, juste du feeling brut. C’est comme ça qu’on garde ça frais – on ne réfléchit pas trop. Résultat : 12 chansons qui sonnent ATTG mais jamais pareilles. On n’y pense pas, on fait, point.
Il faut un fil conducteur à travers tout At the Gates, sinon on arrête ou on change de nom. Cette sauvagerie mélodique 50/50 thrash/mélodie, c’est notre signature depuis 1993. Nos influences d’ado – Entombed, Carcass, mais aussi Voivod, Celtic Frost – sont toujours là. À 16 ans, on jouait ça dans les caves de Göteborg avec trois ampli pourries. Aujourd’hui, on ajoute des touches : post-punk sur *In Dark Distortion*, Judas Priest sur *Phantom Gospel*. Mais les riffs doivent passer le test : ‘Ça sonne ATTG ?’ Si non, poubelle. C’est dur de ne pas répéter le même album, mais c’est notre job : garder la flamme fraîche 30 ans après. Les fans le sentent, et c’est ça qui compte. »
« L’inconstance des autres : notre constance, notre force »
« Beaucoup de groupes ont muté complètement – death en djent, black en post-rock… At the Gates, on sonne encore comme le même groupe 30 ans après *Slaughter*. C’est notre force et notre malédiction. Les fans savent à quoi s’attendre : riffs assassins, mélodies inoubliables, brutalité suédoise. On n’a pas vendu notre âme pour TikTok. Dans un monde où tout change, cette constance est notre superpouvoir. »
* :L’artwork de Robert Samsonowitz, les formats Century Media en pagaille – quel détail unique crie le plus fort ‘c’est l’héritage de Tomas en bouteille, pur ADN AT THE GATES’ pour vous ?
Jonas : « L’artwork continue *Nightmare of Being* – Thomas voulait ses pires peurs : l’immensité de l’espace (le vide cosmique) et les abysses marins (l’inconnu sous nos pieds). Les grandes vagues bleues/noires symbolisent les deux : puissance écrasante, beauté terrifiante. Il a briefé Robert Samsonowitz, notre vieux pote de Göteborg, qui a créé cette pochette monumentale. Les détails sont fous – des fractales dans les vagues qui rappellent les nébuleuses, des ombres sous-marines qui deviennent galaxies. C’est parfait, ça capture l’ADN At the Gates : beau, brutal, cosmique. »
* : Le titre est passé de *The Dissonant Void* à *The Ghost Of A Future Dead* : « Énergie féroce et mélodies puissantes définissent notre essence » – comment cet album immortalise ça ?
Jonas : « À l’origine, le titre c’était *The Dissonant Void* – déjà fort. Mais après sa chirurgie et les radiothérapies, Tomas a tout changé. Il voulait un titre qui claque comme un coup de poing, qui résume son combat : *The Ghost of a Future Dead*. Omineux, prophétique – quand tu connais l’histoire, ça te glace. Il savait que 2025 serait son année la plus dure, son combat final. Ce titre n’est pas morbide, c’est une déclaration de guerre au destin. Chaque note de l’album porte ça. »
Video par Costin Chioreanu
* : Promettre de finir ce voyage pour Tomas : l’album le plus puissant d’AT THE GATES ? Comment faire résonner sa voix après la sortie de l’album ?
Jonas: « On ne fera pas de tournée, pour des raisons évidentes. Cet album sera notre dernier, un point final monumental.
