Vecteur Magazine

Toujours en Devenir

cet article est en français & anglais

Trente ans de riffs, de réinventions et d’un engagement qui dépasse largement la scène. Trente ans de Decapitated, trente ans d’un parcours qui n’a cessé de franchir des obstacles et de rebondir. Fondé en 1996 à Krosno par deux adolescents guitaristes, le groupe est devenu l’une des voix essentielles du métal extrême, porté par un guitariste-compositeur au profil unique : Wacław « Vogg » Kiełtyka, accordéoniste de formation classique, qui a étudié à l’Académie de Musique de Cracovie, passé par Lux Occulta, Sceptic et Vader, et guitariste soliste de Machine Head. 

Ces trois décennies se sont construites sur une exigence rare, entretenue par un musicien qui refuse de confondre expérience et absence de choses à apprendre. C’est cette quête qui s’exprime dans cet entretien, au moment précis où il commence une nouvelle étape : l’achèvement d’un prochain album. 

Deux jours avant notre conversation, Vogg a en effet terminé l’écriture du dernier morceau du prochain album de Decapitated. La nouvelle surgit au détour d’une réponse consacrée à tout autre chose : ce qu’il lui reste encore à apprendre. Ce n’est pas un détail anecdotique, mais le point d’entrée le plus révélateur qui soit.

Pour moi, fan inébranlable de Decapitated, cette entrée en matière se révèle aussi inattendue que éclairante.

L’anniversaire invite à la rétrospective ; le compositeur pense déjà à préparer les morceaux pour le studio.

Pour moi, cet élan est au cœur de l’attachement que je porte à Decapitated. L’enthousiasme ne tient pas seulement à la puissance de leur jeu : il naît aussi du désir de comprendre comment cette musique tient debout, puis d’y trouver une nouvelle raison de revenir. 

Suivre son groupe préféré au fil des années, c’est apprendre à reconnaître sa personnalité même lorsque son vocabulaire change. Cette conversation offre un accès particulièrement direct à la façon dont Vogg envisage cet équilibre : rester fidèle au travail, tout en laissant ce travail donner naissance à quelque chose de nouveau.

Interview par Cidàlia Païs

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Trente ans, et toujours en Mouvement

*Je suit Decapitated depuis presque ses débuts. Trente ans plus tard, que ressens-tu en repensant aux adolescents qui ont enregistré ces premières démos et au chemin parcouru depuis ?

*J’ai le sentiment d’avoir déjà parcouru un très long chemin. Je ne pense pas tellement au fait que cela fait déjà trente ans. Mais puisque tu me poses la question maintenant, je dois m’y arrêter : oui, cela fait vraiment trente ans. 

Je ne m’en rends même pas compte. C’est long…

Nous étions adolescents à l’époque, et aujourd’hui, je suis le seul membre d’origine encore présent depuis les débuts.

Je peux seulement expliquer ce que cela représente pour moi. Je ne peux pas parler au nom des autres. Dans la formation actuelle, il y a notre nouveau chanteur, Eemeli ; il est dans le groupe depuis un peu plus d’un an. Rasta, notre précédent chanteur, est resté plus longtemps, quinze ans. Paweł, le bassiste, est là depuis un bon moment déjà, et James depuis huit ou neuf ans. Moi, en revanche, je suis là depuis le début. J’ai commencé en 1996.

Cela a été un long parcours. Il s’est passé tellement de choses, il y a eu tellement de changements.. On pourrait aborder l’histoire du groupe sous de nombreux angles : la façon dont la musique a changé, dont elle a évolué, ce qui se passe aujourd’hui. 

Nos anciens membres aussi : tous ces musiciens, tous ces membres de l’équipe ont influencé le groupe. Les chanteurs, surtout : d’abord Sauron, puis Covan, ensuite Rasta et maintenant Eemeli. Si l’on voulait raconter toute cette histoire, ce serait très long. Il faudrait un énorme livre…

J’essaie de me concentrer sur ta question : c’est formidable de continuer à faire vivre cet héritage et d’être encore sur scène, surtout maintenant que tout fonctionne aussi bien. Nous jouons dans de très bons festivals, nous donnons de très bons concerts et il y a une belle alchimie dans le groupe. Pour moi, aller jouer dans un festival ou donner un concert comme celui d’aujourd’hui, c’est un pur plaisir. J’en profite autant que possible. Et repenser à ces trente années me fait du bien. Il y a eu beaucoup de moments positifs et d’autres qui l’étaient moins dans l’histoire du groupe, mais lorsque tu tournes dans le monde entier pendant trente ans, cela représente pratiquement toute ta vie. C’est l’histoire de ma vie, parce que j’ai passé tellement de temps à travailler pour le groupe, à composer et à tourner. C’est une part immense de mon existence.

De Krosno à un langage Singulier

Decapitated voit le jour en 1996 à Krosno, dans le sud-est de la Pologne, à l’initiative du guitariste Wacław « Vogg » Kiełtyka, de son frère cadet et batteur Witold « Vitek » Kiełtyka et du chanteur Wojciech « Sauron » Wąsowicz ; le bassiste Marcin « Martin » Rygiel les rejoint l’année suivante.  Vogg et Vitek n’ont alors que quinze et douze ans. 

Ces âges impressionnent, mais ils ne suffisent pas à tout expliquer. Les musiciens de la formation d’origine ont suivi un enseignement musical, et Vogg a étudié l’accordéon : un détail inattendu dans le parcours d’un guitariste associé au metal extrême.  

Cette formation contribue à distinguer leurs premières compositions, comme le souligne le récit des débuts du groupe. Il s’agit de jeunes musiciens disposant d’outils pour comprendre la musique, et pas seulement d’une histoire spectaculaire d’enfants capables de jouer des morceaux d’une difficulté démesurée. 

Au cours de notre échange, Vogg met cette formation en regard d’une réalité bien moins séduisante. Il est alors difficile d’accéder à de bons instruments, à des amplificateurs ou à des salles de concert. L’argent manque, et il se souvient de peu de dispositifs d’accompagnement comparables à ceux qu’il découvrira ailleurs par la suite. Son récit de ces débuts est concret : quand on voulait vraiment jouer, on trouvait quelque chose sur quoi se brancher.

Les premières démos, « Cemeteral Gardens » en 1997 et « The Eye of Horus » en 1998, précèdent le contrat qui conduit le groupe chez Earache Records.  Le premier album, « Winds of Creation », paraît en 2000, après un enregistrement au Selani Studio auquel Piotr « Peter » Wiwczarek, de Vader, participe à la production.  Dès le départ, cette histoire conjugue débrouillardise et soutien de la communauté métal polonaise.

Le lien remonte jusqu’au nom du groupe, inspiré du morceau « Decapitated Saints » de Vader.  Ce détail discret, mais révélateur, inscrit les jeunes musiciens dans une filiation au moment même où ils commencent à bâtir leur propre identité.

Il importe de garder ces deux réalités à l’esprit. Les débuts de Decapitated sont inspirants par le travail et l’ingéniosité qu’ils révèlent, pas parce que de jeunes musiciens devraient être contraints de lutter pour s’équiper.

 

La place de Vitek dans la musique

Tout récit de l’histoire de Decapitated doit évoquer l’accident de bus survenu en tournée en 2007, qui coûte la vie à Vitek et laisse Covan grièvement blessé.  Vogg reconstruit ensuite le groupe, dont le retour prend forme en 2009. 

Mais le souvenir ne peut se limiter à cette triste perte. Le partenariat musical né entre les frères Kiełtyka est essentiel pour comprendre les premières années du groupe. Revenir aux disques, c’est se souvenir et célébrer Vitek comme d’un musicien et un cofondateur, et de Covan comme d’un chanteur ayant contribué à façonner une période aventureuse, plutôt que de laisser l’accident résumer toute leur histoire.

La relation créative entre les deux frères reposait sur une répartition concrète du travail : Vogg à déjà révélé que Vitek écrivait la majorité des premières parties de batterie, tandis qu’il a lui-même fini par préparer ces arrangements avant de les développer avec ses batteurs. 

Le changement concerne donc autant la méthode que les musiciens. Il permet de comprendre pourquoi la continuité ne saurait signifier la répétition à l’identique.

C’est avec cette histoire en tête, et avec mon admiration pour le musicien qui continue de créer, que je ramène la conversation à la résilience.

*Ta façon de parler du groupe laisse entendre que ton enthousiasme est toujours aussi vivant. En suivant votre parcours, je reviens sans cesse au mot « résilience » : malgré tout ce que Decapitated a traversé, tu as continué à créer. Qu’est-ce qui a nourri cet engagement ?

*Si l’on voit les choses sous cet angle, quelqu’un qui fait la même chose pendant trente ans, oui, bien sûr. 

Merci de le dire.   

Mais beaucoup de gens exercent une activité pendant longtemps, dans des domaines très différents. Cela vaut aussi pour les ouvriers, les enseignants, les ingénieurs. Tout le monde n’a pas nécessairement une activité qu’il poursuit sur la durée, ou pas toujours aussi longtemps. Certains le font pendant dix ans, voire soixante ans.

Pour moi, faire partie de Decapitated relève d’une décision : c’est ce que j’ai choisi. J’étais adolescent quand je me suis dit que j’allais jouer de la guitare, monter un groupe et faire ça. C’est mon truc. 

Alors je me demande toujours comment faire tout ce qui est possible pour que cela se concrétise, pour que cela reste possible, pour continuer. J’ai même choisi la ville où j’habite pour me rapprocher du groupe. 

Et quoi qu’il arrive, j’essaie de surmonter tous les problèmes, toutes les difficultés qui se dressent entre moi et ce que j’ai décidé de poursuivre.   

Oui, cela a demandé beaucoup de force et de dévouement, et ce n’était certainement pas facile. Il y a eu de nombreux moments difficiles, où j’aurais facilement pu arrêter ou simplement faire une pause plus longue. Mais, d’une manière ou d’une autre, j’ai continué, et il y a aussi des gens qui me soutiennent. Il ne s’agit pas seulement de moi : il y a toute une équipe, ou une famille. Dans certaines circonstances, lorsque des choses se sont produites dans le groupe, ces personnes ont essayé de m’aider, et leur soutien m’a permis de traverser ces épreuves.

Et puis, trente ans, quand on y pense, c’est fou, non ? Mais d’un autre côté, quand on aime vraiment ce que l’on fait, cela rend les choses un peu plus faciles. Et le temps passe très vite. Quand tu te concentres sur la guitare, la composition et les tournées, cela ne paraît pas si long, je crois, parce que je suis vraiment investi dans le groupe et dans cette vie dont j’ai toujours rêvé. C’est donc assez facile d’exercer ce métier lorsque l’on est véritablement passionné : le temps file sans qu’on s’en aperçoive. Ce n’est pas un métier facile, mais il reste formidable. J’apprécie vraiment ce que je fais pour gagner ma vie.

La technique au service d’une direction

Les quatre premiers albums studio se succèdent à un rythme remarquable : « Winds of Creation » en 2000, « Nihility » en 2002, « The Negation » en 2004 et « Organic Hallucinosis » en 2006.  Ensemble, ils constituent un corpus qui porte une influence sur une nouvelle génération de musiciens de métal extrême.

La question technique pertinente ne consiste pas seulement à mesurer la vitesse d’exécution. Elle porte sur la façon dont un arrangement guide l’auditeur à travers les différentes parties. Dans un entretien réalisé autour de « Cancer Culture » et publié par les confrères de Kevy Metal en 2024, Vogg décrit l’écriture des débuts comme plus proche de la composition classique que d’une structure couplet-refrain conventionnelle, de nombreux riffs n’étant pas repris ensuite.   

 Cette distinction éclaire bien mieux les premiers disques que l’idée d’une simple épreuve d’endurance.

Pensons à la différence entre un riff qui revient comme un point de repère et un autre qui conduit vers un passage inconnu. Le premier peut susciter la reconnaissance ; le second, créer de l’élan et de l’incertitude. Aucun des deux procédés n’est intrinsèquement plus sophistiqué. Ce qui compte, c’est que l’auditeur perçoive une direction.

« Spheres of Madness », extrait de « Nihility », devient l’un des morceaux emblématiques du groupe, qualifié d’hymne death metal dans le récit historique du label Nuclear Blast. Sa place dans cette histoire rappelle utilement qu’une identité de métal extrême ne se résume pas à une exécution redoutable. Elle a aussi besoin de donner aux auditeurs l’envie de revenir.   

Les musiciens et le vocabulaire musical continuent d’évoluer : Adrian « Covan » Kowanek remplace Sauron en 2005, avant « Organic Hallucinosis ».  Les structures plus complexes et l’approche polyrythmique de cet album sont au cœur du tournant stylistique du groupe. C’est un jalon essentiel : la volonté de Decapitated de dépasser son modèle initial existait déjà avant la fin de sa première époque.

L’intérêt ne tient pas seulement à la difficulté des parties. Il réside dans leurs relations et dans les choix qui transforment une aptitude instrumentale en composition.

*Ton rôle dépasse largement la guitare : tu composes et tu façonnes les arrangements, y compris les parties de batterie. 

Ce qui m’a toujours frappée dans vos premiers enregistrements, c’est la maturité technique que vous aviez atteinte alors que vous étiez encore adolescents. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur cette maîtrise précoce ?

*Quand je repense à nos premiers morceaux, je trouve que nous n’avions pas tellement d’expérience au départ. Nous ne savions pas grand-chose de la façon d’arranger la musique.   

Tu sais, j’apprends encore à arranger les morceaux. Certains groupes ont des producteurs, d’autres font appel à des gens pour les aider à arranger ou à écrire leurs titres. Je n’ai jamais eu de producteur, et j’essaie de devenir moi-même producteur, arrangeur, avec des résultats variables. 

Mais je continue d’essayer et d’apprendre, encore aujourd’hui, alors que je travaille sur le nouvel album. D’ailleurs, c’est terminé. J’ai fini le dernier morceau il y a deux jours, ce qui est aussi un immense soulagement pour moi, parce que j’ai passé ces derniers mois, en réalité ces dernières années, à préparer ces titres. 

Et je peux dire que c’est terminé. C’est formidable, et j’en suis vraiment satisfait.

En ce moment, James et moi passons pas mal de temps en salle de répét. Nous faisons ces séances pour travailler et mettre les morceaux dans les meilleures conditions avant d’entrer en studio. 

Ça va être énorme.   

Je suis presque certain que ce sera génial. Nous choisissons les nouveaux studios, les microphones, tout ce qu’il faut, et nous préparons le matériel.

Mais pour revenir à ta question, nous avions une assez bonne technique ; nous étions plutôt bons instrumentistes dès le départ. Même avec le manque d’expérience.

C’est parce que nous sommes allés à l’école de musique : mon frère et moi, mais aussi le premier chanteur et le premier bassiste. Nous nous y sommes tous rencontrés là-bas. On a reçu une formation musicale qui nous a aidés à acquérir assez rapidement de bonnes compétences instrumentales, et qui nous a poussés à progresser. Peut-être que nous avancions un peu plus vite que nos camarades des autres groupes, un peu plus vite sur certains aspects techniques et ce genre de choses.

La formation et l’ambition expliquent en partie cette précocité. Les conditions dans lesquelles ces jeunes musiciens devaient travailler comptent tout autant, et Vogg s’en souvient sans les idéaliser.   

*La formation musicale était là, mais l’accès au matériel et à l’accompagnement était une autre affaire. Ce n’était pas un environnement facile pour monter un groupe, n’est-ce pas ?

*Non, ce n’était pas facile. Nous n’avions pas de belles salles de concert ; nous n’avions pas accès à du bon matériel, à de bonnes guitares ou à de bons amplis. 

C’était encore un problème, parce que nous avons grandi à une période difficile pour l’économie du pays. L’accès au matériel et à ce genre de choses n’était ni simple ni rapide. 

Et puis, nous étions des gamins ; nous n’avions pas le budget. Le pays ne nous offrait pas beaucoup de possibilités. Il n’y avait aucun soutien de l’État ou du gouvernement.     