Un album d’héritage pur, comme un testament musical. On n’exclut pas un show hommage dans 3-5 ans – sa voix sur écran géant, nous qui jouons *Slaughter* et les nouveaux titres. Mais pas de cirque, pas de tournée d’adieu larmoyante. Juste la musique qui parle. C’est dur d’en parler maintenant – on n’a pas encore digéré sa perte. Mais c’est naturel, c’est la fin d’un cycle 35 ans après le début. »
Jonas : « Un message aux fans français ? Écoutez cet album en pensant à Tomas – son feu, sa rage, son génie. Chaque riff, chaque parole, c’est lui. Son héritage vit là-dedans. Merci pour 30 ans de soutien. On se reverra, d’une manière ou d’une autre. »
L’écho éternel de Tomas Lindberg
Jonas Björler livre bien plus qu’une interview : un testament vivant d’At The Gates, porté par l’ombre immense de Tomas Lindberg. De l’uppercut cosmique de « The Fever Mask » aux 2 minutes 41 d’éphémère suédois de « Förgängligheten », en passant par les vagues apocalyptiques de l’artwork et les riffs 50/50 thrash/mélodie qui définissent 35 ans de légende gothenburgienne, *The Ghost of a Future Dead* n’est pas un album.
C’est un exorcisme. Un défi au destin. L’héritage d’un Titan.
> « Écoutez en pensant à Tomas et son héritage. Ça veut tout dire. »
Jonas Björler
Ce 24 avril 2026, lorsque les premières notes déchireront le silence, ce ne sera pas une sortie discographique. Ce sera une résurrection. La voix rauque de Tomas, ses paroles hantées par le vide cosmique, les riffs d’Anders et Jonas forgés dans les caves de Göteborg il y a trois décennies – tout converge vers ce moment où le métal réapprendra ce qu’est la transcendance.
PLUS D’INFORMATIONS :
Album : *The Ghost of a Future Dead*
DATE DE SORTIE : 24 Avril 2026
LABEL : Century Media Records
ARTWORK : Robert Samsonowitz.
Line-up:
Tomas Lindberg – Vocals
Jonas Björler – Bass
Anders Björler – Guitars
Martin Larsson – Guitars
Adrian Erlandsson – Drums
L’ambiance est claire : le groupe avance en regardant la mort droit dans les yeux et ils ne sont pas là pour plaisanter, a l’image de “The Fever Mask”.
Le titre d’ouverture de l’album percute dès les premières secondes : ça frappe fort et ça trace droit.
Comme avec “The Dissonant Void”, tout est court (moins de trois minutes), direct, presque tranchant. Aucune intro superflue : le morceau démarre immédiatement sur un mid/fast tempo nerveux, porté par des riffs mélodiques typiques du son de Göteborg.
Le groupe n’en n’oublie pas pour autant son sens de la mélodie, notamment avec “Fögangligheten”, un titre instrumental majestueux.
Avec *The Ghost Of The Future Dead*, At The Gates ne livre pas simplement un nouvel album mais une œuvre terminale, hantée par l’absence et nourrie d’une intensité presque funéraire qui dépasse largement le cadre d’une simple nouvelle sortie. Huitième opus studio d’un groupe fondateur du death metal mélodique suédois.
L’écriture repose sur un équilibre subtil entre héritage et déconstruction. Les lignes mélodiques conservent cette identité, mais s’en détachent régulièrement au profit de motifs plus dissonants et de progressions moins prévisibles.
Les guitares adoptent une posture volontairement plus pesante, ralentissant le tempo pour installer une tension durable. Ce choix structurel confère à l’album une densité particulière, renforcée par une production ample qui privilégie la profondeur à la frontalité.
Le chant se distingue par une retenue assumée. Plutôt que de rechercher l’impact immédiat, l’interprétation s’inscrit dans une logique de cohérence globale, au service d’une narration plus intérieure. Cette approche contribue à l’unité du disque, qui se révèle progressivement à l’écoute.
Sur le plan thématique, *The Ghost Of a Future Dead* développe une réflexion centrée sur la mémoire, la disparition et la trace. Sans verser dans le pathos, l’album installe une atmosphère grave, presque contemplative, qui renforce son identité et sa portée.
Un album exigeant, qui s’adresse autant à l’intellect qu’a l’instinct.
Dense et réfléchi, qui privilégie la profondeur à l’impact immédiat.
Il s’impose comme une pièce importante.
A la mémoire de Tomas « Tompa » Lindberg (1972 – 2025)