Quand je regarde cette salle, par exemple, ou que je discute avec des musiciens français d’autres groupes, ce sont des sujets que j’ai déjà abordés : peut-être qu’ici, en France, l’environnement était différent pour les musiciens, avec d’autres formes de soutien. 

Mais quand tu as de la passion, tu trouves un moyen. Tu te débrouilles ; tu branches ton câble sur ce qui sert à faire fonctionner la radio, sur ce que tu trouves, et c’est parti. 

Si tu veux vraiment continuer à faire quelque chose, tu trouveras une solution.

Cela aurait été formidable d’avoir un meilleur soutien dès le départ, du matériel et tout le reste, pour ne pas perdre de temps. Aujourd’hui, les jeunes peuvent accéder tout de suite au meilleur équipement. Enfin, à une partie du meilleur matériel, parce que cela reste parfois cher, mais il est beaucoup plus facile qu’avant de trouver du bon équipement, c’est certain. Sans parler de l’accès à Internet et de tout ce qui va avec.

*Cette persévérance peut montrer aux jeunes musiciens ce qu’il est possible d’accomplir. Pour moi qui suis Decapitated depuis ses débuts, comme je le disais tout à l’heure, voir votre confiance dans le groupe perdurer compte énormément. 

Tu as évoqué le nouvel album ; sans anticiper une prochaine conversation, que peux-tu nous en dire de plus à ce stade ?

*Je peux seulement te dire ceci : l’écriture est terminée. Il y a de nouveaux morceaux, et un album va être enregistré prochainement, pour une sortie probablement l’année prochaine. Nous en reparlerons une autre fois, si tu es d’accord.

*Ce sera avec plaisir. 

Au moment de notre échange, le prochain album en est donc là : l’écriture est achevée et les morceaux se préparent pour le studio. L’enthousiasme est palpable, mais l’enregistrement et la sortie restent à venir. Il s’agit d’un aperçu du travail en cours, pas d’un verdict sur un disque encore inédit.

Reconstruire le groupe, élargir le langage

Le Decapitated reformé réunit Vogg, le chanteur Rafał « Rasta » Piotrowski, le batteur Kerim « Krimh » Lechner et le bassiste Filip « Heinrich » Hałucha. Leur première déclaration d’intention en studio prend la forme de « Carnival Is Forever », en 2011, produit par Vogg, enregistré par Arkadiusz « Malta » Malczewski et mixé par Daniel Bergstrand, qui a travaillé également à l’enregistrement de la batterie. 

Cette formation renaissante signe son propre disque, plutôt que de chercher à figer l’époque précédente. Le morceau qui vient d’entrer dans notre conversation en fait partie.

« A View From a Hole » figure sur « Carnival Is Forever ».  Sa place dans cet échange est révélatrice : ce qui commence par l’admiration d’une introduction devient une question sur la liberté du groupe et les territoires qu’il peut explorer.   

« Blood Mantra » suit en 2014, puis « Anticult » en 2017.  Dans la biographie accompagnant « Anticult », Vogg évoque des arrangements plus courts, la volonté de préserver le groove plutôt que de pousser les tempos trop loin, et l’intégration du death metal, du thrash, du rock ’n’ roll, du black metal et des atmosphères au sein d’un même travail d’écriture.  Son refus d’être enfermé dans une catégorie étroite a donc sa propre histoire.

Ici, la technicité relève autant du discernement que de l’exécution. Un arrêt parfaitement maîtrisé peut compter autant qu’un trait rapide. La répétition peut créer de la tension ; un changement de densité peut donner davantage d’impact à l’entrée suivante. Un compositeur doit décider de ce qui mérite une place, et pas seulement de ce que les musiciens sont capables de jouer.   

Cette approche s’inscrit dans un parcours plus large. Vogg rejoint Machine Head en 2019, puis annonce en février 2024 son départ en tant que membre permanent, évoquant les exigences de deux groupes actifs et désignant Decapitated comme sa priorité.  

Cette expérience appartient à sa biographie, mais Decapitated reste au centre de l’histoire qu’il raconte ici.

Un autre changement intervient en octobre 2024, lorsque le groupe annonce le départ de Rasta et présente le chanteur finlandais Eemeli Bodde, connu pour son travail au sein de Mors Subita.  Le quatuor actuel réunit Bodde, Vogg, le bassiste Paweł Pasek et le batteur James Stewart. 

Ces expériences et ces changements de musiciens forment la toile de fond de la réponse de Vogg. Mais son critère pour évaluer une idée nouvelle reste direct : fonctionne-t-elle musicalement ?

*Il y a tant de choses que j’aime dans votre discographie, mais l’introduction de « A View From a Hole » me frappe particulièrement par son esprit d’exploration. Elle illustre ce que je trouve si passionnant chez Decapitated : cette volonté de s’aventurer au-delà de ce que l’on attend de vous.

*Merci.

*Cet esprit d’exploration soulève une question plus large : quelle liberté vous accordez-vous pour dépasser les frontières de l’étiquette ‘death metal’ ?

*Tu sais, je crois que nous ne sommes plus vraiment…

*Un groupe de death metal technique ?

*Oui. Je n’aime plus tellement cette définition pour Decapitated, parce que je pense que nous jouons simplement du métal. Nous ne sommes pas un groupe qui se concentre sur un seul genre. Quand tu écoutes Decapitated, tu peux mettre certains morceaux et avoir l’impression d’entendre cinq ou six groupes différents. On ne se limite pas à un style ou à un genre étroit. J’aime garder l’envie de changer, d’aller à gauche ou à droite et de puiser des influences partout.   

Ce sera encore plus le cas sur le nouvel album tu verras. 

Je suis un grand amateur de thrash et de heavy metal. J’écoute Judas Priest, Slayer, Morbid Angel, pour parler de métal, mais aussi beaucoup d’autres styles de musique très différents. 

Mes influences vont bien au-delà. 

Je ne me considère plus comme un amateur de death metal technique ou de quoi que ce soit de ce genre. À vrai dire, je n’en suis même pas un immense fan. Nous jouons simplement du métal. 

Alors, quand je crée des riffs et qu’ils me plaisent, je ne vais pas me punir, ou renoncer à les utiliser, juste parce qu’ils ressemblent un peu à des riffs de Judas Priest et qu’ils ne correspondraient donc pas à Decapitated. 

Non : si j’écris ce genre de riffs, que je les trouve excellents et que je prends plaisir à les jouer avec mon groupe, je les garde. 

Tout est une question de liberté de création. Je comprends que certains groupes souhaitent que chaque disque ressemble presque exactement au précédent. Moi, je ne veux jamais faire ça.

« Cancer Culture » : puissance, précision et portée Émotionnelle

Paru le 27 mai 2022, « Cancer Culture » est le huitième album studio de Decapitated et le premier enregistré avec le batteur James Stewart. Il élargit également la palette vocale grâce aux participations de Tatiana Shmayluk, de Jinjer, sur « Hello Death », et de Robb Flynn, de Machine Head, sur « Iconoclast ». 

Vogg produit l’album, Tomasz « Zed » Zalewski l’enregistre, David Castillo le mixe et Ted Jensen en assure le mastering. Jarek Szubrycht, qui avait signé les paroles de « Carnival Is Forever », revient comme parolier, abordant l’écart entre les ambitions de l’humanité et ses capacités, ainsi que la religion, la technologie et les comportements destructeurs.  

Szubrycht est également le chanteur de Lux Occulta, autre groupe dans lequel Vogg a tenu la guitare, ce qui inscrit leur collaboration dans une histoire musicale plus large. L’identité du disque dépasse donc ses seules exigences instrumentales.   

Un détail technique éclaire cette place accrue donnée à la mélodie : Vogg a décrit les solos de « Cancer Culture » comme l’occasion de raconter une histoire, en accordant davantage de liberté au phrasé par-dessus le riff, plutôt que d’utiliser la guitare solo pour faire une démonstration de vitesse. Il oppose cette approche à l’écriture centrée sur les riffs et le travail de la main droite de titres comme « Homo Sum », « Pest » et « Blood Mantra », et situe son vocabulaire soliste du côté des gammes mineures harmonique et naturelle, avec une liberté accrue dans le phrasé.  

L’enjeu n’est pas d’abandonner le contrôle, mais de déterminer à quel endroit cette maîtrise doit laisser une phrase respirer.   

Ce qui m’intéresse le plus, pourtant, c’est la question de composition qui se cache derrière le matériel : comment laisser à une phrase l’espace de s’exprimer ? Un son de guitare peut être immense sans offrir le moindre chemin à une mélodie. C’est l’arrangement qui crée cet espace.

C’est là que la discussion technique devient profondément personnelle. Le morceau que je veux évoquer avec lui n’est pas, dans cette conversation, une démonstration de virtuosité : c’est celui dont l’impact émotionnel m’accompagne le plus durablement.

*« Hours as Battlegrounds » est devenu mon morceau préféré, pas seulement dans votre discographie, mais tous groupes confondus. Il possède une force émotionnelle dont je souhaite te parler depuis la sortie de « Cancer Culture ». Mais plus important, quels souvenirs gardes-tu de son écriture ?

*Ahh.. Ce morceau… Pendant la création de l’album, c’est celui qui m’a donné le plus de mal à composer, parce qu’il m’a fallu énormément de temps pour arriver à sa version définitive. Cela ne s’entend pas : il n’est pas compliqué, ni quoi que ce soit de ce genre. Mais parfois, à l’écoute, on ne se rend pas compte du processus : du temps que peuvent demander une simple mélodie, un simple riff. Ce morceau m’a pris énormément de temps avant que j’arrête enfin la version définitive. 

Mais c’est un morceau différent, totalement singulier sur cet album. Et oui, il est formidable, je l’adore et ravi de savoir qu’il compte pour toi.

Je l’ai réécouté la semaine dernière, simplement pour voir, parce que c’est une expérience intéressante de revenir à sa propre musique après un certain temps et de l’observer avec le recul, mais aussi avec le regard que l’on porte aujourd’hui, une expérience nouvelle, une autre façon d’écrire et tout ce qui va avec. Nous changeons constamment en tant que personnes. Notre façon de voir les choses, de les entendre, évolue sans cesse. C’était donc une expérience très agréable. Je me suis dit : « Waouh. » J’étais impressionné.

Nous avons joué ce morceau en tournée pendant les premières années qui ont suivi « Cancer Culture », puis nous avons fini par arrêter, je ne sais pas trop pourquoi. Je pense que nous devrions le reprendre.

C’est le genre de détail qui donne tout son sens à une interview. L’admiration nous conduit vers un morceau ; le compositeur nous en révèle les choix. Ce que j’entends comme une émotion immédiate a aussi été, pour lui, un long problème de composition.   

L’enregistrement achevé ne permet pas de mesurer de façon fiable l’effort qu’il a fallu fournir pour y parvenir. Entendre Vogg le raconter renforce ce lien au lieu de l’atténuer : la musique peut sembler instinctive alors même que la recherche de sa forme définitive n’avait rien d’évident.

La suite du chemin Parcouru

*Voir Decapitated ici, au Muscadeath, toujours en allant de l’avant, compte beaucoup pour moi. 

Avant de se quitter je voulais te demander, quelles ambitions restent encore sur la liste de tes envies pour le groupe ?

*J’en trouverai sûrement, c’est certain. Je dois l’avouer : je suis vraiment satisfait de la situation actuelle de Decapitated. Je suis très content de ce que nous avons aujourd’hui. Je n’ai pas à me plaindre. Les concerts continuent, nous avons bientôt des séances d’enregistrement, tout va bien. Une liste d’envies ? Je trouverai probablement quelque chose. Nous pourrions faire une tournée avec Metallica, ce serait sympa. [et il me dit ça en toute humilité]

*J’aimerais beaucoup voir ça. Vous avez déjà partagé l’affiche avec Megadeth il n’y a pas si longtemps..

*Oui, nous avons joué avec Megadeth cet été. C’était incroyable. 

Metallica, c’est peut-être un peu trop gros, mais…   

*Je vais partager et je croise les doigts pour ton rêve en tout cas !

*Il y aura probablement encore quelques envies. Le mieux serait simplement de continuer avec la formation que j’ai aujourd’hui et avec les membres de l’équipe. Ce sont des gens vraiment formidables, et nous avons une équipe extrêmement solide. On sent la cohésion et la force. Il y a quelque chose de différent.

*Vogg, merci pour ton temps et pour avoir partagé avec moi cette partie de l’histoire de Decapitated.

*Merci à toi pour toutes ces années à nous soutenir !

C’est ici que cette histoire me semble la plus inspirante. Vogg ne propose pas de grande théorie de la persévérance. Il raconte le choix de poursuivre le travail, l’importance des personnes qui le rendent possible et l’envie de continuer à apprendre ce métier qui, dès le départ, a donné une direction à sa vie.

L’anniversaire peut mesurer le chemin parcouru. Il ne peut pas nous dire ce que deviendra le prochain morceau. Pour un groupe que l’on aime, comme pour le musicien qui continue d’en écrire l’avenir, cette incertitude mérite d’être célébrée.

                                             [Entretien réalisé au Muscadeath, à Vallet, en France, en septembre 2026.]

Pourquoi J'y Crois

Découvrir, comprendre ou approfondir la discographie de Decapitated ne demande qu’une chose : écouter. Chaque album, chaque démo. C’est là, je crois, que tu trouveras la réponse à une question qui traverse tout cet article : pourquoi j’aime ce groupe autant que Vogg lui-même, et pourquoi je suis convaincue que ses plus belles pages ne sont pas encore écrites.

Prochaine étape : 2027.

Vogg, merci pour cet échange, pour le temps que tu m’as accordé au milieu d’une journée de rendez-vous, et pour la sincérité de tes réponses. Merci aussi pour Decapitated, plus largement : la musique m’accompagne depuis tant d’années, des après-midi passées à écouter vos disques jusqu’aux salles où je vous ai suivis, en France et au-delà, qu’elle fait désormais partie de ma propre histoire. Trente ans après vos débuts, vous n’avez rien perdu de ce qui me fait rêver : chaque album, chaque concert, chaque rencontre comme celle-ci me redonne envie de continuer à vous suivre partout où vous vous produisez. Et c’est avec la même impatience que j’attends la suite.

english version

Decapitated: Still Becoming

Thirty years of riffs, reinvention and a commitment that reaches far beyond the stage.

Thirty years of Decapitated: thirty years of a career that kept clearing obstacles and finding new ways forward. Founded in Krosno in 1996 by two teenage guitarists, the band became one of extreme metal’s essential voices, carried by a guitarist-composer with a singular profile: Wacław « Vogg » Kiełtyka, a classically trained accordionist who studied at the Academy of Music in Kraków, and who has also played with Lux Occulta, Sceptic and Vader, and served as Machine Head‘s lead guitarist.

These three decades have been built on a rare insistence, sustained by a musician who refuses to mistake experience for having nothing left to learn. That is the quest running through this conversation, at the very moment he is opening a new chapter: the completion of a next album.

Two days before we spoke, Vogg finished writing the last song for Decapitated‘s next album. The news arrives inside an answer about something else entirely: how much he still has to learn.   

For an interviewer whose favourite band is Decapitated, it is an unexpectedly revealing point of entry. Admiration makes it tempting to begin with the achievements, the records, the astonishing instrumental command. Vogg begins with arrangements. He remembers what the musicians did not know when they started, describes the work that still challenges him and, almost in the same breath, announces that months of writing, or rather years, have reached their conclusion.

That is where the story becomes more interesting than a celebration of longevity. There is relief in finishing the material, anticipation in rehearsing it with drummer James Stewart and pleasure in the band he has around him. The anniversary invites a retrospective; the composer is already thinking about getting the songs ready for the studio.  For me, that forward movement is central to loving Decapitated. The excitement is not only in being overwhelmed by the playing; it is in wanting to understand how the music holds together, then finding another reason to return to it. Following a favourite band over time means learning to recognise its personality even when its vocabulary changes. This conversation offers an unusually direct look at how Vogg understands that balance: stay committed to the work, but allow the work to become something new.

Thirty years, and still Moving

*I’ve followed Decapitated since almost the beginning. Thirty years on, what does it feel like to look back at the teenagers who made those first demos and the journey that followed ?

*It feels like a very long, long journey already. 

I don’t really think that much about the fact that it’s already 30 years… 

But when you ask me the question right now, I have to rethink, like, okay, it’s really 30 years. It’s been a long time. We were teenagers back then, and right now I’m the only original member from the time when we started.

I can only explain how it feels for me. I cannot speak for anybody else. 

In the current lineup, we have our new singer, Eemeli; he’s been in the band for a bit more than a year. 

Rasta, our previous singer, spent fifteen years with us, a bit longer. Paweł, the bass player, has been in for quite a long time already, and James is like eight, nine years. But I am from the beginning. I started in 1996. 

.. Long journey. So many things happened, so many changes. 

We could talk about the band’s history on so many levels, how the music changed, how it evolved, what’s going on. 

Our previous band members: so many band members, so many crew members, they have also influenced the band. Most of all, the singers, first Sauron, then Covan, then Rasta, and now Eemeli. If we wanted to talk about the whole history, it would be a long story, a huge book. 

I’m trying to focus on answering your question: it feels great to still continue the legacy and still be on stage, especially now that everything is working so well. 

We have great festivals, great shows, and we have good chemistry inside the band. For me, going to festivals or shows like today, it’s just pure pleasure. I enjoy it as much as I can. And thinking about all these 30 years gives me a good feeling. There have been lots of positive and not-so-positive moments in the band’s history, but if you’re a worldwide touring band doing things for 30 years, that’s pretty much all my life, like, the history of my life, because I’ve spent so much time working for the band, composing the songs and being on tour. It’s a really big part of my life.

From Krosno to a language of their Own

Decapitated began in Krosno, south-eastern Poland, in 1996, founded by guitarist Wacław “Vogg” Kiełtyka, his younger brother and drummer Witold “Vitek” Kiełtyka, and vocalist Wojciech “Sauron” Wąsowicz; bassist Marcin “Martin” Rygiel joined the following year. Vogg and Vitek were just fifteen and twelve when they started the band. 

The ages are remarkable, but they are not the whole explanation. The original musicians had music-school training, and Vogg studied accordion, an unexpected detail in the biography of a guitarist associated with extreme metal. Their formal education helped distinguish the early compositions. They were young musicians with tools for understanding music, not simply a sensational story about children playing impossibly demanding material.   

In our conversation, Vogg places that education beside a much less glamorous reality. Good instruments, amplifiers and venues were difficult to access. Money was limited, and he remembers little of the support infrastructure he would later encounter elsewhere. His account of those beginnings is practical: if you wanted to play badly enough, you found something to plug into.

The first demos, “Cemeteral Gardens” in 1997 and “The Eye of Horus” in 1998, preceded the deal that brought the band to Earache Records. The debut album, “Winds of Creation” followed in 2000, recorded at Selani Studio with Vader’s Piotr “Peter” Wiwczarek involved in its production.  Even at the beginning, the story contains both self-reliance and assistance from the wider Polish metal community.   

The connection runs as far back as the name: Vader’s “Decapitated Saints” inspired the band’s moniker. It is a small but telling piece of lineage, placing the young band inside a scene even as it began building its own identity.

It is worth keeping both in view. Decapitated’s beginnings are inspiring because of the work and ingenuity involved, not because young musicians should have to struggle for equipment.

Vitek’s place in the music

Any account of Decapitated must acknowledge the 2007 tour-bus accident that fatally injured Vitek and left Covan severely injured. Vogg later rebuilt the band, with its return taking shape in 2009. 

But there is more to remember here than the loss. The musical partnership that began with the Kiełtyka brothers is fundamental to understanding the early band. Looking back through the records means remembering and celebrating Vitek as a musician and co-founder, and Covan as a vocalist who helped shape an adventurous period, rather than allowing the accident to become their entire story.   

The creative relationship between the brothers was concrete: in a later interview, Vogg explained that Vitek had written most of the early drum parts, whereas he eventually began preparing drum arrangements himself before developing them with his drummers. That is a change in the working method as well as in the lineup. It helps explain why continuity cannot mean exact repetition.

It is with that history in mind, and with admiration for the musician still making new work, that I bring the conversation back to resilience.

*The way you speak about the band suggests that your enthusiasm is still very much alive. Having followed your journey, resilience is the word I keep coming back to: through everything Decapitated have faced, you’ve continued to create. What has sustained that commitment?

*I mean, if you see it from this perspective, someone doing something for 30 years, for sure. I mean, thank you for saying that. 

But people do things for a long time; doing different things. I think that goes for workers, teachers, engineers. Not everyone has something they keep doing for a long time, maybe not that long. Some people do it for ten years, others sixty years.   

Because for me, being in Decapitated is something I decided: this is my thing. I was a teenager and I decided I’m going to play guitar, I’m going to make a band, and I’m going to do this. 

So I’m always thinking: do anything and everything possible to make it happen, to make it possible, to keep going. Like, I even chose the city I live in to be closer to the band. And wherever it goes, I try to go through all the problems, all the issues that get in the way of doing the thing I decided to keep doing.   

Yeah, I mean, it required a lot of strength and dedication, and for sure it wasn’t easy. There were a lot of moments where I could easily have stopped or just had a longer break. But somehow, and also there are some people who help me keep it going. This is not just me; it’s the whole team of people, or family. In some circumstances, when things happened in the band, they tried to help me, and the support helped me go through.

But also, on the other hand, it’s 30 years; when you think about it, it’s crazy, right ? But on the other hand, if you really love what you’re doing, then it makes it kind of easier. And time is running really fast. If you focus on playing guitar, composing, and touring, it doesn’t feel that long, I guess, because I’m really into the band and the life I always dreamed about. So it’s kind of easy to have this kind of job when you’re really passionate about something: time is just running and you don’t feel it. 

It’s not an easy job, but still great. I really appreciate what I do for a living.

Technique with a destination

The first four studio albums arrived in a remarkable sequence: “Winds of Creation” in 2000, “Nihility” in 2002, “The Negation” in 2004 and “Organic Hallucinosis” in 2006.  Together, they established a body of work that identifies as an influence on a new generation of extreme metal musicians. 

The useful technical question is not simply how fast the parts move. It is how an arrangement directs the listener through them. In an interview conducted around “Cancer Culture” and published by our fellow members from Kevy Metal in 2024, Vogg described the early writing as closer to classical composition than a conventional verse-chorus structure, with many riffs not returning. That distinction provides a more illuminating way into the early records than treating them as an endurance test. 

Think of the difference between a riff that returns as a landmark and one that leads into an unfamiliar passage. The first can create recognition; the second can generate momentum and uncertainty. Neither is inherently more sophisticated. What matters is whether the listener feels the direction of travel.

“Spheres of Madness”, from “Nihility”, became one of the band’s signature songs, singled out in Nuclear Blast’s historical account as a death metal anthem. Its place in the story is a useful reminder that an extreme metal identity needs more than formidable execution. It needs something listeners want to return to.

The personnel and musical vocabulary continued to change: Adrian “Covan” Kowanek replaced Sauron in 2005, ahead of “Organic Hallucinosis.”  That album’s more complex structures and polyrhythmic approach are central to the stylistic shift.  It is a crucial point in the chronology: Decapitated’s willingness to move beyond its initial template was already present before the end of the original era.   

The appeal is not simply in the difficulty of the parts. It is in the relationship between them, and in the choices that turn instrumental ability into a composition.

*Your role extends well beyond the guitar: you compose and shape the arrangements, including drum parts. What has always struck me about the early recordings is the technical maturity you achieved while you were still teenagers. How do you look back on that early musicianship?

*For me, looking at the first things we did..we were not that experienced in the beginning. We didn’t know a lot about how to arrange things. 

I’m still learning how to arrange the songs. I mean, some bands have producers, some bands take people to help them arrange the songs, to write the songs. I never had any producer, and I’m trying to make myself a producer, as an arranger, with varying results. 

I keep trying to do that, and I’m still learning even now, while I’m currently working on the new album. And actually, it’s done. I finished the last song two days ago, which is a big relief for me too, because I spent the last few months, actually years, preparing those songs. And I can say it’s done, which is great, and I’m really satisfied about it.   

Right now, James and I are going into the rehearsal room. We have these sessions where we practice and get the material into the best shape before entering the studio. 

It’s going to be killer. I’m pretty sure it’s going to be fantastic. We’re choosing the new studios and microphones and all this stuff, preparing the gear.

But to come back to your question: we had a pretty good technique; we’ve been pretty good players from the beginning. That’s because we went to music schools: me and my brother and the first singer, and also the first bass player. We all met in the music school, so we got some music education back then, which helped us in the early years to get pretty good skills on the instruments, and it pushed us. Maybe we were a little bit faster than our colleagues in the other bands, a bit faster with some technique and things like that. 

Formal education and ambition are part of that explanation. So are the conditions in which those young musicians had to work, a subject Vogg remembers without romanticising it.     

*The musical training was there, but access to equipment and support was another matter. It wasn’t an easy environment in which to start a band, was it?

*No, it wasn’t easy. We didn’t have nice venues; we didn’t have access to nice equipment, guitars, amplifiers. That was still an issue, because we grew up in hard times, talking about the economics of the country. Access to gear and things like that was not the best, not the fastest way. And also, we were kids; we didn’t have the budget. The country didn’t give us that many opportunities. There was no support from the country or the government.   

Looking at this venue, for example, or talking with French musicians from other bands, I used to talk about things like that, maybe here, in France, it was a different environment for musicians, and different support. But if you have the passion, you’re going to find a way. You’re going to survive; you’re going to plug your cable into whatever there is for the radio and go. So if you really want to keep doing something, you will find a way.

It would have been great to have better support from the beginning, equipment and things like that, so we didn’t have to waste time. Kids these days can jump immediately to the best equipment. Well, some of the best, it’s still expensive sometimes, but the way to get into good equipment is way easier than before, for sure. And even the access to the internet and everything else.   

*That persistence can give younger musicians a sense of what is possible. As someone who has followed Decapitated from the early days, seeing your belief in the band endure means a great deal. 

You mentioned the new album; without getting ahead of a future conversation, what can you tell us more at this stage?

*I can tell you only this: the writing is done. There are new songs, and a full-length album is going to be recorded soon, and released probably next year. We’ll talk about it another time, if you agree.

*I’d be delighted to return to the new album with you when time comes.   

At the time of our conversation, that is where the next album stands: the writing is complete, and the material is being prepared for the studio. The excitement is real, but the recording and release are still ahead; this is a glimpse of the work in progress, not a verdict on an unheard record.

Rebuilding the band, expanding the language

The re-formed Decapitated brought together Vogg, vocalist Rafał “Rasta” Piotrowski, drummer Kerim “Krimh” Lechner and bassist Filip “Heinrich” Hałucha. Their first studio statement was “Carnival Is Forever” in 2011, produced by Vogg.

The reborn lineup made its own record, rather than attempting to freeze the previous era in place. The song that has just entered our conversation is one of its tracks.

“A View From a Hole” belongs to “Carnival Is Forever.”  Its place in this exchange is revealing: what begins as admiration for an introduction becomes a question about how far the band can take its music.   

“Blood Mantra” followed in 2014, then “Anticult” in 2017.  In the contemporary “Anticult” biography, Vogg discussed shorter arrangements, preserving the groove rather than pushing tempos too far, and bringing death metal, thrash, rock ’n’ roll, black metal and atmosphere into the same writing process. His refusal to be boxed into one narrow category has a history of its own.

Here, technicality becomes a matter of judgement as much as execution. A tightly controlled stop can matter as much as a fast run. Repetition can create pressure; a change in density can make the next entrance land harder. A composer has to decide what deserves the space, not merely what the musicians are capable of playing.   

Vogg’s explanation of the “Anticult” sessions is revealing on that point: some solos were retained from first takes, and the drums were recorded without triggers. Those are specific production choices, not a claim that the record was untouched by studio work. They nevertheless complicate the assumption that precision and spontaneity must be opposites.

There is a broader context to that outlook. Vogg joined Machine Head in 2019 and announced his departure as a permanent member in February 2024, citing the demands of two active bands and identifying Decapitated as his priority. That experience is part of his biography, but Decapitated remains the centre of the story he tells here. 

A further change arrived in October 2024, when the band announced Rasta’s departure and introduced Finnish vocalist Eemeli Bodde, known for his work with Mors Subita.  The current quartet brings Bodde together with Vogg, bassist Paweł Pasek and drummer James Stewart.  Those changes of experience and personnel provide a backdrop to Vogg’s answer, but his test for a new idea is direct: does it work as music ?

*There is so much I love across your catalogue, but the introduction to “A View From a Hole” stands out for its sense of exploration. It captures something I find especially compelling about Decapitated: your willingness to venture beyond expectations.

*Thank you.   

*That sense of exploration raises a broader question: how much freedom do you allow yourselves to move beyond labelled ‘death metal’ ?

*You know what, I think we are not, anymore, like…

*A technical death metal band ?

*Yeah. I don’t really like this description anymore for Decapitated, because I think we just play metal. We are not a band that focuses on one genre. Like, you listen to Decapitated, you can put on some of the songs, and it can sound like five or six different bands. We don’t confine ourselves to one narrow style or genre. We’re willing to change, to go left or right, and to draw on influences from anywhere.   

Even for the new record, it will be even more, you’ll see.

I’m a big fan of thrash metal and heavy metal bands, I’m listening to Judas Priest, I’m listening to Slayer, I’m listening to Morbid Angel, and also way more different kinds of music. 

My influences go way beyond. I’m not treating myself anymore like a fan of technical death metal or anything like that. I’m actually not even a huge fan of that, to be honest. We play metal. I’m a fan of metal.

So when I create the riffs and they sound good to me, I’m not going to punish myself, or not use them, because they sound a bit like Judas Priest riffs and so it doesn’t fit Decapitated. 

No, if I create riffs like that and I think they sound great, and I have fun playing them with my band, I’m gonna go with that. This is all about the freedom of creating. And I understand that some bands want every record to sound almost exactly the same as the last one. But I don’t want to do that.

“Cancer Culture”: Power, Detail and Emotional Reach

Released on 27 May 2022, “Cancer Culture” is Decapitated’s eighth studio album and the first recorded with drummer James Stewart.  It also widened the vocal palette through guest appearances by Jinjer’s Tatiana Shmayluk on “Hello Death” and Machine Head’s Robb Flynn on “Iconoclast.” 

Vogg produced the album, Tomasz “Zed” Zalewski engineered it, David Castillo mixed it and Ted Jensen mastered it. Jarek Szubrycht, who had written the lyrics for “Carnival Is Forever,” returned as lyricist, addressing the gap between humanity’s ambitions and its capabilities, alongside religion, technology and destructive behaviour. Szubrycht is also the vocalist of Lux Occulta, another band in which Vogg has played guitar, giving their collaboration a wider musical history.  The record’s identity extends beyond its instrumental demands.     

There is a revealing technical detail behind the increased emphasis on melody: Vogg has described the solos on “Cancer Culture” as a chance to tell a story, allowing his phrasing more freedom over the underlying riff rather than using the lead part to demonstrate speed. He contrasted this with the right-hand-focused, riff-driven writing of songs such as “Homo Sum,” “Pest” and “Blood Mantra,” describing his lead vocabulary in terms of harmonic and natural minor, but with greater freedom in the phrasing.  The point is not abandoning control; it is deciding where that control should give a phrase room to move.

What interests me most, however, is the compositional question beneath the equipment: how do you make room for a phrase to speak ? A guitar tone can be enormous and still leave a melody with nowhere to go. Arrangement is what creates that room.

That is where the discussion of technique becomes intensely personal. The song I want to ask him about is not a demonstration piece in this conversation; it is the one whose emotional impact has stayed with me most.

*“Hours as Battlegrounds” became my favourite song since the very first second heard, not just in your catalogue, but by any band. There is an emotional force to it that I’ve wanted to discuss with you ever since “Cancer Culture” came out. But, most importantly, what do you remember about writing it?

*Ahh..This song… when I was making the album, this song was the biggest pain I had during the composition, because it took so much time for me to get to the final version. The song doesn’t sound like it; it’s not complicated or anything like that. But sometimes, when you listen, you don’t realize the process: how long even a simple melody, a simple riff, can take. This song took so much time before I finally decided on the last version.   

But it’s a different song, a completely unique song on that album. And yeah, it’s great, I love it. I was listening last week, I was just checking, because it’s an interesting experience to listen to your material after some time, and see how it was from a time perspective, and from the perspective I have right now, with new experience and a new way of writing and everything. Because we change all the time as people. We’re changing all the time, how we see things, how we hear things. So it was a cool experience. I was like, wow, impressed.

We did this song for the first few years after Cancer Culture, on the tours, and then we stopped somehow. I don’t know why. I think we should come back to it.   

This is the sort of detail that makes an interview worth doing. Admiration brings you to a song; the songwriter shows you the decisions behind it. What I hear as emotional immediacy was, for him, also a prolonged problem of composition.

The finished recording gives no reliable measure of the effort it took to reach that point. Listening to Vogg describe it makes the connection more powerful, not less: the music can feel instinctive even when finding its final form was anything but straightforward.

The next stage

*It means a great deal to see Decapitated here at Muscadeath, still moving forward. 

Before closing the interview, what ambitions remain on your wish list for the band?

*Probably I will find some, for sure. I have to admit: I’m really satisfied with how things are today in Decapitated, with what we have right now. No complaining. We keep going with the shows, we have recording sessions soon and everything, so it’s all going well. 

Wish list? Probably… [and he humbly says this..] We could do a Metallica tour, I think that would be cool. 

*I’d love to see that happen ! You’ve already shared a bill with Megadeth, haven’t you?

*We did, yeah, we did a show with Megadeth this summer. It was amazing. 

Metallica, for sure. Metallica is maybe too big, but…

*Absolutely Not.

But there will probably be a few more things. The best would be just to keep going with this lineup that I have right now, and with the crew members. They’re super nice people, and we have a super solid team. You can feel the cohesion and the strength. There’s something different.

*Vogg, thank you for your time and for sharing this part of Decapitated’s story with me.

*Thank you so much.     

That is where this story feels most inspiring to me. Vogg does not offer a grand theory of endurance. He describes choosing the work again, valuing the people who make it possible and continuing to learn the craft that first gave his life its direction.

The anniversary can measure the distance travelled. It cannot tell us what the next song will become. For a favourite band, and for the musician still writing its future, that uncertainty is something to celebrate.

[Interview conducted at Muscadeath, Vallet, France, in September 2026.]

 

Why I Believe

Discovering, understanding or deepening your knowledge of Decapitated’s discography takes only one thing: listening. Every album, every demo. That is where, I believe, you will find the answer to the question running through this article: why I love this band as much as Vogg himself, and why I am convinced its greatest pages have yet to be written.

Next step: 2027.

Vogg, thank you for this interview, for the time you gave me in the middle of a full day of appointments, and for the sincerity of your answers. Thank you, too for Decapitated as a whole: your music has been with me for so many years, from afternoons spent with your records to the rooms where I have followed you, in France and beyond, that it has become part of my own story. Thirty years in, you have lost none of what makes me dream: every album, every show, every encounter like this one, renews my desire to keep following you wherever you perform. And it is with the same impatience that I wait for what comes next.

La discographie studio : huit disques, un langage en évolution/ The studio discography: eight records, one evolving language

 

*« Winds of Creation » (2000), Earache : Le premier album du quatuor d’origine et le point de départ de sa carrière discographique internationale. Un point d’entrée pour éclairer la question de la précocité musicale, tout en gardant à l’esprit le manque d’expérience dont Vogg se souvient. Le premier album, façonné au Selani Studio avec Piotr Wiwczarek de Vader impliqué dans la production. Ce qui me frappe, ce n’est pas la vitesse du jeu, c’est son intention : des riffs qui semblent conçus plutôt que improvisés, et une batterie — celle de Vitek — qui pense déjà en phrases plutôt qu’en motifs. Un jeune quatuor formé à l’école de musique livre une esthétique complète en un seul disque. La précocité fait les gros titres ; la vraie histoire, c’est la composition.

 

“Winds of Creation” (2000), Earache: The debut from the original quartet and the starting point for the band’s international recording career; its creation involved Vader’s Piotr Wiwczarek at Selani Studio. Strengthens the question about precocious musicianship, and Vogg’s recollection of inexperience in mind.

What strikes me is not the speed of the playing but its intention: riffs that feel engineered rather than improvised, and Vitek’s drumming already thinking in phrases rather than patterns. A young, music-school-trained quartet delivers a complete aesthetic in a single statement. Precocity is the headline; the real story is composition.

 

*« Nihility » (2002), Earache : Le deuxième album studio. Un repère essentiel pour comprendre le lien entre une identité technique et un morceau devenu une signature durable.

Plus froid, plus dense et plus discipliné que son prédécesseur, et porté par « Spheres of Madness », le morceau que le récit historique de Nuclear Blast qualifie d’hymne death metal. La batterie de Vitek y est implacable — la critique a salué son travail de double grosse caisse — et les riffs portent le groove au sein de la folie grindcore. La menace est ce qui vous reste en mémoire ; le groove est ce qui vous ramène.

 

“Nihility” (2002), Earache: The second studio album, containing “Spheres of Madness,” “Perfect Dehumanisation (The Answer?)” and “Nihility (Anti-Human Manifesto).”  An essential reference point for the relationship between technical identity and a song that becomes a lasting signature.

Colder, denser and more disciplined than its predecessor, highlights to “Spheres of Madness,” called a death metal anthem. (Nuclear Blast) Vitek’s drumming is relentless — critics singled out the double-bass work — and the riffs carry the groove with a grindcore madness. The menace is what stays with you; the groove is why you return.

 

*« The Negation » (2004), Earache : Le troisième album studio. Il clôt la première séquence de trois albums avant le changement de chanteur.

C’est aussi l’album de la consolidation : des grooves plus lents adossés à une batterie massue, et une production au top. « The Fury », « Three-Dimensional Defect » et « The Empty Throne » aiguisent la lame de « Nihility » au lieu de l’allonger. Dernier chapitre avec Sauron au micro, il prouve aussi la confiance de la formation d’origine : un groupe qui choisit la concision parce qu’il peut se le permettre.

 

“The Negation” (2004), Earache: The third studio album. It completes the first three-album sequence before the change of vocalist.

The consolidation album: slower grooves paired with heavy drumming, a top production. 

“The Fury,” “Three-Dimensional Defect” and “The Empty Throne” tighten the blade of “Nihility” rather than lengthening it. As the final chapter with Sauron behind the mic, it doubles as proof of the original lineup’s confidence: a band choosing directness because it could afford to.

 

*« Organic Hallucinosis » (2006), Earache : Le quatrième album studio, enregistré avec Covan après son arrivée en remplacement de Sauron.  Un jalon majeur de l’évolution stylistique du groupe et possiblement le disque le plus audacieux de la première époque. Avec la voix plus expressive de Covan et des structures qui s’ouvrent à la complexité et à la polyrythmie, il troque l’agression pure contre quelque chose qui ressemble à un rite. Dernier album studio de Vitek, il possède aujourd’hui une résonance particulière. Celle-ci ne doit pas faire oublier le musicien : le mouvement, la tension et le dialogue que son jeu apporte aux compositions.

 

“Organic Hallucinosis” (2006), Earache: The fourth studio album and the record made with Covan after he replaced Sauron. A key point of reference for the band’s stylistic development. I could even say it to be the bravest record of the first era. With Covan’s more expressive voice and structures that lean into complexity and polyrhythm, it trades pure aggression for something closer to ritual. As Vitek’s last studio album, it carries a particular resonance today. That should not obscure the musician: the movement, tension and sense of dialogue his playing brings to the compositions.

 

*« Carnival Is Forever » (2011), Nuclear Blast : Le premier album studio du groupe reconstruit, avec Rasta, Krimh et Heinrich aux côtés de Vogg ; il ouvre l’une des discussions sur la liberté créative.

C’est aussi l’album qui a répondu à la question de savoir si le groupe pouvait exister à nouveau — et qui y a répondu en refusant de regarder en arrière. Avec la voix de Rasta, la production de Vogg et des titres comme « 404 » et « A View From a Hole », les riffs groovent là où ils tranchaient, et l’écriture respire là où elle compressait. Une renaissance, à ses propres conditions.

 

“Carnival Is Forever” (2011), Nuclear Blast: The first studio album by the rebuilt band, with Rasta, Krimh and Heinrich alongside Vogg; its tracklist includes “Homo Sum,” “404” and “A View From a Hole.” The latter provides one of this interview’s openings into creative freedom.

But also the album that answered the question of whether the band could exist again — and answered it by refusing to look back. With Rasta’s voice, Vogg’s own production, the riffs groove where they once sliced, and the writing breathes where it once compressed. A rebirth on its own terms. [ndrl]

 

*« Blood Mantra » (2014), Nuclear Blast : Le sixième album studio, avec le bassiste Paweł Pasek et le batteur Michał Łysejko.

Une étape utile pour entendre l’élargissement du vocabulaire évoqué tout au long de la conversation, car ici, le groove prend le commandement. Avec cet appétit renouvelé pour le groove, le groupe laisse ses riffs rouler au lieu de simplement les enchaîner — équilibrant, comme le notait la presse de l’époque, ce sens nouveau du groove avec les déflagrations de ses racines tech-death. Mélodie, atmosphères et écriture plus anguleuse partagent les mêmes chansons — et c’est exactement pourquoi elles fonctionnent. C’est Decapitated au plus près de musiciens qui se stimulent dans une salle — et au plus loin de l’exercice de style.

 

“Blood Mantra” (2014), Nuclear Blast: The sixth studio album, featuring bassist Paweł Pasek and drummer Michał Łysejko. A useful stop for hearing the expanding vocabulary discussed throughout the conversation.

A renewed appetite for groove, the band lets its riffs roll instead of merely firing them — balancing, as one contemporary review put it, a newfound sense of groove with the pulverising blasts of its tech-death roots. Melody, atmosphere and more angular writing share the same songs, which is precisely why they work. This is Decapitated sounding most like musicians pushing each other to their best.

*« Anticult » (2017), Nuclear Blast : Le septième album studio, marqué par l’intérêt exprimé par Vogg pour des arrangements compacts et des tempos préservant le groove.  Le disque accompagne particulièrement bien son explication des raisons pour lesquelles le groupe n’a pas à rester enfermé dans un seul genre.

Des titres comme « Impulse », « Kill the Cult » et « Earth Scar » sont compacts et percutants, troquant l’ampleur contre l’impact — certains solos conservés dès les premières prises, une batterie enregistrée sans triggers. Ces choix ménagent une place à la spontanéité dans des arrangements très maîtrisés. C’est l’album que je mettrais entre les mains du sceptique persuadé que le métal extrême ne sait pas écrire de refrain.

 

“Anticult” (2017), Nuclear Blast: The seventh studio album.

The record makes a particularly clear companion to Vogg’s explanation of why the band need not remain inside a single genre.

The great simplification, in the most deceptive sense of the word. “Impulse,” “Kill the Cult” and “Earth Scar” are compact and punchy, trading sprawl for impact — some solos retained from first takes, drums recorded without triggers. Those choices leave room for spontaneity within tightly controlled arrangements. It is the album I would hand to a skeptic who believes extreme metal cannot write a hook.

 

*« Cancer Culture » (2022), Nuclear Blast : Le huitième album studio. Il constitue le contexte discographique immédiat de notre échange sur la mélodie, la composition et le travail dissimulé derrière un morceau en apparence simple.

Sur « Cancer Culture », la mélodie prend toute sa place aux côtés de la puissance des riffs. La batterie donne au groupe une élasticité nouvelle, Tatiana Shmayluk et Robb Flynn élargissent la palette vocale, et les solos ont le droit de raconter des histoires.

Et puis il y a « Hours as Battlegrounds » — mon morceau préféré tous groupes confondus, et la raison pour laquelle ce disque compte autant pour moi. Un disque de maturité qui garde l’élan d’un nouveau départ.

 

“Cancer Culture” (2022), Nuclear Blast: The eighth studio album.

It is the immediate discographic context for the interview’s discussion of melody, composition and the work hidden inside an apparently straightforward song.

Here melody takes its place alongside the force of the riffs. James Stewart’s drumming gives the band a new elasticity, Tatiana Shmayluk and Robb Flynn widen the vocal palette, and the solos are allowed to tell stories. Then there is “Hours as Battlegrounds” — my favourite song by any band, and the reason this record matters most to me. A late-career album that behaves like a beginning.

Avant les albums studio et au-delà/Before and beyond the studio albums

*Les démos : « Cemeteral Gardens » (1997) et « The Eye of Horus » (1998) documentent les débuts antérieurs au premier album.  Elles ont leur importance ici, puisque la conversation sur cet anniversaire commence avant le premier disque, avec de jeunes musiciens encore à la recherche de leurs moyens d’expression. « The First Damned » : Initialement publiée en 2000, puis reprise dans une édition de 2021, cette compilation préserve les premières démos et ne constitue pas un neuvième album studio.  Elle permet de revenir au point de départ sans confondre les publications d’archives avec de nouveaux chapitres de la discographie studio.

The demos: “Cemeteral Gardens” (1997) and “The Eye of Horus” (1998) document the pre-album beginnings. They matter here because the anniversary conversation begins before the debut, with young musicians still finding their means of expression.“The First Damned”: Originally released in 2000 and revisited with a 2021 edition, this compilation preserves the early demo material rather than constituting a ninth studio album.  It offers a route back to the starting point without confusing archival releases with new chapters in the studio catalogue.

« Cemeteral Gardens » (démo autoproduite)

Quatre titres et une intro, enregistrés au Manek Studio de Sanok avec un budget que le groupe avait lui-même réuni — Vogg se souvient d’environ 400 złotys, soit une centaine de livres. Le son est brut, chargé d’aigus ; l’écriture, elle, n’a rien de naïf. « Way to Salvation » sera réenregistrée pour le premier album, et déjà ses riffs se portent avec ce sang-froid qui deviendra la signature du groupe. (Nuclear Blast) C’est le son d’une formation découvrant, en temps réel, tout ce dont elle était capable.

Cemeteral Gardens” (self-released demo)

Four songs and an intro, recorded in June 1997 at Manek Studio in Sanok on a budget the band scraped together themselves — Vogg remembers collecting about 400 zlotys, roughly one hundred pounds. (Nuclear Blast) The sound is raw and treble-heavy; the writing is anything but naive. “Way to Salvation” would be re-recorded for the debut album, and even here the riffs carry themselves with the composure that would become the band’s signature. This is the sound of a group discovering, in real time, just how good it could be.

 

« The Eye of Horus » (démo autoproduite)

Un an plus tard, la même faim, avec des dents plus aiguisées. Enregistrée à nouveau au Manek Studio, la seconde démo révèle une précision, une puissance et une autorité nettement supérieures. (Nuclear Blast) Des voix superposées de « Nine Steps » au bref interlude de synthés « Danse Macabre », jusqu’à une reprise convaincue du « Mandatory Suicide » de Slayer, elle referme l’ère des cassettes avec assurance — et plusieurs de ces titres trouveront leur place sur « Winds of Creation ». Écoutez leur confiance : c’est ici que la promesse devient identité.

 

“The Eye of Horus” (self-released demo)

A year on, the same hunger with sharper teeth. Recorded again at Manek Studio, the second demo shows noticeably greater precision, power and authority. (Nuclear Blast) From the layered vocals of “Nine Steps” to the brief synth piece “Danse Macabre” and a committed cover of Slayer’s “Mandatory Suicide,” it closes the tape era with conviction — and several of these tracks would find their place on “Winds of Creation.” Listen for the confidence: this is where promise hardens into identity.

https://www.decapitatedband.net/

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